François Hollande, ultime fossoyeur de la gauche française

En cette période de fêtes de fin d’année, le président de la République vient de faire un cadeau inestimable à la droite et à l’extrême-droite : il vient, tel Vercingétorix, de déposer à leurs pieds non pas ses armes – si tant est qu’il en ait – mais la dépouille de la gauche française. Tel ces personnages lugubres dans La Peste de Camus, le voilà qui danse autour du corps sans vie qu’il vient d’offrir. Ce même président qui, le 22 janvier 2012 au Bourget, affirmait avec conviction : « L’âme de la France, c’est l’égalité […].C’est pour l’égalité que nous aurons aussi à combattre et à proposer aux Français le changement » vient de porter un coup presque mortel à l’égalité qu’il disait défendre.

En conservant la déchéance de nationalité pour les personnes convaincues de terrorisme dans la réforme qu’il va proposer au Congrès, François Hollande fait clairement le choix de se tourner vers les voix du centre et de la droite plutôt que vers celles de sa gauche pour faire adopter sa réforme constitutionnelle. Le voilà qui joue l’apprenti-sorcier pour tenter de s’assurer le plus de voix possibles en 2017. Considérant sans doute que son électorat voterait quoiqu’il advienne pour lui, Hollande s’efforce de donner des gages aux plus conservateurs en cas de duel avec Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle. François Mitterrand avait mis la gauche française en bière avec son tournant de la rigueur, François Hollande l’ensevelit avec ses pulsions sécuritaires et identitaires.

Tous égaux mais certains plus que d’autres

Au moment de conserver définitivement la déchéance de nationalité dans la réforme constitutionnelle, François Hollande a-t-il oublié l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen ? Celui-ci stipule que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». En proposant la déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés pour terrorisme, François Hollande crée, de facto, deux catégories de Français : ceux qui le sont sans condition et ceux qui le seraient sous condition. La politique est aussi – peut-être même surtout – affaire de symbole et le président de la République envoie un signal fort au pays. Non il n’existe plus de République une et indivisible, il existe des Français à l’avant-garde la nation, selon le fameux mot de Manuel Valls, et les autres, ceux qui ne sont pas totalement Français. Finalement mon cher François, tu n’es qu’un minable politicien doublé d’un dangereux machiavélisme. Pour faire ta petite tambouille électorale tu fais joujou avec la Constitution.

Tu devrais avoir honte. François Mitterrand, bien qu’il ait largement renié ses promesses économiques et sociales, avait au moins eu la décence d’abolir la peine de mort. Au rythme où vont les choses, je me demande d’ailleurs si tu n’auras pas rétabli ladite peine de mort avant 2017 pour « faire barrage au Front National ». Mais tu oublies une chose importante, c’est que les gens préféreront toujours l’original à la photocopie. Tu te fourvoies grandement en adoptant cette déchéance de nationalité. Ce faisant, tu vas te mettre à dos tous les binationaux et toute une partie de la France, celle qui n’oublie ni ses valeurs ni son Histoire. Mitterrand avait eu le courage d’aller contre l’opinion sur la question de la peine de mort ; toi, du haut de ta petitesse, tu bafoues les valeurs historiques et les principes élémentaires de notre pays pour suivre l’opinion et tenter de gagner quelques voix en 2017. Au reniement tu viens d’ajouter l’infamie.

Tu dis conserver cette déchéance de la nationalité au nom de la parole donnée devant le Congrès, et donc les Français. Mais qu’en est-il de la parole que tu as donné le 22 janvier 2012 à tout le peuple de gauche et à tous les Français qui t’ont porté au pouvoir ? Finalement, de tes trois casquettes étudiantes tu rejettes celles de l’ENA et de Sciences Po pour ne conserver que celle de HEC en vendant tes principes – et les principes les plus chers de ton camp – pour récolter une poignée de voix. Tu n’es qu’un épicier minable et tu es en train d’ouvrir en grand la porte à un futur pouvoir autoritaire. En faisant adopter ta réforme constitutionnelle, tu permets, en effet, à un pouvoir arbitraire et autoritaire de se mettre en place dans le cas où le pouvoir viendrait à se retrouver dans des mains douteuses. Si Marine Le Pen arrive au pouvoir en 2017 avec tout l’arsenal législatif que tu viens de mettre en place, avec un état d’urgence permanent, avec le pouvoir de mettre en place des perquisitions de manière arbitraire, qui nous garantit que nos libertés fondamentales seront garanties ? Déjà qu’aujourd’hui elles ne le sont pas toujours…

