La pauvreté, ce fléau jamais vaincu

« Il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse». Ce passage, épilogue célèbre de La Peste, résume bien notre position à propos de la pauvreté. Alors que l’on pensait que la marche en avant et le progrès des conditions sociales étaient irrésistibles, la froide réalité vient nous rattraper et nous montrer que non il ne faut jamais baisser la garde dans ce combat permanent.

Pour tout vous dire c’est la phrase de Jacques Séguéla qui m’a fait sortir de mes gonds. Après le coup de la vie ratée à 50 ans si on n’a pas de Rolex, le voilà qui nous explique que les SDF-lui les appelle «clochard» signe d’un certain dédain et d’un mépris pour ces personnes- pourraient mettre de côté 1500€ par mois s’ils le souhaitaient vraiment. C’est vrai que le SDF apprécie sa position et peut se payer le luxe de rester dans la rue par un froid glacial ou sous un soleil de plomb. Mais la problématique est bien plus large que celle des SDF, elle touche une part bien plus large de la population.

La pauvreté et la misère reprennent leur marche en avant

Je pourrai vous parler des déportés syriens ou libyens qui vivent dans le dénuement le plus total. Je pourrai vous parler des famines qui frappent sévèrement la corne de l’Afrique. Je pourrai aussi vous parler des travailleurs pakistanais, indiens ou sri-lankais qui meurent de faim et d’épuisement au Qatar et dans toutes les pétromonarchies. Je pourrai vous parler des Grecs qui subissent de plein fouet l’austérité et qui n’ont plus grand-chose à se mettre sous la dent. Mais puisque l’on est jamais plus touché que par ce qui nous est proche, je préfère vous parler de la situation en France, dans le pays des droits de l’Homme, le pays de la gabegie et de la place trop importante occupée par l’Etat selon certains observateurs et hommes politiques. Eh bien dans ce beau pays, 6ème puissance économique faut-il le rappeler, la pauvreté progresse.

Depuis 2004, le nombre de personnes pauvres au seuil de 50 % a augmenté de 1,2 million (en progrès de 30 %) et le nombre au seuil de 60 % a progressé de 1,3 million (en progrès de 17 %). Au cours de cette période, les taux sont passés respectivement de 6,6 % à 8,2 % et de 12,6 % à 14 %. Le mouvement de hausse constitue un tournant dans l’histoire sociale de notre pays depuis les années 1960. La dégradation économique enregistrée depuis 2008 pèse tout particulièrement sur les moins favorisés. Pour la seule période de 2008 à 2012, le nombre de pauvres au seuil de 50 % comme à celui de 60 % a augmenté de 800 000. Si le nombre de pauvres au seuil de 60% a diminué en 2012 ce n’est que par l’effet d’une diminution du revenu médian (donc un appauvrissement global).

Le mépris de Séguéla, symbole de la fracture entre deux France

Avec sa petite phrase sur les SDF, Jacques Séguéla est venu nous rappeler, s’il le fallait encore, que la société française était fracturée. Pas fracturée entre musulmans et non-musulmans, comme voudraient nous le faire croire les théoriciens de l’extrême-droite, mais entre une France qui est dans le monde réel, qui souffre et une autre qui n’a que faire de ces problèmes là, préférant parader dans des soirées mondaines ou sur les plateaux de télé. Que Jacques Séguéla fasse preuve de mépris envers le reste de la population est choquant mais bon, jusqu’à preuve du contraire ce n’est pas lui qui a la possibilité de faire réellement bouger les choses. Que les politiques se détournent de cette question est proprement scandaleux.

Aucun des hommes politiques au pouvoir n’agit réellement pour améliorer la situation des personnes dans le besoin. Qui se rappelle de la phrase de Nicolas Sarkozy alors candidat en 2006 ? Il avait promis que s’il était élu il n’y aurait plus de SDF dans les deux ans suivant son arrivée à l’Élysée. Neuf années plus tard on en est encore (très) loin. Même la gauche s’est détournée de cette problématique. Blum et Jaurès doivent se retourner dans leur tombe en voyant. On est, en effet, bien loin du socialisme cher à Blum, lui qui expliquait, dans Pour être socialiste, que le socialisme est «né de la compassion et de la colère que suscitent en tout cœur honnête ces spectacles intolérables : la misère, le chômage, le froid, la faim».

C’est pourquoi le sang de toute personne mourant dans la rue restera à jamais sur les mains des décideurs politiques qui plutôt que de s’occuper des réels problèmes sont bien plus occupés à communiquer pour tenter d’assurer leurs réélections. Il est triste de se dire que plus de 60 ans après, l’appel de l’Abbé Pierre n’ait toujours pas trouvé d’écho et de réponse…

4 commentaires sur “La pauvreté, ce fléau jamais vaincu

  1. Salut Marwen,
    Il manque quand même deux points importants à ta (saine) réaction.

    D’abord le creusement des inégalités. Aucun gouvernement récent ne s’est battu contre cela. Il y a toujours plus de « très riches » en France, de millionnaires, de milliardaires. Macron veut même que plus de jeunes souhaitent devenir milliardaires. Mécaniquement cela implique plus de pauvres. En effet, sans rupture dans le progrès technique, les nouveaux riches (ou les riches plus riches encore) n’obtiennent leur gains que par un transfert de richesse (non consenti bien entendu) des plus pauvres. Via une baisse des salaires par exemple.
    Donc au lieu de régler le problème « par le bas » (restos du cœur, asso caritatives, qui masquent seulement la pauvreté), il faut le régler par le haut (gouvernements). Je pense que c’est ce que tu as voulu dire, dans ce cas je suis d’accord avec toi.

