Le leurre du racisme anti-blancs

Récemment, un colloque qui devait se tenir à Lyon a été annulé sous la pression conjointe du Printemps Républicain (associé comme d’habitude à la Licra) et de la fachosphère. Le thème dudit colloque ? « Lutter contre l’islamophobie, un enjeu d’égalité ? ». Ce n’est malheureusement pas la première fois que cette alliance réactionnaire s’attaque à de tels évènements en prétextant la préservation de la laïcité – dans la réalité, Printemps Républicain et extrême droite sont les premiers à dénaturer ce si beau concept porté par Jaurès et Briand pour n’en faire qu’un vulgaire voile qu’ils apposent sur leur haine et leurs névroses. Il est d’ailleurs assez ironique de constater que les mêmes qui étaient Charlie il n’y a pas si longtemps sont les premiers à cracher à la figure de la liberté d’expression.

Plus récemment encore, une pub Dove a créé la polémique par son racisme latent. On y voit en effet une femme noire se transformer en blanche. Bien que la publicité tente de modérer son propos en affirmant à la fin que « toutes les peaux sont belles » la séquence en question convoque des souvenirs nauséabonds de publicités bien racistes où l’on voyait un noir avoir la peau blanchie après s’être lavé – sous-entendant ainsi que la peau noire était synonyme de saleté. D’aucuns pourtant n’ont pas hésité à fustiger cette polémique, certains allant même jusqu’à dire qu’ils voyaient dans ladite polémique un racisme anti-blancs. Cette rhétorique du racisme anti-blancs a émergé il y a quelques années pour mieux soutenir la théorie des « territoires perdus de la République » et dire que les Blancs aussi étaient victimes de racisme dans notre pays. Je crois, au contraire, que cette notion de racisme anti-blancs est un leurre dans lequel nous ne devons pas tomber.

 

De la pensée systémique

 

Que postule en effet cette théorie sinon que les Blancs seraient tout autant victimes de racisme dans notre pays que les autres minorités ethniques ? Ecartons d’emblée une ambigüité qui pourrait poindre : il peut exister dans notre pays des actes discriminatoires voire racistes à l’encontre des Blancs. Cela suffit-il pour autant à théoriser un supposé racisme anti-blancs comme le font les tenants de la droite la plus-extrême et de l’extrême-droite ? Je ne le crois pas. De la même manière que l’on peut subir des actes de guerre (les attentats) sans pour autant être en guerre, il se peut que des Blancs soient victimes d’actes racistes (qu’il faut condamner de la manière la plus absolue qui soit) sans pour autant que l’on puisse parler de racisme anti-blancs dans notre pays.

Comment effectivement penser la question du racisme de manière pertinente sans aborder celle de la pensée systémique ? Le racisme ne saurait se définir par une simple conjonction d’actes racistes mais bien plus par le caractère à la fois systémique et institutionnel desdits actes c’est-à-dire qu’il peut bel et bien exister des actes racistes ou discriminatoires à l’égard d’une certaine partie de la population sans pour autant que l’on puisse dire que cette population est victime de racisme. Dans ce pays, les Blancs ne sont pas discriminés de manière systémique et institutionnelle. Les contrôles au faciès, les discriminations à l’embauche ou au logement sont subis par les minorités ethniques de notre pays. Agiter le leurre du racisme anti-blancs, c’est donc faire fi de toute dimension sociologique et systémique pour s’abaisser à un bien peu honnête travestissement de la réalité.

 

De quoi ce travestissement est-il le nom ?

 

Si parmi ceux qui défendent l’idée de la présence d’un racisme anti-blancs, certains le font de bonne foi sans s’intéresser réellement à la définition sociologique de la notion de racisme ni même se rendre compte de la myopie que comporte une telle position, ceux qui tirent les ficelles et attisent la flamme de ce faux racisme dans notre pays sont, eux, bien au courant de cet état de fait. Il va donc sans dire que ces pyromanes ont un agenda politique nauséabond dissimulé derrière cette muleta qu’ils brandissent dans les médias ou lors de leurs prises de paroles publiques. Je le disais plus haut, c’est avant tout la droite la plus extrême et l’extrême-droite qui sont coutumières de ces grognements – même si le courant vallsiste n’est pas en reste. Comment dès lors comprendre l’utilisation de cette notion par ces agitateurs de passions sombres ? Il me paraît évident que l’un des premiers rôles de ladite notion est de diviser Blancs et personnes issues des minorités. Diviser pour mieux régner, la maxime est vieille comme le monde mais elle semble encore fonctionner.