La gauche française est en cendres

Au soir du premier tour des dernières régionales les caciques du Parti Socialiste répétaient inlassablement la même chose : « le bloc de gauche est en tête » ; « la gauche unie est encore devant ». Au soir du second tour les mêmes éléphants se satisfaisaient presque avec un grand sourire d’avoir obtenu cinq régions quand tous les sondages d’opinion ne leur donnaient que trois pauvres régions. D’aucuns sont même allés jusqu’à dire que si la gauche ne l’avait pas emporté, la droite non plus ne l’avait pas emporté. Tout va bien Madame la marquise. Ces fins analystes semblaient oublier que dans le Nord Pas de Calais Picardie et en PACA, la gauche avait purement et simplement disparu du conseil régional et ce, pour les six prochaines années. Drôle de victoire que celle revendiquée par certains membres de la majorité. Ils passent sous silence que le fameux bloc de gauche n’existe plus. Plus rien ne rattache le Parti Socialiste aux autres partis de gauche tout simplement parce que le PS ne mène pas une politique de gauche. A vrai dire, plus aucun parti de gauche n’existe vraiment.

Depuis 2012, l’exécutif a connu de lourdes défaites électorales. La gauche a été balayée aux municipales, aux européennes, aux cantonales et donc aux régionales. Mais le mal est bien plus profond, il est dans les têtes et pas simplement dans les urnes. La gauche a perdu dans les urnes, cela est clair mais la défaite la plus importante qu’elle a connue est celle dans les têtes. Il n’existe plus de pensée de gauche aujourd’hui en France et il devient urgent d’en reformer une. Cela prendra du temps il ne faut pas se leurrer mais rien n’est perdu d’avance. Il n’y a qu’à regarder du côté de la Grèce ou de l’Espagne pour s’apercevoir qu’une pensée de gauche tente doucement mais surement de réapparaitre en Europe. Il s’agit non pas de s’inspirer et de copier bêtement ce qui se fait ailleurs mais simplement de constater qu’il est possible de mettre en œuvre une nouvelle pensée de gauche en France. Ni le PS, ni le PC, ni le Parti de Gauche n’en sont aujourd’hui capables. A tous ceux de gauche qui désespèrent de ne pas être représentés ou de se déplacer aux urnes sans conviction aucune à chaque élection, j’ai envie de dire que c’est à nous, à nous tous de tenter de refonder une pensée de gauche.

Souvent le mouvement connaitra des revers, toujours il sera combattu de manière farouche mais, pour autant, il ne faudra pas baisser les bras. Tel est le prix à payer pour défendre ses idéaux. Comme disait Jaurès, grande figure de la gauche, « le courage, c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense ». Parfois nous nous sentirons comme Sisyphe voyant dévaler son rocher le long de la montagne, il faudra alors recommencer des efforts déjà cinq fois, dix fois, cent fois consentis et dans ces moments de doute et de déception, il ne faudra pas perdre espoir. Il faudra alors se souvenir des phrases de Camus dans Le Mythe de Sisyphe : « La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Puissent ces deux grands hommes nous donner la force de lutter contre tous ceux qui veulent détruire nos idéaux, à commencer par Manuel Valls qui, pas plus tard que dimanche, a confirmé la fracture à gauche dans le JDD en affirmant que certains « s’égar[aient] au nom de grandes valeurs ». Monsieur le Premier Ministre, c’est vous qui vous égarez et trahissez l’Histoire de la gauche française et de ses grands noms comme Jaurès ou Blum. N’essayez pas de tromper l’opinion avec votre communication de bas étage, les Français en ont assez.

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