Lettre ouverte d’un jeune de gauche à Benoît Hamon

Mon cher Benoît, j’ai quelque peu hésité avant de t’adresser cette lettre. La liras-tu ? J’ose espérer que oui toi qui en appelles au peuple très souvent et qui veut renouveler les pratiques politiques de notre pays. J’espère que tu excuseras mon tutoiement mais je me permets de te tutoyer étant donné que tu te dis proche du peuple. J’imagine que tu ne m’en tiendras pas rigueur et si c’est le contraire tant pis ça sera une nouvelle preuve de l’hypocrisie dans le monde politique. Si je prends cette liberté, c’est aussi parce que nous sommes relativement proche au niveau des idées sur pas mal de points : une répartition plus équitable des richesses, la dénonciation d’une Europe trop libérale ou encore l’appel à une VIème République. Cette proximité d’idées, c’est aussi la raison pour laquelle j’ai hésité à t’écrire cette lettre. De la même manière que j’avais hésité à adresser une lettre à Jean-Luc Mélenchon il y a un peu plus d’un an lors du lancement de sa candidature, j’ai longuement hésité à t’adresser ces quelques mots.

Si j’ai hésité à t’adresser cette missive, c’est également en raison de la probabilité que tes soutiens me traitent de je ne sais quel nom et m’accusent d’être dans une cabale contre ta personne aujourd’hui pour favoriser et soutenir Jean-Luc Mélenchon, qu’on me demande, en somme, comme l’affirmait le slogan de mai 68 d’où je parle. A l’heure actuelle je pense m’abstenir dans quelques semaines et je ne suis pas membre de la France Insoumise. Cette proximité d’idées que j’ai évoquées plus haut c’est aussi la raison pour laquelle je me sens obligé de t’adresser cette lettre. Au-delà des accusations stériles qui ne manqueront sans doute pas de pulluler vis-à-vis de ce texte, il me semble que le moment historique que nous sommes en train de traverser nous oblige, femmes et hommes de gauche, à la franchise et à ne pas refuser le débat. Comme le disait Jaurès, que tu as cité lors de ton grand meeting de Bercy, dans son magnifique Discours à la jeunesse, « le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ». Alors voilà cette lettre pour te dire ma vérité à ton encontre.

Le plus dramatique dans toute cette affaire c’est que je te crois lorsque tu dis être sincèrement de gauche. Voir un tel gâchis est proprement édifiant. Je ne vais pas te mentir j’étais profondément content de ta victoire lors de la primaire du PS. Non pas parce que je te soutenais mais parce que tu représentes l’aile gauche de ton parti, que voir Valls s’incliner était plutôt jubilatoire et que ta victoire ouvrait une fenêtre de tir pour une véritable recomposition de ton parti et de la gauche française. Dans une autre vie – je n’aime pas vraiment la politique fiction mais je fais exceptionnellement une entorse – j’aurai pu militer pour ta victoire dans quelques semaines. Mais dans cette autre vie, il aurait fallu que tu fasses preuve de courage, ce courage qui te fait dramatiquement défaut depuis que tu l’as emporté au second tour de la primaire.

Lorsque Jean-Luc Mélenchon a réclamé de voir les investitures remises à plat dans ton parti comme préalable à toute alliance, tu lui as répondu, et je te cite, qu’on ne faisait pas d’alliance en « coupant des têtes ». Déjà à ce moment-là tu as laissé entrevoir ta pusillanimité face à l’appareil du Parti Socialiste. La grande clarification qui pouvait se faire dans ton parti, qui n’est plus qu’un astre mort depuis le jour où il s’est jeté avec amour dans les bras du néolibéralisme et du marché, tu lui as tourné le dos. Cet épisode était malheureusement préfigurateur de toute la suite de ta campagne. Plutôt qu’accepter franchement la rupture avec le quinquennat précédent et sa politique désastreuse économiquement et socialement, tu as tenté d’adopter une position de synthèse que n’aurait pas renié François Hollande en son temps. Alors que la base de ton parti réclamait un franc virage à gauche tu as tergiversé face à ce moment historique. Tu n’as pas voulu t’émanciper franchement de l’appareil et des caciques du Parti Socialiste et les voilà qui aujourd’hui te font couler à pic.

