L’élection présidentielle de 2017 ou l’agonie de la Vème République

« Je ne céderai pas. Je ne me rendrai pas. Je ne me retirerai pas ». En trois phrases et 14 petits mots, François Fillon a balayé les spéculations autour d’un possible retrait de sa part. Il a également confirmé que la parole de la caste politicienne n’avait plus aucune légitimité lui qui expliquait au début de l’affaire Pénélope que seule une mise en examen le pousserait à se retirer. Hier lors de sa conférence de presse il a même ajouté qu’il « [irait] jusqu’au bout parce qu’au-delà de [sa] personne, c’est la démocratie qui est défiée ». Par-delà le caractère risible d’une telle affirmation, il me semble qu’il y a un fond de vérité dans cette phrase. Plutôt que de dire que la justice défie la démocratie je crois bien plus que cette élection présidentielle, à son corps défendant, défie la Vème République.

L’abstention galopante ainsi que la défiance généralisée à l’encontre de la caste politicienne qui dirige le pays depuis des décennies indiquaient que les échéances électorales de l’année en cours pouvaient se transformer en chemin de croix pour une Vème République complètement exténuée et à bout de souffle. Les multiples coups de tonnerre qui frappe la campagne électorale – l’annonce faite par François Fillon lui-même de sa future mise en examen étant le plus récent d’une longue série – viennent confirmer ce diagnostic en même temps qu’ils l’aggravent. Et si 2017 marquait les dernières élections de la Vème République ?

 

La fuite en avant permanente

 

A quoi reconnaît-on un système sur le point de s’écrouler ? Assurément au fait qu’il se complaît dans une fuite en avant à la fois schizophrénique et mortifère pour lui-même. Le maintien de François Fillon malgré sa future mise en examen n’est que le dernier épisode d’une funeste série qui a vu se succéder de multiples bouffonneries. Dimanche, d’ailleurs, un nouvel épisode aura lieu puisque le « peuple de droite » est appelé à marcher contre « le coup d’Etat des juges ». François Fillon est en train de jouer à un jeu qui serait risible s’il n’était pas aussi dangereux : celui du suffrage contre la justice. On croirait voir agir Erdogan en Turquie après la tentative de putsch qu’il a subi.

Toutefois, résumer la zone de grandes turbulences dans laquelle est entrée la Vème République à la candidature erratique du candidat de Les Républicains serait partiel. Le tsunami qui est en train de frapper notre système politique a, en effet, fait bien d’autres victimes depuis quelques mois. La vague de « dégagisme » ainsi que l’appelle Jean-Luc Mélenchon a emporté tour à tour un Président de la République forcé – pour la première fois de l’Histoire – de ne pas se représenter, un ancien Président de la République sur le retour et éliminé dès le premier tour des primaires, le grand favori de l’élection présidentielle depuis deux années et un ancien Premier ministre qui se prétendait être un Clémenceau des temps modernes mais dont la radicalité n’était qu’un tigre de papier. Tout cela sans oublier le surgissement du candidat anti-système le moins crédible de l’Histoire de l’humanité. Oui Marine Le Pen est désormais au porte du pouvoir mais je crois personnellement que peu importe qui l’emportera au soir du 7 mai prochain nous allons droit vers une crise de régime.

 

La crise de régime qui vient

 

« La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés » écrivait en son temps Antonio Gramsci. En somme il nous expliquait que la crise est ce moment où nous nous retrouvons jetés entre deux mondes. C’est précisément ce qui a, selon moi, toutes les chances de se produire au soir du 18 juin prochain – date du second tour des élections législatives. Étymologiquement la crise (du grec crisis) est le moment du choix en même temps que la manifestation d’une affliction grave. Nous allons être confrontés très rapidement à un tel moment à mes yeux. La Vème République a toutes les chances d’être mise en face de ses contradictions les plus profondes une fois les législatives passées.

Je crois, en effet, que peu importe le vainqueur de l’élection présidentielle, nous n’échapperons pas à la crise de régime. Il me semble que le seul à même d’obtenir une majorité lors des législatives s’il l’emporte à la présidentielle est François Fillon. Le mode de scrutin uninominal à deux tours favorise en effet les grands partis. Toutefois, au vu du discrédit qui touche le candidat de Les Républicains il est hautement improbable que celui-ci puisse gouverner. Comment, en effet, demander des efforts aux Français lorsque l’on n’est soi-même pas irréprochable ? Quant à tous les autres candidats, une victoire de leur part n’est pas prévue dans le cadre de la Vème Constitution puisque celle-ci n’est pas taillée pour les coalitions et je peine à voir Hamon, Mélenchon, Macron ou Le Pen obtenir une majorité absolue à l’Assemblée. Ajouter à cela que le vainqueur de la présidentielle pourrait n’avoir été choisi que par 20% ou moins des électeurs au premier tour et le tableau dressé est bien noir pour la Vème République.

 

Nous voilà face à un tournant historique dans l’Histoire de notre pays et de ses institutions. La défiance généralisée à l’égard de la caste politicienne renforce indéniablement les turbulences que nous traversons actuellement. Aucun des candidats à l’élection présidentielle ne semble en mesure de pouvoir gouverner une fois élu. Jamais ou presque l’instabilité et l’incertitude n’avaient été si grande. Taillée sur mesure pour le Général De Gaulle et fondée sur le mythe de l’Homme providentiel, la Vème République a fait son temps, l’a même dépassé. Il y a fort à parier que nous arrivons à la fin d’un cycle épouvantable pour notre démocratie. Cela ne veut pas forcément dire que ce qui adviendra demain sera meilleur. Comme le disait Gramsci, les phénomènes les plus morbides apparaissent dans cet interrègne et le renforcement de l’arsenal sécuritaire effectué au cours de ce quinquennat qui se termine dans une atmosphère crépusculaire laisse augurer du pire. C’est pourquoi il va falloir se battre de manière farouche pour empêcher que notre pays ne bascule vers un régime autoritaire – ce qui n’est pas à exclure. Récemment, Laurent Wauquiez affirmait qu’un retrait de François Fillon entraînerait l’apocalypse. Je crois personnellement que nous sommes déjà en pleine apocalypse, à condition que l’on prenne l’étymologie du mot : la révélation.

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