Le programme économique et social d’Emmanuel Macron, grand absent de la campagne législative

Au moment de la nomination du premier gouvernement d’Edouard Philippe les médias sont passés sans s’appesantir sur le nouveau duo aux manettes à Bercy. Pourtant, la nomination de Bruno Le Maire au Ministère de l’Economie et celle de Gérald Darmanin à celui de l’Action et des Comptes publics (les deux ministres sont les seuls à avoir été débauchés par Emmanuel Macron au sein de Les Républicains en plus du Premier ministre) est loin d’être anodine. Elle en dit, en effet, beaucoup sur l’orientation économique que souhaite donner le nouveau Président à son quinquennat. Bruno Le Maire et Gérald Darmanin sont effectivement des fervents défenseurs de l’austérité, ce qui laisse présager d’un quinquennat douloureux dans l’hypothèse où Emmanuel Macron obtiendrait une majorité le 18 juin prochain.

De la même manière, la presse est passée un peu vite sur la nomination de Murielle Pénicaud en tant que Ministre du Travail et donc en tant que future chef d’orchestre de la loi sur le Code du travail alors même que cette seule nomination en dit long au vu du parcours professionnelle de la nouvelle locatrice de la Rue de Grenelle. Au-delà de cette question de personnes, depuis l’élection d’Emmanuel Macron et le lancement de la campagne législative nous n’avons presque pas entendu parler du fond de son programme économique et social. De manière très cynique et très politique, le nouveau président s’applique méthodiquement à ne pas aborder ces questions éminemment risquées pour lui, se complaisant dans une tournée diplomatique. Je crois pourtant qu’il est important d’aborder ces questions-là tant le programme proposé est un véritable dynamiteur social. J’aborderai dans ce billet deux sujets principaux tant ils me semblent fondamentaux : la réforme du Code du travail et la question des cotisations sociales.

 

Flou artistique autour de la réforme du Code du travail

 

C’est la grande réforme portée par Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle. Cette réforme du Code du travail est censée, selon le président, dynamiser l’emploi dans notre pays et mettre fin au chômage de masse. Dans un document que s’est procuré Mediapart tout le calendrier de cette réforme semble ficelé. L’Assemblée nationale devrait se réunir fin juillet lors d’une séance extraordinaire pour accorder le droit à Monsieur Macron de gouverner par ordonnances et le 20 septembre prochain est prévue l’adoption du paquet d’ordonnances par l’Assemblée. C’est donc une véritable Blitzkrieg qu’entend mener le gouvernement sur cette réforme en essayant de profiter de l’été pour éviter la mobilisation sociale que ne manquera pas de faire advenir une loi qui a toutes les chances d’être une loi El Khomri fortement accentuée.

Pour le moment, pourtant, ni les Français ni les partenaires sociaux ne sont au courant de ce que contiendra exactement cette réforme par ordonnances. La logique qui semble se dessiner laisse pourtant présager qu’Emmanuel Macron remettra à plus tard la sécurisation et axera le début de son quinquennat sur ce qu’il appelle la flexibilisation du marché de l’emploi (c’est-à-dire, si l’on reprend le programme du candidat Macron, « le référendum à l’initiative de l’employeur, le regroupement des instances représentatives du personnel, le champ de la négociation au sein de l’entreprise par rapport à la branche, le compte de pénibilité et, bien sûr, l’explosif sujet du barème obligatoire des indemnités aux prud’homme » comme l’exprime très bien Manuel Jardinaud dans l’article cité plus haut). Inutile de dire à quel point je suis opposé à cette réforme mais il ne s’agit pas ici de ma petite personne. Est-il normal qu’une telle loi qui va changer la vie des Français puisqu’elle va modifier de manière profonde leurs conditions de travail ne soit pas abordée lors de cette campagne législative ? Je ne le crois pas. Il est proprement scandaleux que personne ou presque ne veuille mettre ce sujet sur la table afin que les Français puissent choisir en connaissance de cause.  Il est, en outre, toujours glaçant de constater le cynisme d’une classe politicienne prête à faire passer une loi portant sur le dialogue social en court-circuitant le dialogue au sein du Parlement.