« Il ne faut pas couper des têtes ». Quand je repense à cette justification pour ne pas écarter les candidats investis tenants d’une ligne libérale qui sied à Emmanuel Macron, je ne peux m’empêcher de rire jaune, d’avoir un sourire amer. Non il n’était pas question de personnes mais bien d’idées politiques tout comme il n’était nullement question d’égo dans la non-alliance entre Jean-Luc Mélenchon et toi comme le racontent les médias dans leurs fadaises mais bien de divergences politiques.  D’ailleurs, nombreux sont les députés investis par ton parti qui soutiennent désormais Emmanuel Macron, à commencer par Christophe Castaner son porte-parole. A force de vouloir ménager la chèvre, le chou, le chasseur et le jardinier, tu t’es fourvoyé dans le même piège que François Hollande : de la synthèse te voilà devenu l’homme de l’indécision. Inutile de te dire que j’ai tressailli lorsque tu as fait applaudir Messieurs Hollande et Cazeneuve sur la question du terrorisme. Tu dis vouloir tourner la page des politiques nauséabondes et tu fais applaudir des gens qui ont mis en place l’état d’urgence permanent et des lois sécuritaires absolument abjectes ? Allons, ce n’est pas sérieux. Ou bien tu es complètement candide – ce que j’ai du mal à croire – ou bien ces incohérences démontrent un manque de courage ou un cynisme absolu.

« Il ne faut pas couper des têtes ». Cher Benoît j’y reviens à cette phrase qui t’a servi de cache-sexe mais qui ne cache plus rien du tout. Voilà le roi nu. En ne t’émancipant pas radicalement des caciques de ton parti tu as créé les conditions pour que ta campagne patine. Les voilà qui te somment de changer ton programme. Toi qui paraissais si sûr de ton fait et qui maitrisais si bien ton programme lors de la campagne de la primaire, te voilà désormais balbutiant. Lors du débat de lundi dernier tu ne maitrisais absolument plus tes dossiers. J’étais déjà plus que sceptique sur ta proposition de revenu universel et j’étais d’accord avec Jean-Luc Mélenchon qui parlait de trappe sociale. Tu imagines bien que je suis encore moins d’accord avec la nouvelle ébauche de ta mesure maintenant que tu ne la réserves plus qu’à certaines personnes – il serait donc temps que tu arrêtes d’appeler ça revenu universel – et qu’en plus tu l’as raboté pour qu’il n’atteigne finalement même pas 500€. Dois-je te rappeler que le seuil de pauvreté dans notre pays est situé à 803 ou 964€ selon le seuil que l’on prend (50 ou 60% du revenu médian) ? L’appareil du PS est en train de te manger tout cru et tu le laisses faire.

Il est bientôt temps de conclure mon cher Benoît, je ne voudrais pas abuser de ton temps. Toutefois, je ne peux terminer cette missive sans évoquer l’un des sujets les plus importants, sinon le plus important : celui de l’Union Européenne et de l’euro. Pour sortir de l’ornière ordolibérale imposée par le traité de Maastricht avec toutes les pesanteurs qui nous forcent à mener une politique de rigueur, tu proposes de créer un Parlement de la zone euro comme si, par enchantement, un tel Parlement pouvait régler tous les problèmes. Il y a une chose qui est claire, il ne sera pas possible de changer de politique au sein de la zone euro si les traités ne sont pas renégociés et réécrits. En effet, tout Parlement de la zone euro, quel qu’il soit, devra se conformer aux traités en vigueur. Et que disent ces traités ? Que la règle d’or est sacrée et qu’il n’est pas possible de sortir des sacro-saints 3% de déficit public. Dire qu’un Parlement de la zone euro sans renégociation aucune des traités résoudra les problèmes est au mieux de la naïveté, au pire de la tartufferie.

J’arrive au bout de ma lettre Benoît je te le promets. La dernière chose dont je souhaitais te parler concerne le débat de lundi dernier et, plus précisément, ta conclusion. Après trois heures à vous écouter discourir – parfois en même temps dans une joyeuse cacophonie – je t’avoue que j’étais quelque peu fatigué et pas forcément attentif au moment d’écouter vos conclusions. Tu as pourtant réussi à me sortir de ma léthargie lors de ton propos en affirmant que tu représentais le « vote utile ». Tu as bien essayé d’expliquer qu’il était utile vis-à-vis de l’écologie et de tout un tas d’autres sujets mais tout de même, tu ne me feras pas croire que l’utilisation de cette expression est innocente, d’autant plus que cette conclusion tu l’as préparée ce n’était pas du spontané. Je crois pour ma part qu’il n’y a pas plus grande insulte à la démocratie que l’expression « vote utile ». Celle-ci présuppose en effet qu’il y aurait des votes inutiles – au hasard tu pensais à Mélenchon ? – et donc de facto qu’il existe des électeurs inutiles. Cette expression que tu as utilisée ne t’honores pas, ne te grandis pas non plus au contraire. Elle est assurément le signe d’une candidature en difficulté, repliée sur elle-même pour ne pas dire aux abois. Toujours dans son Discours à la jeunesse, Jaurès définit le courage d’une autre manière : « Le courage c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense ». Nous vivons un moment historique, un moment qui nous dépasse, un moment qui te dépasse. Je reste convaincu que ce qui vous rapproche avec Jean-Luc Mélenchon est immensément plus grand que ce qui vous sépare.

