Marseille, cet anti-modèle pour les politiques urbaines

Des problèmes que rencontre Marseille, on évoque souvent l’insécurité, la violence ou la saleté. Autant de problèmes qui sont causés par les Marseillais, les citoyens. On entend souvent que Marseille serait ingouvernable avec ses grèves de dockers ou d’éboueurs à répétition, que les quartiers Nord seraient une zone de non droit où la loi de la force a pris le pas sur la force de la loi. En faisant ce constat, les observateurs omettent, volontairement ou non je ne le sais pas, de mentionner les problèmes liés à la politique urbaine complétement défaillante dans la ville.

La cité phocéenne souffre, en effet, d’une politique urbaine complètement à l’agonie et incohérente. Marseille Provence 2013 a d’ailleurs pleinement mis en exergue cette politique urbaine de qualité plus que médiocre. Deux chantiers sont, à mes yeux, prioritaires pour donner un nouveau souffle à la ville et enrayer le cercle de la pauvreté et de la violence dans la ville : désengorger le centre-ville et désenclaver les quartiers Nord.

La rocade L2 : une chimère

Au cours de l’année 2014, les travaux de la rocade L2 ont, enfin, été lancés. Après un demi-siècle, si ce n’est plus, de tergiversations et de procrastination, Marseille a donc enfin engagé la construction d’une rocade. Il était grand temps ! En effet, le centre de la ville est engorgé comme aucune autre ville en France.

C’est bien simple, si vous souhaitez vous rendre de l’ouest de la ville à l’est de celle-ci, vous êtes obligés de traverser toute la ville. Aussi Marseille est-elle la ville la plus embouteillée d’Europe et pas loin d’être l’une des plus polluées. Ajoutez à ça des travaux perpétuels dans la ville-qui aboutissent à une ville semblant éventrée de toute part- et vous obtenez un mélange d’embouteillage et de confusion pour les automobilistes qui rendent le centre-ville sur fréquenté.

Une politique des transports absurde

Le 30 mai dernier a eu lieu l’inauguration de la ligne 3 du tramway marseillais. Cette dernière symbolise à elle seule l’absurdité de la politique des transports dans la ville. Cette ligne 3 suit, en effet, le trajet de la ligne 2 du métro et n’apporte donc aucune plus-value au réseau de transport de la ville.

Pendant ce temps, les quartiers Nord sont, eux, toujours aussi enclavés et peu considérés par la RTM, compagnie de transport de la ville. Le métro ne s’arrête qu’à l’extrême limite entre le centre-ville et le début de ces quartiers si bien que pour certains habitants du nord de la ville, se rendre dans le centre nécessite plus d’une heure de trajet en bus. Ne cherchez pas la cohérence dans cette politique de transport : il n’y en a pas !

En outre, la ville de Marseille s’avère être incapable de penser son réseau de transport en connexion avec les villes aux alentours. Quand Bordeaux ou Nantes ont élaboré le plan de leur tramway en fonction des villes les entourant- le tramway bordelais dessert par exemple les villes de l’agglomération comme Pessac ou Bègles- Marseille s’obstine à rester centrée sur elle-même.

Marseille Provence 2013, révélateur et catalyseur de ces problèmes

La désignation de Marseille comme capitale européenne de la culture avait suscité un engouement et un espoir d’amélioration en matière de désengorgement et de désenclavement. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la déception fut aussi grande que l’engouement quand les populations se sont rendues compte que non seulement Marseille Provence 2013 ne faisait que révéler ces problèmes au grand jour mais qu’en plus cet évènement avait eu pour effet de les accentuer.

L’engorgement de la ville s’en est, effectivement, trouvé renforcé dans la mesure où quasiment toutes les manifestations qui ont drainé les touristes se situaient dans le centre de la cité phocéenne. 10 Millions de touristes sur l’année 2013, c’est autant de personnes et de véhicules en circulations en plus au sein d’un centre déjà asphyxié.

L’enclavement des quartiers Nord a tout d’abord été matérialisé par le peu d’évènements dans cette zone-là de la ville : hormis la cérémonie d’inauguration aucun autre évènement ne s’y est déroulé. De plus, cette année capitale européenne de la culture a aussi été marqué par l’avancée de la politique de gentrification menée par Euromed ce qui a eu pour conséquence d’accentuer la ségrégation socio-spatiale de la ville.

Finalement, Marseille Provence 2013 a abouti à une accentuation de l’enclavement de certaines zones de la ville. Toutefois comme le rappelait Keny Arkana, dans son documentaire Capitale de la Rupture, la ville marseillaise a toujours été une ville rebelle dans l’Histoire et vouloir mener une politique de gentrification et d’expulsion de certaines personnes du centre-ville, qui historiquement a toujours été le lieu d’arrivée des migrants, pourrait bien réveiller le côté bravache de la ville.

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