A gauche, la lâcheté décide de tout

La semaine dernière, le premier secrétaire du parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, était sur le plateau d’On n’est pas couché pour présenter et faire la promotion de son nouveau livre intitulé A gauche, les valeurs décident de tout. Dans cet ouvrage, il explique que l’essence même de la gauche (comprenez le Parti Socialiste) est de s’adosser à ses valeurs et de les défendre coute que coute. Il précise également que depuis quelques temps la gauche a pu transiger avec ce principe là et qu’il faut qu’elle revienne rapidement à ses valeurs fondamentales sous peine d’être vouée à disparaitre en tant que gauche.

Monsieur Cambadélis semble oublier qu’il est premier secrétaire du PS et qu’il est donc, de facto, celui qui est censé insuffler la dynamique au sein du parti. Si la gauche s’est détournée de ses valeurs, il n’y est donc pas étranger. Et pourtant, le livre ne sonne absolument pas comme une autocritique mais bien comme une charge contre quelque chose d’informe. En utilisant le mot « gauche », le premier secrétaire s’exonère de dire clairement quelles sont les personnes visées par sa diatribe. Toutefois, il a raison sur un point : la gauche s’est bel et bien détournée de ses valeurs. Par lâcheté face aux sondages ou face à l’Allemagne, le PS a renié ses valeurs d’égalité et de solidarité, fondements de son identité.

De la lutte contre la discrimination à sa légitimation

En 2012, durant la campagne électorale, François Hollande avait lourdement insisté sur la notion d’égalité. Lors de son discours du Bourget il s’était même lancé dans une anaphore enflammée pour défendre cette valeur. Aussi s’était-il posé en garant de la lutte contre les discriminations notamment en souhaitant supprimer le mot race de la Constitution. Mais, loin de ces querelles sémantiques (qui ont aussi leur importance), l’une des principales propositions du candidat Hollande avait été d’obliger les policiers à fournir un récépissé lors des contrôles d’identité et ce, afin de lutter contre les contrôles au faciès. Non seulement François Hollande a reculé devant Manuel Valls et devant certains sondages sur ce point-là, mais son gouvernement est allé plus loin, quitte à justifier la discrimination.

Le 24 août dernier, invité à réagir après la tentative d’attentat avortée dans le Thalys, le ministre des Transports, Alain Vidalies, a annoncé la mise en place de « contrôle aléatoire des bagages avec du personnel spécialisé » à l’entrée des trains. Et lorsque Elkabbach lui rétorque qu’une telle mesure conduira nécessairement à mettre en place une forme de discrimination, le Ministre de la République répond qu’il « préfère qu’on discrimine plutôt que de rester spectateurs ». Voilà donc un Ministre dit de gauche qui défend la discrimination à une heure de grande écoute sur la radio française. Mais le plus effarant, c’est quand Stéphane Le Fol, porte-parole du gouvernement pour ceux qui l’aurait oublié, affirme le lendemain qu’Alain Vidalies n’a pas fait de boulette. Le gouvernement, dans sa globalité, soutient donc que la discrimination est nécessaire. Drôle de basculement à gauche il me semble, on n’est pas très loin du tremblement de concepts nietzschéen.

La solidarité, quelle solidarité ?

Deuxième valeur complètement bafouée par la gauche durant cet été, celle de solidarité. Et pourtant, les occasions de se montrer solidaire n’ont pas manqué pour cette gauche qui prétend défendre cette valeur. Mais à chaque fois, par lâcheté face aux sondages ou face à Madame Merkel, celle-ci a oublié cette valeur qui était si chère à ses fondateurs. Lors de la crise grecque, tout d’abord, le PS a lâchement abandonné Tsipras et Syriza en se ralliant manu militari aux exigences du Cerbère Merkel-Schaüble-Gabriel. Plutôt que de soutenir franchement Syriza et de réclamer une réelle réorientation de l’Euro et de l’UE, le PS a définitivement donné la preuve qu’aucun plan B n’était possible et qu’il se coucherait à chaque fois devant Merkel. Exit donc la solidarité avec le peuple grec qui a été broyé par des années d’austérité.

Si la gauche n’a pas, on vient de le voir, fait preuve de solidarité intra-européenne, elle n’a pas non plus poussé pour la mise en place d’une solidarité extra-européenne. Durant tout l’été, des milliers et des milliers de migrants ont rejoint l’Europe, certains se sont noyés dans la Méditerranée. A-t-on entendu un seul dirigeant du PS s’exprimer sur la question ? Non et leur silence assourdissant a fini par faire un bruit tellement grand qu’ils ont bien été obligé d’envoyer Manuel Valls à Calais pour montrer que la gauche avait un intérêt pour cette question. La vérité, c’est que la gauche est tétanisée par les sondages et par la droitisation de la société française. Loin d’affirmer ses valeurs envers et contre tout, elle préfère les abandonner lâchement, les cacher sous le tapis pour « ne pas faire le jeu du FN » comme on l’entend bien trop souvent. Alors non Monsieur Cambadélis, à gauche les valeurs ne décident pas de tout, loin de là. Elle est en train de sombrer comme l’avait si bien annoncée Raffaele Simone dans Le Monstre doux, l’Occident vire-t-il à droite ?. Croire que renier ses valeurs lui permettra de rester au pouvoir ne contribuera qu’à précipiter sa chute comme l’a vécu le PASOK en Grèce.

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