Les incohérences des partisans du plan B

Le 12 septembre dernier, lors de la Fête de l’Humanité, un débat a été organisé entre Jean-Luc Mélenchon, Stefano Fassina, Yanis Varoufakis et Oskar Lafontaine (le dirigeant de Die Linke, la gauche radicale allemande). A la suite de ce débat, le président du Parti de Gauche a annoncé qu’un sommet du plan B se tiendrait à Paris les 14 et 15 novembre prochain. Par plan B, il faut entendre la fin de l’austérité, le retour à une politique ambitieuse ayant vocation à réduire les inégalités socio-économiques et à replacer l’humain au centre de la politique. En somme, il s’agit pour les partisans du plan B de faire exactement le contraire de la politique menée actuellement en Europe et qui a montré tous les dégâts et la casse sociale qu’elle pouvait faire.

En publiant Un Autre monde est possible, Yanis Varoufakis ne dit pas autre chose. Le plus rude opposant à l’ordo-libéralisme allemand et donc à Wolfgang Schaüble lors de la crise grecque de l’été dernier est sans conteste la tête d’affiche de ce mouvement qui exige un plan B en Europe. Il est à la fois sa voix, son incarnation mais aussi malheureusement le reflet de son incohérence et de son refus d’aller jusqu’au bout. « Il est aisé d’être logique. Il est presque impossible d’être logique jusqu’au bout » écrivait Camus dans Le Mythe de Sisyphe. Telle est aujourd’hui la position des partisans du plan B, par crainte ou par conviction, ils se refusent d’aller au bout de leurs revendications.

Le plan B, nouvelle chimère de la gauche

Le sort qui attend ceux qui croient au plan B est en réalité le même que celui qui a été réservé à la gauche du plan A, celle de François Hollande. Après s’être ébroué durant toute la campagne présidentielle de 2012 contre l’austérité, contre la règle d’or, contre le TSCG, le président français, une fois au pouvoir, n’a pas fait bouger d’un iota l’orientation de la politique européenne. Doit-on lui en vouloir ? A vrai dire, je ne le sais pas. Je lui en ai voulu, un temps, d’avoir renié ses promesses d’une Europe plus juste, plus fraternelle. Mais en y réfléchissant plus longuement, je me suis rendu compte que son reniement était prévisible et même logique. « There is no alternative » disait Thatcher dans un discours resté célèbre. Au sein de l’UE, il me semble que cette phrase prend tout son sens. Il n’y a effectivement pas d’alternative possible au modèle en place.

Ce qui est arrivé à Syriza et à Tsipras durant l’été est bien la preuve qu’une autre politique n’est pas possible au sein du carcan européen. « Il n’y a pas de démocratie en dehors des traités » avait alors osé dire Jean-Claude Juncker, président de la Commission Européenne. Certains s’étaient alors insurgés de cette phrase mais celle-ci ne faisait que révéler la réalité de la situation. Au vu des traités de l’Union Européenne et de la Sainte-Trinité 60%-3%-règle d’or, tout pays est condamné à mener une politique, sinon d’austérité, de rigueur. Faire croire qu’un plan B pourrait sauver l’euro et sauver l’UE en la réorientant vers plus de justice c’est au mieux se fourvoyer, au pire nous mentir de manière éhontée. Non, aucune réorientation n’est possible dans le cadre de l’UE et même dans le cas où celle-ci aurait lieu alors l’Allemagne et ses alliés largueraient les amarres et aboliraient de facto cette nouvelle Europe.

Il n’y a jamais qu’une seule politique possible

Si la phrase de la Dame de fer s’applique parfaitement à l’UE, ce n’est pas pour autant qu’il faut céder à un certain fatalisme et se dire que c’est comme ça et que rien ne changera. Il n’y a, en effet, jamais qu’une seule politique possible. Dans notre cas, les partisans du plan B se bornent, soit par conviction soit par opportunisme électoral, à refuser d’envisager une sortie de l’euro et de l’UE. Et c’est précisément sur ce point qu’ils ne vont pas au bout des choses. « Il est presque impossible d’être logique jusqu’au bout ». Camus a raison et les partisans du plan B nous le démontrent tous les jours, eux qui critiquent l’euro mais qui refusent de parler de sortie, qui critiquent les traités qui fondent l’UE mais qui ne veulent pas la remettre en cause. C’est précisément ce qui les contraint à avoir un parcours erratique puisqu’ils refusent tout ce qui constitue le monstre sans vouloir s’affranchir du monstre. Une forme de syndrome de Stockholm en somme.

