Tous responsables de la résonnance de Morano ?

Depuis le 26 septembre dernier et son passage à On n’est pas couché, Nadine Morano est au centre de tous les débats et de toutes les attentions. De son passage sur le plateau de Laurent Ruquier, on n’a retenu qu’une seule phrase : « La France est un pays de race blanche ». Voilà comment huit petits mots ont provoqué un ouragan et placé l’élue européenne au centre de la vie politique française depuis 20 jours. Loin de moi l’idée d’absoudre Nadine Morano mais quand je vois tout le remue-ménage provoqué par son intervention je me dis que nous avons tous une part de responsabilité dans la résonnance qu’a pu avoir Nadine Morano à la suite de ses propos.

Tous les regards se tournent en premier lieu vers les médias puisque la candidate aux régionales a écumé les plateaux télés et les matinales de radio à la suite de son passage dans le talkshow de France 2. Evidemment, les premiers responsables sont les médias qui ont donné une tribune extraordinaire à madame Morano, si bien que ces trois dernières semaines auront été celles où elle a été le plus sollicitée par les médias durant sa vie politique. La course à l’audience et à l’audimat a, bien entendu, participé de cette dynamique. Recevoir Nadine Morano, c’était l’assurance de faire les gros titres. Toutefois, les médias sont loin d’être les seuls responsables. Nous sommes, en effet, tous responsables d’une certaine manière en relayant sur Twitter, Facebook et les autres réseaux sociaux des propos que l’on prétend combattre.

La mercantilisation de l’information et du débat politique

Déjà au moment de l’affaire du Carlton, j’avais mis en avant le glissement qui s’opérait dans les médias aujourd’hui. D’un journalisme d’opinion, réfléchi et poussant à la réflexion, nous sommes en train de passer à un journalisme de faits (ce que j’avais alors appelé syndrome AFP), un journalisme-spectacle. Ce dernier fait lui-même écho à la politique-spectacle. Désormais, on recherche l’information qui va nous divertir, qui va attirer l’œil. Cette logique a été pleinement comprise et intégrée par la plupart des médias qui n’hésitent désormais plus à utiliser sans vergogne le marketing pur pour augmenter leurs ventes et leur exposition. L’utilisation du marketing n’est pas mauvaise en soi me diront certains. Je suis plutôt d’accord avec ceci. Le marketing est dans l’air du temps et l’utiliser semble être normal.

Néanmoins, si l’utilisation du marketing n’est pas néfaste en elle-même, elle est révélatrice d’un nouveau rapport à l’information. L’information qui était autrefois en dehors de la logique consumériste est désormais pleinement intégrée dans celle-ci. La plupart des médias assument totalement cette mercantilisation de l’information. Finalement, à l’heure du numérique et des télécommunications l’information est un produit comme un autre qu’il s’agit de bien mettre en avant pour bien vendre. Etrange paradoxe que l’époque que nous vivons pour les médias : jamais nous n’avons eu autant de moyens de communiquer et de nous informer et pourtant l’information est aujourd’hui un produit qui utilise les mêmes techniques que les autres produits (titres racoleurs, unes tapageuses etc.).

N’a-t-on pas les représentants que l’on mérite ?

Et si, dans le fond, Nadine Morano avait gagné ? Certes, elle a subi des critiques de toutes parts des internautes outrés, elle a vu arriver des dizaines de lettres ouvertes lui signifiant son ignorance ou sa méconnaissance de l’Histoire de France mais dans toutes ses réactions il était question de ses propos. Ceux-ci ont touché un public très large en partie grâce à ces réactions. En devenant l’objet de toutes les discussions ou presque sur les réseaux sociaux, Nadine Morano a incontestablement réussi son coup. La voilà au cœur de toutes les discussions et nous sommes tous quelque peu responsables. Dans la même semaine, Alain Juppé a sorti un livre intéressant sur le domaine de l’éducation et personne ne s’en est soucié tandis que tout le monde était là pour tomber sur Morano.

Ce que j’essaye de dire c’est que cette logique dépasse les simples propos sur la race blanche et qu’elle englobe presque toutes les réactions que nous pouvons avoir au quotidien. En effet, en donnant de l’écho à des propos que nous trouvons intolérables, ne participons-nous pas nous-mêmes à la publicité de ses propos ? En choisissant de les relayer, même pour en montrer la vacuité, nous prenons part à la logique des provocateurs. Dans le fond, ils ne sont jamais plus heureux que quand tout le monde les critique puisque si tel est le cas, c’est que l’on parle d’eux et qu’ils ont réussi à faire émerger leurs idées dans l’opinion. En pensant les combattre, on ne fait que les renforcer puisqu’être anti sans ne proposer aucune autre solution revient finalement à rendre plus fort encore ceux à qui on s’oppose.

« Le courage, disait Jaurès, c’est de ne pas faire écho de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ». Tâchons de suivre ce conseil pour ne pas faire le jeu de ceux que l’on prétend combattre.

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