Tu peux encore réussir à t’émanciper de l’appareil socialiste afin de faire gagner la gauche en te ralliant à Jean-Luc Mélenchon et en créant une véritable synergie, il est encore temps. Il n’est pas trop tard mais l’urgence se fait toujours plus pressante. Tu as le choix entre te battre pour devenir le futur premier secrétaire d’un champ de ruines ou œuvrer à la victoire de la gauche, peut-être la plus belle de notre histoire. Comme le disait Camus dans son Discours de Suède en parlant de l’écrivain « aucun de nous n’est assez grand pour une pareille vocation. Mais dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s’exprimer, l’écrivain peut retrouver le sentiment d’une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu’il accepte, autant qu’il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté ». Tu as le choix Benoît, cela ne signifie pas qu’il sera exempt de sacrifice mais tu as encore totalement la possibilité de t’arracher du joug de l’appareil socialiste. Mais ça, personne d’autre ne pourra le faire pour toi.

32 commentaires sur “Lettre ouverte d’un jeune de gauche à Benoît Hamon

  1. Bravo pour cette missive !

    J’ai également été déçu de voir Benoît refuser de trancher (non pas des têtes) mais les idées qui nuisent au parti socialiste !

    J’ai même voté pour la première fois aux primaires et c’était pour lui.

    Maintenant et ce depuis plusieurs semaines je soutiens jean-luc Mélenchon qui porte des valeurs qu’il a refusé de renier. Et juste ce fait la, mérite tout soutien! (C’est tellement rare en politique !)

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  2. Même si je suis comme toi assez sceptique sur cette idée de parlement de la zone euro, je pense que qualifié ça de non serieux est un peu dur. En effet, j’ai de l’estime pour Thomas Piketty et j’ai donc du mal a juger son projet non sérieux a priori.

    Bien que l’idée de la France Insoumise me semble beacoup plus claire et faisable, il ne peut que être bon de confronter les deux visions, ne serait-ce que pour consolider le plan A de la France insoumise.

    À ce titre tu pourrais trouver le débat suivant intéressant : https://www.politis.fr/articles/2017/03/video-jacques-genereux-et-thomas-piketty-debattent-de-leurope-36523/

    En tout cas merci pour cet article !

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    • Le Parlement de la zone euro ne vise pas à changer les critères budgétaires. C’est pour ça que je suis dur avec mais je pense être juste. Après évidemment que cette idée peut servir au plan A. Je me note cet article je le lirai.
      Merci pour ton commentaire

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  3. Voilà de bons arguments pour faire réagir Benoit, je l’espère. Je pense comme toi que Benoit Hamon aurait dû quitter le PS depuis bien longtemps, au moins depuis qu’il est sorti du gouvernement. Oui aussi pour le moment historique, je pense que la victoire de la gauche çette année serait une bouffée d’espoir pour touś en particulier les jeunes ! Un vent nouveau ré dynamiserait et encouragerait les jeunes à investir dans les nouveaux services, écologie, agriculture bio, architecture nouvelle , ect…. J’ai deux adolescentes et elles sont plein d’espoirs quand elles écoutent les propositions de Melenchon. Et pour l’Europe , il faut absolument renégocier les traités et faire enfin une Europe sociale… merci pour cette lettre et j’espère que tu changeras d’avis et que tu iras voter Melenchon. Bien à toi. Kat

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    • Je crois qu’un vent à la fois de révolte et d’espérance est en train de se lever. C’est vivifiant. Pour ma part il y a encore qques éléments qui me font hésiter mais il lui reste 28 jours pour me convaincre et vu la qualité de sa campagne il a toutes les chances d’y arriver. Bien cordialement

