Terrorisme, l’odieuse indécence de Madame Le Pen

« Avec moi, il n’y aurait pas eu de Mohamed Merah, ni les terroristes migrants du Bataclan et du Stade de France ». En une phrase et 21 mots, Marine Le Pen a une nouvelle fois franchi toutes les limites de l’indécence lundi soir lors de son discours au Zénith de Paris. Si sur les réseaux sociaux c’est avant tout la (piteuse) prestation de Franck de Lapersonne qui a été moquée et raillée – le compte Twitter Malaise TV a d’ailleurs relayé ce moment plus gênant que militant – c’est, personnellement, cette phrase que je retiens dans cette soirée que le Front National voulait parfaite pour lancer son sprint final.

Depuis quelques jours, Marine Le Pen est en effet en train de montrer les muscles et revient aux fondamentaux du Front National à savoir quelques dérapages et propos provocateurs. Cela est sans doute dû à sa campagne plus que moyenne à mes yeux. Alors qu’elle se voyait déjà caracoler en tête au soir du premier tour voilà qu’est surgie la possibilité pour la présidente du FN de ne pas être présente au deuxième tour, ce qui serait assurément un échec monumental pour elle tant tout lui promettait une qualification voire une potentielle victoire. Lasse de cette situation, la voilà qui s’est lancée dans un exercice de remobilisation de son socle électoral. C’est dans cette perspective que s’inscrivent ses odieux propos sur les attentats.

 

De l’instrumentalisation des morts

 

Cette phrase, ces 21 mots, cette déclaration finalement concise au milieu d’un discours assez fleuve est là pour rappeler que chez certains les limites de l’indécence sont placées extrêmement loin pour ne pas dire qu’elles sont inexistantes. Bien sûr Marine Le Pen dans ses propos menaçants contre la justice ou les médias a déjà prouvé à de multiples reprises jusqu’où elle était prête à aller (à ce titre François Fillon est également un bon exemple). Toutefois, il ne me semble pas exagéré de dire que dans la soirée de lundi un seuil a de nouveau été franchi. Dans Les Affects de la politique, Frédéric Lordon explique bien que c’est parfois le franchissement de seuils imperceptibles qui entraine des changements majeurs. Je crois que l’on peut parler d’un tel franchissement de la part de Madame Le Pen avec ses propos sur Merah ou sur les attentats du 13 novembre.

La candidate frontiste nous démontre, s’il le fallait, que d’aucuns sont prêts à aller jusqu’aux propos les plus indignes pour récolter des voix. Néanmoins, dans cette indignité il semblait exister une limite que tous les candidats responsables respectaient : celle de ne pas récolter des voix sur le dos des morts. Marine Le Pen a, lundi soir, pulvérisé cette limite. Que les choses soient bien claires, il ne s’agit pas de dire qu’il ne faut pas critiquer les failles qui ont pu exister (ce que j’ai d’ailleurs déjà fait à de nombreuses reprises) mais quand il s’agit de la vie de personnes je crois profondément que les petites querelles politiciennes devraient se tenir loin. Je ne suis pas de ceux qui pensent que l’on peut utiliser tous les moyens pour atteindre son but. Sur ce point je rejoins d’ailleurs Albert Camus qui disait déjà en son temps : « la fin justifie les moyens ? Cela est possible. Mais qui justifie la fin ? À cette question, que la pensée historique laisse pendante, la révolte répond : les moyens ».

 

L’illusion du risque zéro

 

Au-delà de cette odieuse indécence qui consiste à se faire des voix sur le dos des morts, les propos de Madame Le Pen sont également pervers au sens premier du terme – à savoir une chose qui semble bénéfique mais qui se révèle maligne sur le moyen ou le long terme. En affirmant devant ses militants électrisés qu’elle aurait évité tous les attentats, Marine Le Pen se complait dans une forme de mirage : celui d’expulser tout risque d’attentat. Alain Juppé avait d’ailleurs eu une phrase similaire après l’attentat de Nice en expliquant que si tout avait été fait l’attentat aurait été évité. Prenant rapidement conscience de l’énormité de sa position, le maire de Bordeaux s’était excusé de ces propos. Marine Le Pen, au contraire, assument pleinement sa récupération morbide en réaffirmant ses propos sur RTL.

Aussi terrible que cela puisse paraître, il est absolument impossible d’éviter toutes les attaques sur le territoire. Cela ne veut bien sûr pas dire que rien ne doit être fait mais simplement dire que faire croire aux Français que tel ou tel responsable (ou plutôt irresponsable) politique pourrait faire stopper tous les attentats comme par magie est au mieux de la naïveté candide au pire du cynisme et de la morgue crasse. En jouant de manière abjecte à saute-cadavres, Madame Le Pen vient une nouvelle fois de démontrer son inconséquence en même temps que, il faut le dire, une forme d’incompétence et de méconnaissance farouche des questions de sécurité intérieure. Que ceux qui me lisent le comprennent bien, à chaque fois qu’un(e) politicien(ne) vous explique que régler la question du terrorisme est simple, il vous ment effrontément.

 

Nous le voyons donc, Madame Le Pen semble prête à tout pour accéder au deuxième tour de cette élection présidentielle. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’elle tentera de capitaliser sur l’arrestation de deux terroristes à Marseille hier en attisant une nouvelle fois les peurs et les haines. Les discours martiaux et va-t’en-guerre de nos irresponsables responsables politiques ne participent absolument pas, selon moi, à la solution mais bien au contraire au problème. De la même manière les discours qui postulent que l’arrivée au pouvoir de telle ou telle personne permettra d’arrêter immédiatement les menaces et les attentats sont une forme d’opium à mes yeux. Comme le disait Mandela, c’est à la fois l’oppresseur et l’opprimé qui perdent leur humanité dans le terrorisme et il nous faut urgemment œuvrer à préserver cette part d’humanité qui fait que nous serons toujours au-dessus de ceux qui veulent semer la mort parce que la vie, elle, continue même si elle continue douloureusement. Face aux discours simplificateurs et simplistes de Madame Le Pen, rappelons-nous de ce qu’écrivait encore Camus dans ses Lettres à un ami allemand, que « l’esprit ne peut rien contre l’épée, mais que l’esprit uni à l’épée est le vainqueur éternel de l’épée tirée pour elle-même ».

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