Le débat sur le Brexit ou le sacrement de l’UE libérale

Hourra ! Débouchez les bouteilles de champagnes, l’Union Européenne est sauvée. Youpi ! David Cameron va faire campagne pour le « in » à propos du référendum de juin prochain en Grande-Bretagne. Voilà en somme ce que nous avons pu entendre depuis la fin du bras de fer qui opposait David Cameron au reste de l’Union Européenne. Le Premier ministre britannique était venu renégocier les conditions d’un maintien de son pays dans l’UE. En cas d’échec, il menaçait de faire campagne pour une sortie du Royaume-Uni lors du référendum qu’il a promis lors de sa dernière campagne.

Les craintes étaient grandes au sein de l’Europe à propos de ces négociations mais David Cameron n’a pas eu à forcer outre mesure la main des autres dirigeants européens pour obtenir ce qu’il souhaitait, à savoir une participation financière moins grande ainsi qu’une protection pour la City. Venu avec une stratégie claire – l’acceptation de ses conditions ou la sortie de l’UE – il n’a eu guère de mal à convaincre l’UE d’obtempérer. De facto, l’UE est venue rappeler son caractère intrinsèquement libéral et sa propension à s’accommoder d’arrangements avec les traités quand ils vont dans le sens d’un plus grand libéralisme économique.

Faible avec les forts, forte avec les faibles

Quiconque s’est intéressé à la crise grecque l’été dernier ne peut être qu’atterré par la comédie qui vient de se jouer dans les conclaves de l’UE. « Il ne peut y avoir de démocratie en dehors des traités européens » clamait haut et fort Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, au moment de la crise grecque lorsqu’on lui affirmait que le refus grec de l’austérité était un choix parfaitement démocratique. Il faut croire que cette phrase – qui semblait irrévocable et péremptoire – est en réalité sujette à fluctuations en fonction de l’interlocuteur. L’UE fonctionne, finalement, comme Les Animaux malades de la peste de La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». Alors qu’il y a huit mois on menaçait les Grecs d’expulsion en cas de non-respect des traités, voilà que les dirigeants européens permettent aux Britanniques de les fouler sans aucun souci.

En réalité, on va même plus loin puisque l’UE est en train d’amender les traités qui la lient au Royaume-Uni afin que celui-ci ne décide pas de prendre le large en juin prochain. Le nain politique n’a toujours pas grandi. Toutefois, il ne me semble pas que la peur d’un Brexit, à elle seule, a guidé l’action lors de ce sommet. Je suis bien plus enclin à y voir la réaffirmation du parti pris libéral de l’UE. La Grèce réclamait d’aller à rebours de ce libéralisme et de l’austérité ravageuse – le Portugal s’est d’ailleurs vu opposer une fin de non-recevoir à une pause dans l’austérité cette semaine – tandis que le Royaume-Uni réclame, au contraire, encore plus de libéralisme économique. Cette séquence politico-économique vient nous rappeler une nouvelle fois, s’il le fallait, que l’Union Européenne n’a que faire de la démocratie ou d’une quelconque alternative politique, le libéralisme effréné est son seul horizon. D’un point de vue purement cynique, on peut la remercier d’avoir fait cette clarification.

Le Royaume-Uni exemple à suivre pour refonder l’Europe, vraiment ?

Dans un billet de son blog, Jean-Luc Mélenchon s’est insurgé contre le deux poids deux mesures qui était à l’œuvre au sein de l’UE en mettant en comparaison les refus opposés aux Grecs et aux Portugais qui réclamaient un arrêt de l’austérité et l’acceptation de toutes les conditions britanniques. Le désormais candidat à la présidentielle va cependant plus loin que la simple critique et voit dans ce qu’il vient de se passer la validation de la stratégie mise en place au cours de l’automne dernier par différentes personnalités de la gauche européenne, à savoir le fameux plan B. Il explique, en effet, que le Royaume-Uni a pu obtenir une réponse favorable en menaçant l’Europe d’un départ. De ce fait, il conclut que sa stratégie est la bonne et que menacer l’UE d’un départ pour obtenir une réorientation de la politique économique est la bonne stratégie et que celle-ci fonctionnera si jamais il parvient à être élu, la France étant la deuxième puissance économique du continent.

Si Monsieur Mélenchon a raison sur la différence de poids – et donc sur la différence de capacité de nuisance – entre la France et la Grèce, ce qu’il semble oublier, c’est l’absence totale d’envie de l’Allemagne d’accéder aux requêtes anti-austéritaires. De par la structure de sa population et du fonctionnement de son économie, l’Allemagne n’a aucun intérêt à une réorientation de la politique économique de l’euro. La France a certes plus de poids que la Grèce pour obtenir une refondation de l’Union Européenne mais nous ne leurrons pas, aussitôt qu’un tel rapport de force en faveur de l’abandon de l’austérité sera trouvé, c’est l’Allemagne et ses alliés qui mettront les voiles. Si elle a accepté les exigences britanniques c’est parce que le Royaume-Uni est dans la même optique libérale qu’elle et qu’elle pâtirait d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE pour ses exportations.

Nous le voyons donc, tout ce qu’a obtenu le Royaume-Uni affaiblit évidemment l’Europe sur le plan politique mais renforce d’une certaine manière tous ceux qui défendent l’austérité dans l’UE, à commencer par l’Allemagne. Penser ne serait-ce qu’une seule seconde que ce qu’il vient de se passer ouvre la porte à une renégociation, une réorientation ou une refondation de la zone euro est à la fois illusoire et dangereux pour tous ceux qui veulent mettre fin à l’austérité une bonne fois pour toutes. Cette situation peut, en effet, retarder un peu plus la prise de conscience de la nécessaire rupture pour retrouver une politique plus ne phase avec des idéaux de justice et d’égalité.

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