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  4. Eh bien, tout ça pour ça ? Les mêmes éléments de langage qu’on lit sur la page de Hamon, que vous avez infiltrée, sur tous les fils, au point que toute conversation soit impossible.
    J’en ai assez de répondre sans cesse la même chose puisque vous vous répétez tous inlassablement, mais Hamon n’est pas responsable de quelque investiture que ce soit, déjà, et qu’en outre, il y a un truc qui s’appelle le vote (le truc que vous n’avez pas fait pour choisir votre grand leader), donc pour les législatives, à moins d’être Madame Irma, personne ne sait aujourd’hui qui sera élu.
    Bref, faux procès, approximations, tout ça pour dire à quelqu’un qui a été élu, qui un programme vraiment novateur, des soutiens de poids (Piketty, Taubira…) et qui est jeune, de se désister pour un homme qui lui n’a pas été élu, fait la même campagne qu’en 2012, a 65 ans et ne veut pas gouverner.
    Ben voyons !
    Et pourquoi pas le contraire ? Place aux jeunes !

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    • Je sais pas qui représente ce vous mais apparemment tu as lu que ce qui t’intéressait dans le billet vu que je ne suis pas membre de la France insoumise.
      Je remarque simplement que tu m’accuses de faux procès et d’approximations mais que tu ne dis pas où elles sont. L’approximation est donc de ton côté pour le coup…

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      • Ah bon, tu soutiens Mélenchon mais ne fais pas partie de l’autoproclamée France insoumise ? Curieux. Je te te trouve aussi flou que ta lettre en fait… Et je vois surtout que tu ne réponds pas sur le désistement inverse.
        Tu devrais écrire la même chose à Mélenchon.

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      • Il y a marqué que je suis abstentionniste pour le moment donc bon… Si Hamon s’était émancipé radicalement du PS j’aurai souhaité un tirage au sort mais ca n’a pas été le cas

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    • Vous n’aurez pas bien lu la lettre….toutes les raisons de ne pas voter hamon y sont !
      Quand au programme de LA FRANCE INSOUMISE….vous ne l’avez manifestement pas lu….non plus !
      Mais vous avez le choix …de vous tirez une balle dans le pied….dommage pour moi, pour nous …..

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    • Place aux jeunes ! ! ! ??? un peu mince comme conclusion : je propose plutôt place aux idées… ce texte est argumenté et écrit sans haine, ça mérite qu’on en soupèse chaque virgule… en tout cas il me fait infiniment plus réfléchir que les quelques lignes de Zab Zab qui me semble un peu sur la défensive… je ne pense pas que toute conversation soit impossible, avec un peu de bonne volonté et de courtoisie…

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      • Sans haine, non, presque pas. En résumé, Hamon n’est pas courageux, c’est le double de Hollande puisqu’il procède comme lui dans la synthèse (ah bon ? Faudrait savoir, son camp le lâche ou il le rassemble ?), c’est un cynique, un tartuffe, il patine et balbutie, que sais-je encore…
        Mais à part cela, c’est très courtois. Et très argumenté.
        Quelle mauvaise foi !
        Je vous laisse entre vous, les autoproclamés insoumis, qui du haut de votre mépris, donnez des leçons de maintien à tout le monde.
        Votre grand leader, qui fait la même campagne qu’en 2012, arrivera au même résultat. Voilà, la mauvaise foi, je peux en jouer aussi.
        Courtoisement.

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  5. Un vent de gauche souffle sur l’Europe: il nous vient de Grèce puis d’Espagne avec Podemos. Il a rejoint la France, avec la candidature de Melenchon, il est en Belgique avec la montée du PTB.
    Beaucoup de Français veulent du changement, mais ce ne sont pas les seuls nous sommes beaucoup d’Européens à le vouloir. On a plus de temps à perdre, on peut pas perdre 5 années de fichue politique néo-libérale sous prétexte qu’on avait peur de l’extrême droite. Il faut convertir nos envies de changement en changement.
    J’espère de tout coeur que la gauche gagnera en France, pour les Français et mais aussi parce que cela renforcera la gauche dans les autres pays de l’Europe.
    Bon courage et bon vote,
    Gauthier, un voisin d’Outre-Quiévrain

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  6. Bon travail Marwen, peut être un peu poussif au démarrage mais bon boulot quand même. merci à toi.