Qu’est-ce qui fait peur à la classe dominante sinon une alliance entre populations des quartiers populaires et populations péri-urbaines voire rurales qui sont tout autant précarisées ? Et quoi de mieux que de substituer à la question sociale la question ethnique pour tenir éloigner ces deux parties de la population française qui ont pourtant les mêmes intérêts (dégager la caste arrogante au pouvoir) ? Au-delà de ce ferment de division que représente cette notion, elle est également utilisée à foison pour se battre contre le, à mes yeux, véritable discours antiraciste. Je l’ai déjà écrit sur ce blog, l’antiracisme moral a été remplacé par l’antiracisme politique et nombreux sont ceux à être effrayés par ce grand remplacement qui bouleverse totalement la manière qu’ont les racisés de s’organiser. Agiter le leurre du racisme anti-blancs c’est donc expliquer qu’il n’y a pas que le racisme subi par les minorités ethniques et que donc elles feraient bien d’arrêter de se plaindre. Cette position fleure bon le relativisme abject et le refus obstiné d’accéder à des revendications pourtant basiques comme la fin du contrôle au faciès ou la mise en place d’une politique véritablement ambitieuse de lutte contre les discriminations, toutes les discriminations – un peu comme ces antiféministes qui nous expliquent que le patriarcat de notre société n’est pas si grave en prenant pour prétexte le fait que les femmes peuvent être ponctuellement avantagées dans certaines situations.

 

 

Nous le voyons donc, plutôt qu’une réalité avérée, le racisme anti-blancs est bien plus un outil utilisé par les élites de ce pays pour conserver à la fois leur prééminence économique, sociale mais aussi ethniques et faire en sorte que le renversement ne se produise jamais. Pour eux, les racisés n’ont pas à s’organiser et devraient encore laisser faire la Licra, SOS Racisme et tous ces repères à clown. Dans sa Lettre à Maurice Thorez, Aimé Césaire semble déjà décrire ce qu’il se passe aujourd’hui : « C’est assez dire que pour notre part, nous ne voulons plus nous contenter d’assister à la politique des autres. Au piétinement des autres. Aux combinaisons des autres. Aux rafistolages de consciences ou à la casuistique des autres. L’heure de nous-mêmes a sonné ». Jamais plus qu’aujourd’hui, ses mots n’auront été d’actualité. Faisons sonner le gong, il est plus que temps.

2 commentaires sur “Le leurre du racisme anti-blancs

  1. En plus de tout ce que tu critique ici, le racisme antiblanc est toujours « dénoncé » (notamment par Thomas Guénolé) en même temps que l’homophobie, le sexisme, l’antisémitisme…

    Alors déjà ce sont des mecs bourges blancs qui instrumentalisent le sexisme, l’antisémitisme et l’homophobie sans les vivre (1), qui en accusent les noirs et les arabes (2), et qui comparent ces violences à une oppression imaginaire (3) et les juifs et les LGBT aux blancs (des dominants) (4). Sachant que déjà plein de gens croient qu’il y a un privilège juif et LGBT, que ce sont les chouchous du pouvoir, que l’antisémitisme n’existe plus (sauf chez les noirs et arabes)…

    Et le Monde a publié un article récent qui reliait le racisme antiasiatique et antiblanc de la même manière…

    Enfin ce concept va souvent avec la « goyphobie » supposée des juifs.

    Ah oui, et puis les tenants de cette thèse se font les défenseurs des « blancs pauvres des cités » mais ne font rien pour améliorer leur situation matérielle, parlent à leur place et les instrumentalisent…
    (Parce que si ce phénomène existait vraiment, ce serait alors l’affaire des blancs qui le vivent dans leur quartier, pas des blancs bourges de toute façon).

    Bref, plein de discours tous plus dégueulasses les uns que les autres autour de ce concept…

    Aimé par 1 personne

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