Internet responsable de la crise de la presse, vraiment ?

Pas un jour ne passe sans que nous ayons à entendre les plaintes des grands titres de presse nationaux ou régionaux. Quotidiens, hebdomadaires, bimensuels ou mensuels tous répètent à longueur de temps que la presse papier, et le monde des médias en général, est en crise. Érosion des ventes et augmentation régulière des prix des journaux forment alors une forme de cercle vicieux – les deux dynamiques se nourrissant mutuellement pour renforcer la crise de la presse. Aussi les plans sociaux se succèdent-ils dans le monde de la presse pour répondre à cette baisse des ventes et pour compenser des bilans toujours plus déficitaires.

Cet environnement délétère a eu pour conséquences de voir les grandes fortunes du pays acquérir la totalité ou presque des grands quotidiens et hebdomadaires nationaux : Drahi, Lagardère, Arnault, Pigasse, Niel, Bergé sans oublier Dassault sont tous propriétaires dans le monde de la presse ce qui pose la question de l’indépendance des médias et de leur capacité à jouer le rôle de contre-pouvoir – nous y reviendrons plus tard. Afin d’expliquer cette crise de la presse, érosion des ventes et baisse des revenus, un coupable est tout trouvé : internet. En permettant à chacun de s’informer comme bon lui semble et à moindre frais, il aurait grandement contribué à affaiblir la presse. Et pourtant, il est loin d’être évident qu’internet soit réellement responsable de cette crise.

La fin du contenu de qualité

Mediapart a récemment fêté ses huit ans. Cet anniversaire vient trancher avec la morosité ambiance que connaît le monde de la presse puisque le site d’information lancé par Edwy Plenel et Laurent Mauduit voit son nombre d’abonnés, son chiffre d’affaires ainsi que ses bénéfices augmenter de manière constante. Ne voit-on pas là un formidable contre-exemple qui montre que la presse payante peut encore faire recette et attirer du monde ? On nous dira que Mediapart est un site d’information et que, par ce fait, il est issu d’internet et ne fait que confirmer le constat précédemment établi. Avant de montrer pourquoi cet argument n’est pas, à mon sens, recevable, attardons nous sur un journal de presse papier qui voit, lui aussi, ses ventes augmenter : Le Monde diplomatique. On voit ici que ces deux exemples nous montrent une seule et même chose, les gens sont prêts à payer pour accéder à une information de qualité, à du journalisme d’investigation et d’opinion.

Nous venons donc de le constater l’argument « internet » ne suffit pas à expliquer l’érosion des ventes des titres de presse dits classiques ou dominants. Comment expliquer alors une telle perte d’attraction ? Par une baisse croissante du contenu des articles publiés dans ce type de médias. Quand les médias gratuits (20 Minutes, Direct Matin ou Metronews pour ne citer qu’eux) apportent la même information que des médias payants, il ne faut pas s’étonner de voir ces derniers ne plus être achetés comme ils l’ont pu l’être par le passé. En comparaison du Monde diplomatique ou de Mediapart, les médias orthodoxes ont l’air bien fades : plus de journalisme d’opinion (simplement des éditos qui sentent bon la naphtaline) et plus de véritable d’investigation (comme le fait régulièrement Mediapart) dans ce type de titres de presse.

Un danger pour la démocratie ?

Nous venons de le voir, nous assistons à un affadissement de la presse française sous l’impulsion de nouveaux propriétaires qui n’ont pas de réel intérêt à ce que leur journal mène le même travail d’investigation que Mediapart – cet affadissement étant la réelle cause de la crise de la presse française à mon sens. Au-delà de la simple question des plans sociaux à répétition – et donc de la casse sociale sans précédent ou presque dans le monde de la presse – cette approche voulue par les propriétaires ne serait-elle pas dangereuse pour notre démocratie ? Il me semble que oui. Souvent présentés comme le 4ème pouvoir (en plus de l’exécutif, du législatif et du judiciaire), les médias dominants n’ont aujourd’hui plus ce rôle de contre-pouvoir qu’ils pouvaient avoir par le passé.

L’indépendance de la presse n’est, en effet, plus garanti dès lors que les intérêts des différents groupes détenus par les propriétaires sont défendus par les différents journaux. Lorsque le Figaro « oublie » de titrer sur une mise en examen de Serge Dassault, son propriétaire, ou que Le Parisien ne fait pas la critique de Merci patron! parce que le film critique Bernard Arnault, le détenteur du journal, alors un problème évident d’éthique et d’indépendance d’action se pose. Les conflits d’intérêts aboutissent à passer sous silence certains faits qui pourraient se révéler dommageable pour le propriétaire. De la même manière, lorsque l’on connaît la puissance d’un média, en posséder un est un moyen plus qu’efficace pour faire du lobbying voire de faire pression sur le monde politique. Enfin, dans la mesure où les grandes fortunes qui possèdent la plupart des médias sont également les propriétaires de véritables empires industriels, il est évident que lesdits médias permettent de mener des campagnes de publicité s’apparentant au soft-power.

Nous venons donc de le voir la crise de la presse est finalement plus un danger pour la démocratie que pour la presse elle-même dans la mesure où cette crise est finalement savamment orchestrée par les propriétaires exigeant une information toujours plus plate et toujours plus silencieuse sur les vrais sujets de fond. Aussi ne voit-on jamais d’investigation profonde ou d’engagement concret dans les médias les plus connus. Mediapart et Le Monde diplo montrent bien qu’une presse payante et de qualité a encore pleinement sa place en France. Toutefois celle-ci n’intéresse guère les détenteurs de la plupart des journaux qui voient dans les médias un moyen de renforcer leur influence. Il est urgent de revenir à une presse indépendante pour revigorer notre démocratie et voir le retour d’un contre-pouvoir qui nous manque cruellement. Pour cela, il nous faudra suivre les conseils d’Albert Camus, écrivain mais aussi journaliste, lors de son discours de réception du prix Nobel : « Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l’on sait et la résistance à l’oppression ».

5 commentaires sur “Internet responsable de la crise de la presse, vraiment ?

  1. Oui, vraiment. C’est comme pour les disques. Quand un marché s’effondre, les petits et la diversités sont les premières victimes. Les gros se concentrent, et l’importance de la rentabilité dans l’activité augmente. J’ai parfois l’impressions de rappeler que 2 et 2 font bien 4 quand je dis des choses comme ça, je m’excuse.

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    • C’est fou cette arrogance de ra part. Le Monde diplo n’est ni mort ni absorbé par je ne sais quel consortium avec la rentabilité comme dogme. Sois moins prétentieux la prochaine fois surtout quand tu dis des choses erronées

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  2. Les faits ne sont pas arrogants.

    Fait: un secteur économique qui connaît une baisse importante et durable de son son chiffre d’affaires et du nombre de ses client passe par une phase de regroupement et concentration, qui diminue sa diversité.

    Fait: depuis 1999, (ou 2000 suivant ce qu’on regarde exactement) il y a baisse de chiffres d’affaire et baisse du nombre de lecteur, et effectivement regroupement concentration.

    Les opinions, elles peuvent être arrogantes,

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    • Fait: Le Monde diplo, Mediapart ou le Courrier international voient leurs ventes augmenter alors qu’ils portent un autre projet que la concentration et la rentabilité.
      Relis ton commentaire tu verras qu’il dégouline d’arrogance mon ami

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