Quelle est donc la chose qui leur fait peur au point de ne pas évoquer de sortie de l’euro ? La réponse me parait assez simple. Il s’agit de l’antienne que l’on entend à longueur de journées et qui voudrait que la sortie soit nécessairement accompagnée d’un retour aux nationalismes, aux extrémismes et aux rancœurs de toutes parts. C’est, en effet, le discours que les défenseurs béats de l’UE nous assènent à longueur de journées avec le but, à peine voilé, de faire peur à l’électeur. Finalement, la tactique est bien connue et elle est d’une malhonnêteté intellectuelle criante : moi ou le chaos. Ce qui est, selon moi, souhaitable, c’est de parvenir à mettre en place une sortie dite de gauche qui s’oppose à toutes les accusations de nationalismes. Comme l’explique Régis Debray, on peut être internationaliste tout en étant rattaché à une patrie, nulle incohérence dans cette position. Dans le cas ou plusieurs sorties de pays se font de manière unilatérale, alors lesdites sorties ne seraient plus, de fait, unilatérales. Il y aurait alors solidarité dans ces sorties solitaires et le moyen de créer une synergie et de fonder une nouvelle politique réellement plus juste et plus fraternelle. En défendant le plan B, on fait en sorte, qu’à terme, rien ne change et que le statut quo devienne la règle.

7 commentaires sur “Les incohérences des partisans du plan B

  1. Deux choses:

    1) la citation de Juncker est « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » Ce qu’il voulait dire, c’est que si un pays viole unilatéralement un traité, fût-ce suite à un choix démocratique, alors il doit quitter l’Europe. Ce qui me paraît tout à fait exact et raisonnable. Si les traités ne sont pas contraignants (jusqu’à renégociation mufti-latérale réussie), alors on entre dans le monde du grand n’importe quoi, et ce n’est plus la peine de parler d’Europe. Dieu sait que ce Monsieur Juncker n’est pas ma tasse de thé, mais sur ce coup là, il a raison.

    2) Il me semble que le Plan B tel qu’il est compris par Varoufakis et par Mélenchon (pour les autres, je ne sais pas) consiste avant tout à construire un rapport de force crédible. Je crois que Mélenchon explique que c’est comme la force de dissuasion nucléaire : le but n’est pas de l’utiliser. Ils sont persuadés qu’une menace crédible que la France puisse effectivement quitter l’Europe sera réellement inacceptable pour l’Allemagne, et que cette dernière cédera. Évidement, toute la question est dans le « crédible ». Le plan B, c’est préparer, construire, organiser, élaborer un plan précis, détaillé, réaliste, pour qu’au final, il ne soit pas mis en oeuvre.

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    • Bonjour et désolé pour ma réponse tardive.

      1) Oui sauf qu’en disant cela, Juncker met à mal tout choix démocratique. Les traités doivent être appliqués sans pouvoir être remis en question. La règle contre le choix en somme… Quand on sait que les institutions européennes n’ont aucune légitimité démocratique ça pose un réel problème (cf le non en 2005).

      2) Oui c’est exactement cela le plan B et c’est précisément ce qui rend leur position intenable on l’a bien vu avec Tsipras…

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      • 1) On ne se comprend pas, il me semble. Un traité doit pouvoir être appliqué sans pouvoir être remis en question, oui ! Sinon ça ne s’appelle pas un traité mais plutôt un chiffon puisque de toute façon chacun fera comme il voudra 15 mois plus tard. Aucun état ne peut accepter de s’engager s’il sait que la parole que lui donnent les autres n’a aucune valeur. Bien entendu, on peut essayer de renégocier un traité, et si on y arrive pas, on peut aussi le dénoncer et s’en aller.

        2) On ne ne comprend décidément pas. Le principe du plan B dans l’esprit de Mélenchon est justement de faire ce que Tsipras n’a pas fait. La position de Tsipras était intenable parce que sa menace de sortie de l’Euro n’était pas crédible et que la Grèce ne pèse pas lourd. L’idée est de construire une menace crédible, cette fois, qui ajoutée au poids économique et politique de la France permettra de réussir là où Tsipras a échoué, avec au final une France qui resterait dans L’europe (et l’Euro). Nota bene : la question de savoir si ça peut effectivement marcher est toute autre.

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  2. Je ne saurais trop te recommander, à propos de la Grèce, la lecture de l’interview de Wolfgang Schäuble par Jean Quatremer, ce jour (mardi 20) dans Libération, ainsi que le visionnage de « Grèce, le jour d’après » ce soir sur Arte à 20h50.

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