Manuel Valls, pompier pyromane

Si l’on s’en tient aux propos des éditorialistes ou des membres du gouvernement, les Français sont pris otages par de dangereux bolchéviques, cette CGT qui est en voie de « radicalisation » selon les propos de Manuel Valls. Certains, Jean-Michel Apathie en tête, vont même plus loin et se complaisent à jouer les Cassandre en annonçant une future guerre civile. Voilà donc Manuel Valls qui s’excite encore plus que d’habitude, qui gesticule et qui vocifère pour expliquer qu’il ne reculera devant aucune intimidation, s’empressant de condamner la supposée violence qui aurait lieu dans les raffineries. Aujourd’hui est un jour de mobilisation nationale et notre Premier ministre a déjà dit que cela ne changerait rien et qu’il demeurerait inflexible.

Ainsi, Manuel Valls importe sa position belliqueuse et son discours guerrier à la confrontation sociale. Lui qui disait faire la guerre à Daech est en train de jouer une mélodie rance au sein même de notre pays en cherchant par tous les moyens à trouver des ennemis de l’intérieur : après les casseurs voici venu le temps des bloqueurs. Lui qui admire Georges Clémenceau a, semble-t-il, fait sienne la devise du Tigre au moment de la guerre : « Politique extérieure je fais la guerre ! Politique intérieure je fais la guerre ! Partout je fais la guerre ! ». Ne reculant devant aucune vilénie, le Premier ministre affirme pourtant qu’il veut apaiser et réconcilier le pays avec lui-même. Pourtant, depuis 2012, à Beauvau comme à Matignon, il n’a eu de cesse de jeter de l’huile sur des feux incandescents. Drôle de conception de l’apaisement que celui que défend violemment Manuel Valls.

Valls, la violence pour méthode

Depuis son entrée en fonction, en tant que Ministre de l’Intérieur puis à Matignon, Manuel Valls a fait de la violence la méthode qui lui est propre. Du Prince de Machiavel il a vite rejeté le renard pour ne garder que le lion. Tout chez lui n’est que violence. Son affrontement avec Christiane Taubira durant deux ans aura jeté les fondements de cette méthode. Son arrivée à Matignon n’aura été que la suite logique de cette stratégie de la violence politique qu’il emprunte à Clémenceau, son mentor. Tel Monsieur Jourdain qui fait de la prose sans le savoir dans Le Bourgeois gentilhomme, Manuel Valls donne souvent l’impression d’être violent sans savoir qu’il l’est. Alors même qu’il dit prôner l’apaisement, il n’a de cesse de brusquer tout le monde autour de lui. La confrontation qu’il a enclenchée au sein du PS, grande clarification voulue par lui, ne dit pas autre chose. Ce Premier ministre qui avait fait 7% à la primaire de la gauche est entré en guerre contre elle.

C’est bien simple, Monsieur Valls passe son temps à faire la guerre. Un jour c’est à Daech, un autre c’est aux syndicats, un troisième jour c’est au voile et tout cela sous couvert de défendre la cohésion de la société française. Après les attentats de novembre, Manuel Valls disait être en guerre contre Daech pour que la société ne se fracture pas alors qu’en parallèle il attaquait les sociologues en disant que comprendre c’est déjà excuser – il a certes rétropédalé depuis. De la même manière affirmer comme il l’a fait avant-hier que le « combat de [sa] vie » était la lutte contre l’antisémitisme est une drôle de manière d’apaiser le pays quand dans le même temps il affirme que le voile est un asservissement. Que les choses soient bien claires, Manuel Valls en tant que personne a parfaitement le droit de penser cela, en tant que Premier ministre, la violence de tels propos n’ont rien à faire dans sa bouche. Manuel Valls est donc un homme politique violent, certes pas la même violence que celle des casseurs mais toute sa politique est fondée sur la violence vis-à-vis de son propre camp pour commencer – le récent usage du 49-3 a fini de le démontrer pour ceux qui en doutaient. encore.

La tentation de l’échappée solitaire ?

Et si cette violence, exacerbée en ce moment dans le bras de fer qu’il oppose à la CGT, était le moyen qu’utilise Manuel Valls pour arriver à ses fins ? Nous l’avons vu, le raidissement des positions d’un côté comme de l’autre ne laisse augurer rien de bon pour les semaines et les mois à venir. Il n’a, pourtant, échappé à personne que l’Euro se profilait dans un peu plus de deux semaines et que la hantise du pouvoir était qu’un mouvement social de grande ampleur se produise durant cet évènement où le monde aura les yeux rivés sur la France. Et si dans ce combat que mène Valls face aux grévistes se trouvait l’ultime stratégie du Premier ministre pour sauver sa peau ? Un stratagème lâche mais pas improbable. En pariant sur un bras de fer long, en soufflant sur les braises, en provoquant la CGT et tous les grévistes, Manuel Valls pourrait très bien être en train de se servir du mouvement social pour tenter de sauver sa tête et lâcher Hollande.

Après avoir violenté la majorité sur cette loi et avoir exigé une grande clarification au sein même du parti, Valls pourrait pousser le bras de fer à son terme pour forcer François Hollande à reculer par peur des conséquences fâcheuses d’un mouvement de grève en mondovision durant l’Euro. Ainsi, notre dangereux et violent Premier ministre pourrait démissionner avant la fin du quinquennat en expliquant qu’il n’avait pas les moyens d’effectuer sa politique. Il se placerait ainsi dans la position du réformateur pour damner le pion à Emmanuel Macron qui le rend fou de rage du fait de sa montée en puissance et de sa probable candidature. Rien n’est à exclure avec cet homme tant il semble prêt à tous les stratagèmes aussi violent soient-ils pour arriver à ses fins. Manuel Valls n’est pas un réformateur, il est une brute qui passe sa vie en guerre. Rappelons-nous que Clémenceau, en son temps, réprima dans le sang des grandes grèves. Espérons que nous n’en arriverons pas là.

Jaurès s’était opposé à Clémenceau à ce moment-là et les termes qui étaient les siens sur la comparaison entre la violence patronale et la violence salariale pourrait être actualisée aujourd’hui, surtout lorsque nous entendons Valls fustiger la violence des « casseurs » ou des « bloqueurs » tout en s’exonérant de toute responsabilité : « Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continueront la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. Cela ne fait pas de bruit ; c’est le travail meurtrier de la machine qui, dans son engrenage, dans ses laminoirs, dans ses courroies, a pris l’homme palpitant et criant ; la machine ne grince même pas et c’est en silence qu’elle le broie ». Puissent, en ces temps agités, ces mots lourds de sens résonner dans la tête creuse de notre cher Manuel.

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