L’Accord de Paris, Emmanuel Macron et l’art du retournement

Jeudi dernier, Donald J. Trump a finalement mis sa menace à exécution. Il a, en effet, décidé de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris issu de la COP21 – bien que ce retrait demeure très hypothétique dans la mesure où celui-ci ne peut avoir lieu que dans quatre ans et personne ne sait si Donald Trump sera encore président des Etats-Unis à ce moment-là. L’ensemble du monde ou presque a décrit cette décision du magnat de l’immobilier sur le thème de la catastrophe : « apocalypse » ; « désastreux » ; « dangereux » ; tels sont les mots qui reviennent dans la bouche de tous les commentateurs – nous y reviendrons au fil de ce billet.

Alors que la grande majorité des dirigeants de la planète se sont contentés d’un communiqué de presse pour commenter la décision venue d’outre-Atlantique, Emmanuel Macron a décidé de faire une déclaration en français puis en anglais pour répondre au président américain. En pastichant le slogan de campagne de Donald J. Trump – il a déclaré « make our planet great again » pour conclure sa déclaration anglaise – le nouveau locataire de l’Elysée a sans conteste réalisé un grand coup de communication. A ce titre, le tweet reprenant cette phrase est devenu le tweet français le plus populaire. Les commentaires dithyrambiques (notamment de la part de certains médias) méritent cependant, à mon sens, d’être fortement nuancés tant cette déclaration me semble être uniquement de la communication.

 

Diplomatie à contre temps et hypocrisie

 

Depuis son investiture, Emmanuel Macron – dans sa logique de président qui se veut « jupitérien » – s’est appliqué à jouer sur la scène internationale pour mieux se dégager des questions franco-françaises et donc de son programme économique et social. Après avoir rendu visite à Angela Merkel, Monsieur Macron s’est donc échiné à démontrer sa stature présidentielle sur la scène internationale. La réception de Vladimir Poutine au Château de Versailles allait bien évidemment dans ce sens tant l’image renvoyée était celle d’un monarque recevant un tsar. Avant cela, notre président avait tenté de montrer sa puissance lors du sommet de l’OTAN puis lors du G7.

De ces deux évènements, toute la presse a retenu la confrontation symbolique qui l’a opposée au président américain. De la poignée de main virile à la forfanterie à propos de ladite poignée de main dans le JDD, l’équipe de communication d’Emmanuel Macron a effectivement axée son travail sur cette confrontation. Selon certains conseillers du président américain cette fanfaronnade a joué dans la décision de Donald J. Trump de se retirer de l’accord de Paris dans une forme de jeu digne de la cour de récréation. S’il me semble qu’Emmanuel Macron a été à contre-temps d’un point de vue diplomatique ce n’est assurément pas pour cette raison – qui si elle a joué ne l’a fait qu’à la marge – mais bien plus parce qu’il a semblé très satisfait du sommet du G7 alors même que Donald Trump menaçait de sortir de l’Accord de Paris. A l’inverse, Angela Merkel a été très ferme dès la fin du G7. La colère de Macron – et sa formule de communicant – est venue en retard à mes yeux. En outre, il ne me paraît pas exagéré de parler d’une forme d’hypocrisie de la part du nouveau monarque républicain à la fois au vu de son Premier ministre (ancien lobbyiste d’Areva) et surtout de la loi qu’il a portée sur la libéralisation du transport en autobus.

 

La Terre, notre République

 

Il n’y a sans doute pas de thème plus républicain que l’écologie parce que la Terre est une République au sens étymologique du terme. Elle est notre Res Publica, notre bien commun, celle que tout individu partage. Elle est le plus petit dénominateur commun à tous les êtres humains présents dans le monde puisque sans cette Res Publica, plus d’humanité. Aussi me parait-il primordial de prendre pleinement conscience de l’urgence de la situation sur la question écologique. L’Accord de Paris était une avancée, il ne s’agit pas de le contester. En effet, pour la première fois l’ensemble des pays de la planète s’étaient accordés sur le constat d’alerte et avaient promis de faire ce qui leur était possible pour limiter la hausse de la température à horizon 2100. Néanmoins, cet Accord de Paris n’était que le commencement et assurément pas l’aboutissement étant donné qu’il ne comportait aucune mesure coercitive, aucune contrainte.

Pour paraphraser Georges Clémenceau, je crois que l’écologie est une question bien trop sérieuse pour la laisser aux mains de politiciens. C’est pourquoi il me paraît absolument fondamental que chacun d’entre nous s’engage pour cette question. S’engager ne veut évidemment pas dire se contenter de trier ses déchets ou d’éteindre la lumière lorsque nous quittons une pièce – bien que cela soit nécessaire – mais bien plutôt s’engager dans la société afin de modifier les structures qui nous gouvernent et nous régissent. Je suis, en effet, intimement convaincu qu’aucune politique écologique ambitieuse ne peut se mettre en place sous le joug du capitalisme néolibéral financiarisé qui n’a que faire du long terme. Si nous voulons réellement agir pour s’occuper de l’urgence écologique qui nous rattrape par le col et nous somme de composer avec elle, c’est un changement global de société auquel il va falloir que nous arrivions.

 

Voilà ce qui pouvait être dit de la décision de Donald J. Trump et de la réaction d’Emmanuel Macron. Que les choses soient bien claires, d’un point de vue communicationnel le nouveau président a frappé fort avec sa double déclaration – le fait qu’il en ait prononcé une en anglais a permis à son message d’être plus qu’audible aux Etats-Unis. Toutefois, je doute fortement que Monsieur Macron (au vu de son parcours et de son programme) ait la volonté de réellement agir pour la cause écologique. J’espère réellement me tromper tant cette question demeure urgente. En attendant, loin de la propagande – et je pèse mes mots – qui s’est mise en place depuis la double déclaration du président (Le Point l’a décrit en « leader du monde libre » tandis que l’Obs a comparé sa déclaration à l’appel du 18 juin), je crois que le grand vainqueur après la décision de Trump est Xi JinPing. La Chine peut désormais prendre la tête de la transition écologique. Pékin est déjà engagé dans cette dynamique étant donné que la question de la pollution, si elle n’était pas traitée, pourrait bien faire vaciller le régime. Donald J. Trump vient donc d’offrir une voie royale à la Chine pour le leadership mondial. Je le répète, il n’est pas encore trop tard mais l’urgence se fait chaque jour plus pressante. Tâchons d’agir vite et fort. Rappelons-nous, selon la magnifique phrase d’Antoine de Saint-Exupéry, que nous n’héritons pas de la Terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants.

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