 

Baisse des cotisations sociales, la grande arnaque

 

L’autre grande question explosive du programme d’Emmanuel Macron dans le domaine social concerne assurément la baisse de ce qu’il appelle les « charges » sociales comme le veut le novlangue néolibéral qui s’est petit à petit imposé. Pour rétablir la compétitivité des entreprises il faut baisser ces « charges » nous dit-on. Commençons par nommer les choses par leur nom propre. Il ne s’agit, effectivement, pas de « charges » comme on l’entend à longueur de discours politiques et d’éditos mais bien de cotisations sociales c’est-à-dire du salaire socialisé qui finance à la fois le chômage et la sécurité sociale. Le gouvernement affirme que cette baisse des cotisations aboutira à une augmentation du pouvoir d’achat. Il va sans dire qu’une telle assertion est d’un cynisme abject dans la mesure où la loi oblige à compenser ce que les cotisations ne permettent pas d’obtenir par l’impôt.

La solution avancée par l’exécutif est une augmentation de la CSG (contribution sociale généralisée). En somme, ce qui vous sera donné d’un côté le sera repris de l’autre et la baisse des cotisations induira sans doute à nouveau un déremboursement de certains soins et médicaments. C’est donc chacun d’entre nous qui palliera ce manque via les mutuelles. Nous le voyons bien, affirmer que la baisse des cotisations sociales conduira à une hausse du pouvoir d’achat est une grande arnaque. Et que dire de la situation des retraités ? C’est en partie sur eux que reposera l’effort puisqu’ils payent la CSG alors qu’ils ne payent aucune cotisation sociale sur leur retraite. Quand on sait que la CSG servira notamment à financer les prestations chômage on constate à quel point cette mesure est inique puisqu’elle fera payer les retraités pour quelque chose dont ils ne bénéficieront pas. Dans notre système assuranciel nous cotisons pour nous assurer contre un risque. Pourquoi les retraités devraient-ils s’assurer contre un risque qui ne les concernent pas ?

 

Voilà ce que l’on pouvait dire sur les deux principales mesures du volet social du programme de Monsieur Macron. Il est absolument dramatique de constater que cette campagne législative a totalement évacué les questions de fond qui vont pourtant changer radicalement la vie de millions de Français. Le renouvellement prôné par Macron et tous ses soutiens lors de leurs forfanteries devenues habituelles depuis le 7 mai dernier n’est qu’une fable quand on voit comment ils cachent soigneusement la réalité de leur programme afin de ne pas laisser chacun décider en son âme et conscience en se fondant sur des informations impartiales et non biaisées. Lors de sa conférence de presse commune avec Vladimir Poutine, Emmanuel Macron avait fustigé RT et Sputnik pour le traitement que les médias russes lui avaient infligé au cours de la campagne. Lors de la campagne législative en cours à l’heure actuelle dans notre pays les médias dits dominants tendent à agir de la même manière en refusant de poser les bonnes questions, de mettre en avant les mesures les plus radicales du programme de Macron et in fine en choisissant de garder les yeux grands fermés c’est-à-dire en agissant comme une coterie. Il est plus qu’urgent de montrer à quel point ce programme sera nocif pour la grande majorité des Français. Pendant longtemps nous avons été pareils à Sisyphe, poussant notre rocher avant de le voir dévaler inéluctablement. De Sisyphe à David il n’y a qu’un pas. Franchissons-le.

4 commentaires sur “Le programme économique et social d’Emmanuel Macron, grand absent de la campagne législative

  1. A reblogué ceci sur Boycottet a ajouté:
    sans programme … c’ est plus sûr, sans programme … pas d’ échéance … sans programme … pas de promesse de campagne !
    en somme c’ est la belle vie, mais ça va pas durer, c’ est évident.

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  2. On ne change pas une méthode qui lui a permis de l’emporter, d’autant qu’aux législatives nous avons des macroniens candidats officiels et officieux pour lui donner une majorité parlementaire.

    Il ne détaille pas son programme, mais tout le monde le connaît déjà : toujours plus loin dans le néolibéralisme !

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