    Ben oui sortir de l’europe, ce système de gouvernance téléguidé par la finance internationale. L’europe est une belle machine vue par l’esprit mais malheureusement mise en place par les hommes de pouvoir. L’europe est inreformable et croire que JLM va réussir fait partie des jolis rêves qui brillent au loin mais dont personne ne verra la concrétisation. Ce qui m’ennui chez JLM c’est qu’il prétend parvenir s’opposer à tous les financiers du monde et dans le dialogue en plus, là il est très naïf. Le système européen instauré va se défendre bec et ongle. La seule issue pour sortir des traités c’est sortir de l’europe, ya pas le choix. Mais j’ai l’impression que JLM n’y est pas résolu… et ça m’ennui.

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  7. Joli billet, très juste sur le fond. Deux points mériteraient débat :
    – La question de l’Europe fédérale, sociale et politique.
    – La question d’un véritable revenu universel suffisant, laissée un peu de côté il est vrai à court terme, mais absolument majeure sur le fond, seule façon selon de construire une nouvelle donne politique de gauche, de l’ordre de la construction sociale :
    http://www.laviedesidees.fr/Les-cles-d-un-nouveau-modele-social.html

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    • Merci !
      Oui ces deux sujets méritent un débat profond. Personnellement je ne suis pas favorable au revenu universel mais plutôt au salaire à vie de Bernard Friot. Ce salaire à vie est, il est vrai, un véritable changement systémique puisqu’il suppose de socialiser les moyens de productions et d’exproprier les actionnaires oisifs qui ponctionnent près d’un tiers de la richesse produite chaque année dans notre pays.

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  8. Bonjour Marwen,

    Merci pour avoir pris le temps d’écrire cette lettre. Je vais voter Benoît Hamon malgré tout et je vais expliquer pourquoi en espérant que cela te fasses peut-être reconsidérer ta potentielle abstention. Les raisons pour lesquelles je vais voter Benoît Hamon sont à peu près les mêmes raisons pour lesquelles tu comptes ne pas voter pour lui, donc je pense que cela va être compliqué… 🙂

    Pour expliquer mon point de vue, je tiens à préciser que je travaille pour une ONG à Bruxelles dont le travail est d’influencer les preneurs de décision Européens. Je connais donc bien les Institutions Européennes et je sais quels sont ses défauts. Je sais aussi quelles sont ses qualités, notamment en matière de démocratie. Tout d’abord, je voudrai partir du principe que tout système politique, et à fortiori lorsqu’il couvre une quantité impressionnante de cultures et de régions différentes, ne peut qu’être complexe et rigide pour rester stable. En France, changer la Constitution est un tour de force politique auquel très peu se risquent. Pour l’UE, c’est encore plus rigide, on peut le comprendre.

    Cependant, je ne peux qu’être admiratif du système de nomination du Parlement Européen. Tous les partis, toutes les idées y sont représentées, avec une proportionnelle peut-être approximative, mais respectée étant donné la complexité du calcul à faire pour que tous les pays soient représentés. Tous les partis politiques européens ont la possibilité, à hauteur des voix qu’ils ont engrangées, de prendre la main sur la rédaction d’une loi. Tous les partis sont impliqués via des shadow rapporteurs et les textes reflètent de véritables compromis. Alors bien sûr, si tu souhaites que le parti que tu supportes, s’il est élu, applique exactement le programme qu’il a promis, c’est décevant. Mais dans une démocratie, je considère que même une idée défendue à 51% ne doit pas être appliquée sans prendre en compte les aspirations des autres 49%. Surtout lorsqu’en réalité, chaque programme défendu en France dans cette élection présidentielle n’est tout au plus supporté que par 20% de la population. Le fait est que la gauche, en France et en Europe, représente actuellement et depuis longtemps une minorité, surtout si on exclue tous les partis qui promeuvent une économie libérale qui représente aujourd’hui la majorité de la « gauche ». La politique d’austérité proposée au niveau Européen est donc juste naturelle dans ce contexte et n’est en aucun cas anti-démocratique. Aussi, on critique beaucoup la position de l’UE sur l’environnement, mais il s’agit probablement de l’institution qui agit le plus sur cette question étant donné le nombre de citoyens qu’elle représente. Je préfère un objectif de 20% d’énergie renouvelable au niveau Européen qu’un objectif de 50% juste en France. Faut comprendre que ça aille plus lentement étant donné le contexte. Il ya eu des politiques pourries comme la PACS, mais pas tellement à rebours des politiques productivistes appliquées à peu près partout au même moment. Regarde ce qu’il se passe sur le Paquet Economie Circulaire par exemple, ça évolue.

