Twitter est-il dangereux pour la démocratie ?

Il y a quelques semaines j’avais tenté d’analyser ce que j’appelle la twitterisation de la vie politique (et tenté de démontrer en quoi celle-ci était le symbole de sa déchéance). Aujourd’hui, ce sont les rapports entre Twitter, ses utilisateurs et la démocratie qui m’intéressent, ou plutôt qui m’inquiètent quelque peu devrais-je dire. « Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse ». Ce proverbe me semble particulièrement adapté à ce réseau social tant la vocifération et l’outrance semblent être les règles du petit oiseau bleu.

On ne compte plus, en effet, les propos injurieux voire clairement haineux sur Twitter. Ces abominations poussent comme des petits champignons et ce, d’autant plus qu’ils ne sont que très rarement supprimés par les administrateurs. Récemment une personne fort charmante lors d’un «débat» sur l’immigration n’a eu pour seul argument de dire que « L’Islam n’est pas une religion, c’est une secte de barbares et de sauvages ». Inutile de préciser que cette personne n’a pas voulu aller plus loin dans le débat après cela. D’aucuns semblent penser qu’un débat sain passe par ce genre de pitreries et de grossièretés. La politique, au sens noble du terme, et la démocratie ne sauraient s’accommoder de ce genre de pratiques.

Sur Twitter, l’union fait la force… pour prôner la désunion

Psychologiquement, l’attitude de certaines personnes sur Twitter est assez intéressante à étudier. Derrière son écran et devant son clavier on se sent pousser des ailes. On se sent moins faible au pluriel. Quand on voit qu’une, deux ou trois personnes voire même plus sont d’accord avec les propos que l’on tient, on se sent dans son bon droit et tant pis si lesdits propos frôlent l’illégalité et ne concourent qu’à augmenter les tensions et la haine entre les personnes.

Ce qui est vrai au niveau des individus l’est aussi à une échelle plus grande. Sur Twitter, c’est finalement le règne du communautarisme, bien plus que dans la vie réelle. On s’oppose, on se déchire, on s’envoie des piques et ce sans jamais faire progresser le débat. On se jauge au nombre de followers que l’on a (intéressant d’ailleurs, au niveau sémantique, que l’on parle de suiveurs et non pas de personnes capables de se faire leur propre opinion. Certains me diront que la nuance est subtile mais je suis de ceux qui pensent que les mots ont un sens). Plus aucune volonté d’œuvrer pour le bien commun sur Twitter finalement, simplement l’envie d’être le plus suivi, le plus aimé, bref l’envie d’écraser l’autre. De quoi fracturer à l’extrême la société entre les différentes communautés présentes sur Twitter. A l’heure où le repli et la méfiance sont les règles, il ne me semble pas que cette logique soit bénéfique pour la société, pour la politique et pour la démocratie.

Twitter ou l’abdication de la modération

Le proverbe que j’évoquais en introduction de l’article me semble le meilleur pour décrire Twitter. Là où le réseau social est le plus dangereux pour la démocratie, c’est qu’il donne une audience bien plus grande aux différents communautés radicales que celles qu’elles possèdent réellement. Les radicaux de tous bords (xénophobe, Etat Islamique et j’en passe) sont ceux qui ont le plus d’audience sur Twitter pour la simple et bonne raison qu’ils sont les plus actifs. Sur Twitter on n’entend qu’eux et à force, certains peuvent finir par penser que c’est la pensée de ces groupes radicaux et minoritaires qui est dominante.

On pourrait se dire qu’il est simple de contrer cette tendance. Il suffirait aux personnes plus sensées et modérées d’investir Twitter pour montrer que la majorité des personnes peuplant la société ne sont pas aussi radicales et que le rapport de force dans la vie réelle n’est pas du tout celui que dessine Twitter. Malheureusement ce n’est pas si simple. Selon moi, la prééminence des pensées radicales sont consubstantielles du fonctionnement de Twitter. Je m’explique : les messages de 140 caractères ne permettent pas aux personnes raisonnées de mettre en place leurs démonstrations alors qu’ils permettent pleinement aux groupes radicaux de jouer sur des phrases chocs et de faire du bruit pour faire croire qu’ils sont majoritaires.

Twitter constitue donc, à mon sens, une réelle menace pour la démocratie dans la mesure où non seulement les personnes aux idées radicales ont une audience plus large qu’en réalité mais aussi parce qu’ils parviennent à faire l’union autour d’eux. Cette union conduit paradoxalement à une désunion de la société. Enfin, comme l’a noté Yann Moix samedi dans On n’est pas couché, il se pourrait bien que les réseaux sociaux aient accompli le rêve de Big Brother, à savoir réussir à connaître tout sur tous. Cette ambition qui était le propre des totalitarismes a peut-être été réalisée, de manière très ironique, dans nos démocraties contemporaines.

Un commentaire sur “Twitter est-il dangereux pour la démocratie ?

  1. Salut Marwen!
    Je n’ai pas laissé de commentaires depuis longtemps, mais me revoilà 😉
    Nous sommes entièrement d’accord sur le fait que Twitter (mais aussi Facebook, même si ce réseau n’est guère utilisé pour parler politique) abolisse le débat de fond au profit des formules toutes faites, des slogans et de la forme. Le fait que les radicaux soient plus présent s’explique très facilement : il y a une dichotomie profonde entre majorité silencieuse et minorité active. Ainsi l’on voit plus d’autocollants dans la rue de groupes anarchistes ou de l’AF que du PS ou LR. Parce que les uns sont peu nombreux mais actifs (sur tous les plans d’ailleurs, ce sont des organisations militantes) tandis que les autres ne sont pas militants. On retrouve donc naturellement cette dichotomie sur Twitter.

    En revanche je ne te suis pas sur ta condamnation de propos « haineux » voire « illégaux ». Nous vivons actuellement dans une tyrannie du politiquement correct. Si quelqu’un n’aime pas l’Islam et veut dire que c’est une religion de barbares, qu’il le dise. Le problème de ta condamnation, selon moi, c’est qu’elle suit totalement la ligne actuelle des derniers gouvernements, à savoir une restriction de la liberté d’expression via des lois à cet effet (Pleven, Gayssot…). Si quelqu’un a de la « haine », ne vaut-il pas mieux qu’il l’éructe sur Twitter plutôt que dans la rue ou par la voie de la violence? Gueuler sur Twitter, c’est aussi un moyen de ne rien faire dans la réalité.

    De plus, où s’arrêteront les lois? Pourras-tu dire demain du mal de Twitter si une loi empêche les gens de nuire aux images de marque? Je ne fantasme pas, c’est tout à fait possible. Un article attaquant telle ou telle société, tel ou tel individu ne sera-t-il pas condamné par la justice pour « incitation à la haine d’autrui » par exemple? Le problème vient de la définition très floue de « haine ». Il est à mon avis préférable de laisser libre cours à la « haine » plutôt que de chercher à la punir. Cela nous entraînerait directement dans une société carcérale, une prison à ciel ouvert, sans murs ni barreaux, mais où la liberté serait fort réduite.

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