Chez Fillon, l’austérité c’est les autres

Avant-hier, François Fillon devait lancer sa campagne en fanfare. Le discours de La Villette devait être une véritable démonstration de force. Ce meeting devait être son Bourget, sa Porte de Versailles, sa rampe de lancement vers l’Elysée. Le propos du candidat de Les Républicains faisait d’ailleurs écho au fameux discours du Bourget de François Hollande. « Mon ennemi c’est la bureaucratie » a tonné l’homme de Sablé-sur-Sarthe comme pour mieux rappeler le « mon adversaire c’est la finance » de Hollande. L’adversaire de Fillon n’est assurément pas la finance ni les puissants mais bien plus les « assistés » comme il n’a eu de cesse de les fustiger dans son discours.

Pendant plus d’une heure François Fillon a déroulé ses antiennes et ses mantras en les maquillant de quelques propos sur le social pour expliquer qu’il ne promettait ni du sang ni des larmes. Oui mais voilà personne ou presque n’aura rien retenu du fond de ses propos – au demeurant assez indigestes – parce que le candidat de la droite est désormais cerné par les affaires. L’étau se resserre sur celui que le peuple de droite a largement désigné il y a quelques semaines pour le représenter : l’affaire du possible emploi fictif de sa femme, les rémunérations de la même Pénélope par La Revue des Deux mondes (dont le propriétaire dirige également Fitch, la seule agence de notation qui n’a pas dégradé la note de la France sous Fillon) mais aussi la caisse noire du Sénat, le candidat de la droite semble bien mal en point et sa campagne risque d’en pâtir lourdement.

 

Illégal ? Peut-être. Immoral ? Absolument.

 

A l’heure actuelle, nul ne peut dire si Pénélope Fillon occupait bien un emploi fictif ou si elle travaillait réellement pour son mari. Ce qui est en revanche quasiment avéré c’est que la compagne du candidat a perçu une rémunération immense pour quelques piges dans la revue tenue par Marc Ladreit de Lacharrière (qui a été entendu hier par l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales) et que cela s’apparente à de l’abus de bien social. Soyons clair, si Pénélope Fillon a occupé, auprès de son mari, un emploi fictif l’affaire est entendue et le candidat de la droite sera forcé de se retirer parce qu’il aura de fortes chances d’être condamné.

Mais en réalité, même si l’emploi de Pénélope Fillon était bien réel, l’affaire ne laissera pas indemne la candidature de son mari. Les rémunérations évoqués (de l’ordre de 6000€ mensuels) sont absolument ahurissantes dans le monde des assistants parlementaires. C’est presque la totalité de l’enveloppe allouée aux collaborateurs que Monsieur Fillon a utilisé pour rémunérer sa femme. Après s’être placé en parangon de vertu durant toute la campagne de la primaire de droite et du centre, de telles révélations ne viennent pas seulement mettre à mal sa parole mais viennent frapper de plein fouet le discours du candidat Fillon qui se veut à la fois radical avec les plus faibles et accommodant avec les puissants.

 

Hybris et indignité

 

Il y a en effet une forme d’indignité et de morgue crasse dans les propos tenus par François Fillon, dans ses propositions, dans le fait qu’il veuille faire travailler plus les Français (en faisant sauter le verrou légal pour permettre le travail jusqu’à 48h par semaine), qu’il leur demande de faire des sacrifices, dans le fait qu’il veuille saper la Sécurité sociale et attaquer les plus faibles de nos compatriotes alors même qu’il a rémunéré sa femme pendant des années à hauteur de 6000€ mensuels. Oui il y a une indignité profonde dans les positions adoptées par le candidat des puissants lorsqu’il fustige les assistés alors même qu’il en a une sous son toit et qu’il feint de l’ignorer et d’être dans les règles.

Au-delà de l’indignité manifeste, il me semble que cette affaire souligne encore une fois l’hybris présente au sein de cette caste politicienne qui se croit tout permis et qui considère n’avoir de compte à rendre à personne et surtout pas à ceux qui les portent au pouvoir. Ce Pénélope gate n’est que la continuation d’un système opaque où le népotisme règne en maître et où conflits d’intérêts et clientélisme sont monnaie courante. Il faudra plus qu’une simple phrase pour nous dire qu’il aime sa femme (ce qui au demeurant n’intéresse personne que je sache) pour tenter de nous convaincre de quoi que ce soit. Il est d’ailleurs assez significatif du point de vue de cette hybris de voir que François Fillon ne répond que par des arguments personnels et jamais sur le fond lorsqu’il est attaqué : quand on l’a accusé de vouloir démanteler la Sécurité sociale celui-ci nous a répondu qu’il ne pouvait faire ça car il était catholique – on se demande bien ce que vient faire sa religion ici, certains feraient bien de relire la loi de 1905 au lieu de transformer la laïcité en arme antimusulmans – et lorsque sur TF1 il a été interrogé sur cet emploi fictif il a répondu qu’il aimait sa femme et qu’il la protégerait face à la calomnie – il a réitéré ses propos dimanche à La Villette.

 

Le népotisme qui gangrène notre démocratie, l’hybris de nos irresponsables responsables politiques et le fait qu’ils se moquent allègrement de nous à longueur de temps contribuent grandement à la montée de l’extrême-droite (qui n’est pas non plus blanche comme une colombe sur ces sujets). Si Dieu se rit réellement des Hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes alors il y a fort à parier qu’en tendant l’oreille nous pourrons l’entendre rire à gorge déployée des actes de nos chers politiciennes et politiciens. Au soir du 27 novembre, François Fillon disposait d’une réelle dynamique en sa faveur après sa large victoire lors de la primaire. Depuis, il a méthodiquement défait cette dynamique à cause de son projet fait de sang et de larmes ou de cette affaire de népotisme. Finalement, si l’on se rappelle de L’Iliade et de L’Odyssée d’Homère, dans le couple Fillon la véritable Pénélope n’est peut-être pas la femme.

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