    Je pense que les avancées sociales et environnementales qui sont les plus intéressantes sont celles qui sont stables dans le temps et qui ont fait l’objet d’une adhésion réelle avant d’être appliquées. Du coup, je comprends tout à fait la stratégie de Benoît souhaitant conserver une certaine partie « libérale » du PS dans ce camps. Ils représentent un courant d’idée repris par beaucoup de Français quand on considère le succès de Valls, Juppé et Macron.

    Mon dialogue est un peu décousu, j’écris ce commentaire rapidement, mais, pour résumer je vais dire que:
    1. Pas de problème pour moi quant à tenter de conserver une partie de l’aile droite du PS étant donné qu’en cas (improbable) de victoire, cela permettrait d’avoir une majorité plus comfortable au Parlement et donc la possibilité de faire passer des textes, certes adoucis par ce courant de pensée, mais des textes quand même.
    2. Ne pas sortir de l’Europe et plutôt tenter de faire évoluer les consciences sur les thèmes économiques propres à la « vrai » gauche au sein de l’UE et espérer une réforme, lente, certes, mais durable des institutions. Une Europe sociale n’aura lieu que lorsque les idées de la gauche seront reprises et soutenues par une large majorité des Etats Membres.

    Désolé pour ce long commentaire, j’espère qu’il permettra de forger ta réflexion de la même manière que ta lettre m’a permis de forger la mienne.

    Bonne journée!

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    • Merci pour ton commentaire très long et intéressant. Je suis avec mon téléphone donc je te répondrai plus longuement quand je serai sur ordinateur mais c’est inexact de dire qu’une politique sociale sera appliquée en cas de majorité. Les traités actuels l’interdisent et tu le sais bien si tu connais le fonctionnement de l’UE actuelle.
      Bonne journée à toi aussi.

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      • Il me semble qu’un Traité est toujours modifiable lorsque suffisamment de preneurs de partie à ce traité souhaitent le modifier ou en changer. Un déclenchement simultané de l’article 50 du TFUE + plusieurs pays en ratifiant un nouveau, c’est légalement possible. Nous sommes passés par plusieurs traités différents avant d’en arriver à celui-là que l’on a actuellement. Pareil concernant notre Vème république. Je suis d’ailleurs assez pour passer à une VIéme République, et ce avant d’essayer de changer le traité Européen. Ce que je veux dire, c’est que je préfère attendre qu’il y ait les conditions réunies pour qu’une Union Européenne sociale soit possible pour annuler le traité et en refonder un nouveau plutôt que de quitter maintenant, et laisser tout en plan dans un contexte politique européen plus favorable à la xénophobie qu’à autre chose. A l’heure actuelle, ce sont surtout les questions de frontières plutôt que les questions sociales qui sont reprochées majoritairement à l’Union. Alors, on peut reprocher à l’UE de mettre en place et de conserver ces politiques qui encouragent ces attitudes nationalistes, mais toujours est-il qu’aujourd’hui, si nous devions proposer un autre traité Européen que celui que nous avons actuellement en tenant compte de ce qu’est aujourd’hui l’opinion des Européens, on n’aurait probablement pas mieux que ce que l’on a maintenant.

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      • Mais moi non plus je ne suis pas pour une sortie et Melenchon non plus. Oh moi je crois que si on faisait voter les peuples on aurait de quoi changer les traités oui. Donc je crois qu’il faut commencer à mener ce combat dès le 8 mai au matin parce que ca prendra du temps et les embûches seront nombreuses. La question sociale est étouffée parce qu’à l’heure actuelle celui qui a le malheur de pointer les malfaçons sociales de l’UE est traité de nationaliste… Le nouveau point Godwin de notre époque

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  9. Bravo pour cette lettre, bien argumenté. je voulais juste témoigné de ce qui se passe dans les quartiers populaires (en tous les cas sur ma ville,( Noisy le sec dans le 93). je suis communiste, donc insoumis et nous menons la campagne en faisant notamment du porte à porte et c’est un vrai engouement pour JLM et son programme qui est entrain de s’opérer depuis notamment la marche et le débat. nous sommes entrain de gagner des abstentionnistes, des personnes qui étaient tentées par le vote FN pour son « dégagisme = tous les mêmes » . Donc avec le nombre de gens encore indécis tout est possible et si Benoit Hamon décidait de se retirer et de proposer une campagne commune avec un « programme commun » tout serait possible et notamment la victoire d’une vraie gauche ! Donc j’esère que ta lettre fera effet !

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