Le Décodex du Monde ou l’arrogance toute puissante de lémédia

Il y a quelques jours, les Décodeurs du Monde ont lancé un outil qui en dit long sur l’état actuel des médias et de la politique dans notre pays. En bon fact-checkers, les Décodeurs ont donc enfourché leur monture pour jouer les chevaliers blancs de la vérité. Le lancement du Décodex fait écho à la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis et semble avoir pour but d’empêcher une victoire de Marine Le Pen en mai prochain. Une telle démarche s’appuie notamment sur le constat que la « post vérité » est advenue et que, selon lémédia, la victoire de Trump n’a été rendue possible que par ses multiples mensonges et les fameuses bulles informationnelles.

La plus grande des polémiques (déjà nombreuses) à l’égard du Décodex a concerné le journal Fakir. Celui-ci a été placé dans la catégorie jaune celle qui regroupe les médias ayant un point de vue très orienté et ceux qui publient des informations non vérifiées. Passons sur le choix très idéologique de placer dans la même catégorie un site militant et un site publiant des fausses informations et attardons-nous plutôt sur l’acte même de désigner tel ou tel média comme subjectif, en sous-entendant que Le Monde est objectif. Il me semble que le lancement de cet outil symbolise parfaitement l’arrogance de lémédia ainsi que les appellent Fréderic Lordon.

 

L’objectivité ? Quelle objectivité ?

 

En mettant à l’index tel ou tel média, les Décodeurs – et par extension Le Monde – se placent dans la position du professeur distribuant les bons et les mauvais points. En accusant Fakir de subjectivité, le journal du soir s’exonère lui-même d’une quelconque subjectivité. Que les choses soient claires, il ne s’agit pas de dire que Fakir n’est pas orienté. De même que plusieurs médias dans notre pays il est profondément ancré dans une culture de gauche. Ce qui est bien plus choquant, c’est de voir Le Monde s’autoproclamer journal objectif alors même qu’il est baigné lui aussi dans une idéologie. C’est d’ailleurs tout le sens du billet de Lordon qui oppose à la post-vérité le journalisme post-politique.

Les Décodeurs, depuis leur apparition et à l’instar de tous leurs autres avatars, expliquent à longueur de temps qu’ils n’ont pas d’idéologie qu’ils se contentent simplement de vérifier les faits. A la manière de Monsieur Jourdain dans Le Bourgeois gentilhomme qui faisait de la prose sans le savoir, nos très chers Décodeurs et leurs amis font de l’idéologie à longueur de temps sans même s’en rendre compte. Il est assez drôle d’imaginer quel serait leur désarroi si l’on venait un jour à leur apprendre qu’il n’y a sans doute pas plus idéologisés qu’eux.

 

 

 

Décodex, symbole du Parti du Réel

 

Toutefois, restreindre la portée de ce que nous apprend l’apparition du Décodex au seul monde du journalisme en général et au Monde en particulier serait passer à côté de l’enseignement profond que nous apporte une telle démarche. En choisissant qui est crédible et qui ne l’est pas, Le Monde participe de ce grand mouvement qui se veut an-idéologique (comprendre sans idéologie) et qui bat en brèche les idéologies au prétexte qu’elles ont causé du mal au cours du XXème siècle. C’est donc l’avènement du pragmatisme et du réalisme présentés partout comme la panacée et le moyen le plus sûr d’être efficace. En somme, le Décodex est le symbole de ce capitalisme néolibéral financiarisé qui nous explique qu’il n’y a pas d’autre alternative que lui parce qu’il n’est pas une idéologie.

A y regarder de plus près pourtant, ce vaste mouvement qui a progressé depuis l’avènement de la globalisation est précisément ce qu’il y a de plus idéologique sur notre planète à l’heure actuelle. En ce sens, plutôt que parler du réel, les membres de ce conglomérat nous parlent bien plus du Réel, de leur fantasme qui se défie de toute réalité. C’est bien leur Réel bien objectif qui nous a plongés dans une réalité affreuse où les inégalités croissent de manière totalement scandaleuse et où nous fonçons droit dans le mur environnemental en klaxonnant parce que les possédants n’ont cure de la question climatique.

 

Nous le voyons donc, le Décodex ne constitue en rien une rupture. Il est bien plus la continuation presque logique de la dynamique à l’œuvre depuis des décennies. L’arrogance des tenants de cette ligne n’a d’égal que leur déconnexion avec la réalité concrète de la majeure partie de la population. En regard de tous ces éléments, le Décodex apparaît plutôt comme une tentative désespérée de contrer la colère et le ressentiment qui monte dans le pays. Il s’agit de faire que tout change pour que rien ne change en somme à la manière du personnage principal du livre du marquis de Lampedusa, Le Guépard. Jusqu’à quand laisserons-nous le Parti du Réel nous insulter et nous cracher à la figure de la sorte ? Plus longtemps j’espère.

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