    Ensuite, la démographie, point plus polémique. Plus d’hommes, dans une société comme la nôtre qui ne produit pas plus de richesses, c’est forcément plus de pauvreté. Dès lors, sans vouloir faire des politiques néo-malthusiennes de contrôle des naissances, on peut légitimement se demander si l’immigration est pertinente. Mais surtout, pour les pays pauvres, comment ne pas s’appauvrir encore en ayant un taux de fécondité par femme de 5 ou 6?
    Ce n’est donc pas qu’une question abstraite de combat idéologique, le réel s’impose.

    J’ajoute qu’il n’est selon moi pas forcément souhaitable de créer plus de richesses, si celles-ci en viennent à détruire, par leur production, nos territoires et nos ressources vitales.

    Après, perdu pour perdu, laissons Séguéla dans ses pensées. Il nous sort une phrase culte tous les dix ans, il faut bien qu’il serve à quelque chose!

    Aimé par 1 personne

    • Salut Gauthier,

      Sur le creusement des inégalités et sur le fait qu’il faille régler le problème par le haut on est pleinement d’accord. Pour moi les associations caritatives type restos du coeur ou armée du salut ne sont là que pour pallier l’urgence. Un peu comme un passant qui face à un arrêt cardiaque va tenter un bouche à bouche ou un massage cardiaque, pour réellement sauver la personne en danger seuls les pompiers ou les médecins sont efficaces.

      Sur la question démographique évidemment que la question doit se poser mais je pense aussi qu’on peut changer les modes de consommation pour pouvoir satisfaire la planète entière. Quand on voit que pour produire un kilo de viande il faut des tonnes de blé et des litres d’eau on peut se poser la question d’une alimentation plus respectueuse de nos ressources. Mais tu as tout à fait raison la question de la démographie est à poser de manière franche et claire. Toutefois, cette question passe, pour moi, après celle d’une meilleure répartition des richesses et ce pour deux raisons: idéologique d’abord et même d’un point de vue efficacité on ne réforme pas les moeurs on les fait évoluer mais ça prend du temps donc si on veut aller vite c’est au niveau redistribution des richesses que c’est possible.

      Quant à Séguéla je sais même plus quoi en penser, faudrait créer une pièce où lui et Guerlain réfléchiraient ensemble aux conneries qu’ils sortiront plus tard

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  2. On peut même se demander si les Asso caritatives, pleines de bonnes intentions je n’en doute pas, ne contribue pas à la pérennité de ce creusement. Elle rendent supportable la pauvreté matérielle des populations. Bon après si elles n’étaient pas là on verrait peut-être des gens crever sous nos yeux dans nos rues, ce qui n’est pas souhaitable non plus!

    Tout à fait d’accord sur le mode de consommation et la répartition. C’est simple, plus de la moitié de la nourriture est gaspillée aujourd’hui. Mais la pauvreté, en tout cas en France, ce n’est pas le fait de ne pas arriver à se nourrir. Les familles dans l’impossibilité de subvenir à leurs besoins physiologiques primaires sont extrêmement peu nombreuses. Ceux qui viennent chercher leur bouffe aux restos du cœur ne sont d’ailleurs pas forcément ceux qui en ont le plus besoin.
    Il faut donc repenser notre situation (qu’est-ce que la pauvreté?). Nous sommes bien plus riches en France qu’il y a un siècle. Seulement on consomme beaucoup plus.

    Pour ce qui est des autres pays, il faudrait commencer par réellement penser à finir la décolonisation. Le Capital a remplacé l’État, pas sûr que le Tiers-Monde y gagne!

    Aimé par 1 personne

    • On est d’accord sur les assos caritatives y a une sorte de mécanisme pervers qui se met en place comme tu le dis très justement. Elles rendent le dénuement plus supportable. Après on voit encore des SDF mourir dans la rue et ça reste intolérable…

      On est plus riches aujourd’hui mais on se sent moins pauvres. C’est l’effet pervers du capitalisme, on court après des désirs que les publicitaires ont réussi à transformer en besoin. Quand tu vois que certains sont prêts à manger des pâtes tout le mois et à se serrer la ceinture pour pouvoir avoir le dernier Iphone tu te dis que y a quand même qqch qui ne tourne pas rond. On est tous plus ou moins prisonniers de ce système qui pousse à la consommation. C’est ce système et notre vision des choses qu’il faut parvenir à modifier.

      Sur le Tiers-Monde on est d’accord. Les Etats ont quitté le territoire mais pour laisser le champ libre à toutes les entreprises bien peu soucieuses du bien-être des peuples et prêtes à toutes les destructions possibles pour augmenter leurs profits.

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