Le populisme de gauche ou le piège des 99% ?

Il y a une quinzaine de jours, Mediapart a organisé une rencontre retransmise en direct sur YouTube depuis Grenoble et intitulé « Que faire à gauche ? ». Ponctuée d’intervention de personnes aussi diverses que Paul Magnette, Bruno Latour ou Mireille Delmas-Marty, la journée de rencontres a également proposé une table ronde très intéressante autour des figures charismatiques à gauche. Intitulée « Faut-il des figures charismatiques à gauche ? » et composée de Danièle Obono (députée de la France Insoumise), Yves Sintomer (professeur de science politique à l’université Paris 8 et spécialiste de l’Amérique Latine) et de Hayat Loukili (REACT Grenoble), ladite table ronde a notamment permis de s’interroger sur la notion de populisme de gauche.

Ce débat sur le populisme de gauche est assurément l’un de ceux qui est le plus important en ce moment et depuis quelques temps à gauche puisqu’il pose de vraies questions tant politiques, au sens fort, que stratégiques. Ses hérauts, Chantal Mouffe en tête, n’ont de cesse, en effet, d’affirmer que c’est par l’émergence d’un populisme de gauche que l’on pourra contrer celle d’un populisme de droite désormais clairement établie. La théoricienne belge abonde fortement dans ce sens dans ses deux derniers ouvrages – L’Illusion du consensus paru en 2016 et Construire un peuple paru en 2017 et qui est un livre de discussion avec Inigo Errejon, l’un des fondateurs et stratège de Podemos – si bien qu’il est presque inévitable d’interroger cette notion à l’heure où Jean-Luc Mélenchon s’en réclame haut et fort et où, il faut bien le reconnaitre, Emmanuel Macron semble avoir un boulevard devant lui.

 

Le risque d’une déperdition de la gauche

 

C’est un fait qui a été largement commenté lors de la campagne présidentielle qui s’est écoulée cette année en France, les drapeaux français étaient bien plus présents qu’à l’accoutumée dans les réunions publiques de Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France Insoumise. Tandis qu’en 2012, l’alors candidat du Front de Gauche se revendiquait clairement de la gauche, cette année son discours a évolué pour se placer dans une autre logique. A la lutte des classes clairement assumée en 2012 s’est substitué un nouveau clivage dans la bouche du tribun Mélenchon : le peuple versus les élites. Il ne s’agit assurément pas de dire, comme le font certains médias en masse, que ce vocabulaire fait de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise un avatar du FN, ce qui est une fadaise, mais bien plus de s’interroger sur les raisons d’un tel revirement linguistique. Ceux qui ont l’habitude de me lire le savent, j’accorde une importance toute particulière au langage et donc aux mots utilisés pour décrire telle ou telle situation. Bien que ceux-ci ne sauraient définir telle ou telle personne, tel ou tel mouvement à eux seuls, ils nous donnent une idée, je crois, assez précise et importante des choses.

Si Jean-Luc Mélenchon a fait le choix, depuis la campagne présidentielle, de se placer dans cette nouvelle position, c’est avant tout parce qu’il a fait siennes les idées de Chantal Mouffe et qu’il juge que le populisme de gauche est la stratégie la plus idoine. Notamment inspiré par le relatif succès de Podemos – quand bien même la comparaison n’est pas tout à fait juste ni pertinente – le candidat de la France Insoumise s’est volontairement placé selon un nouvel axe depuis quelques temps. Ainsi en témoignent les mots qu’il utilise, qui peuvent d’ailleurs paraitre moins violents que par le passé, et dont la désormais fameuse expression « les gens » en est le symbole le plus prégnant. Comme Podemos, Jean-Luc Mélenchon refuse désormais l’étiquette de gauche pour lui préférer celle, au choix, d’humaniste, d’écologiste, etc. Il justifie ce changement au prétexte d’un tremblement des concepts nietzschéen provoqué par la mandature Hollande et qui ferait, selon lui, que le terme gauche soit confus, troublé dans l’opinion. Plutôt que se battre pour réhabiliter ce qui serait une politique authentiquement de gauche, il a fait le choix d’utiliser la rhétorique du populisme de gauche. Ce qui me dérange fondamentalement, au-delà du positionnement induit, c’est la formule même de « populisme de gauche » puisque dans ladite formule le terme « gauche » est un complément et c’est bien le terme « populisme » qui est l’élément principal de la formule.

 

Le leurre des 99%

 

Par-delà ces questions linguistiques – qui, vous l’aurez compris, ne sont pas du tout secondaires à mes yeux – il me semble que le populisme de gauche s’enferre d’emblée dans une forme d’impasse qui, je crois, est une erreur stratégique majeure. Le postulat premier du populisme de gauche est effectivement qu’il est possible de construire un peuple – en opposition au populisme de droite qui considère le peuple comme un et homogène – et cette construction passe, nous l’avons vu, par une rhétorique du peuple contre les élites. Il n’est d’ailleurs pas anodin de retrouver à la fois dans la bouche de Mélenchon et dans celle des représentants de Podemos le terme caste en cela qu’il donne une forme à quelque chose qui, d’habitude, est bien plus diffus. Si le populisme de gauche présente l’avantage de nommer un groupe de personnes contre qui il est nécessaire de lutter et permet de sortir de l’abstraction du « il faut lutter contre le capitalisme », celui-ci achoppe selon moi sur une difficulté inhérente à sa construction.

En congédiant Marx et sa pensée sans ménagement, les théoriciens du populisme de gauche se coupent, en effet, de la logique de classes qui, bien qu’elle ait évolué, existe toujours. Le prolétariat n’existe sans doute plus pour soi mais il est toujours présent en soi. De la même manière, bien des évolutions ont entrainé l’apparition d’une nouvelle classe, le précariat, que met très bien en évidence Guy Standing dans son ouvrage éponyme. Le postulat du populisme de gauche, en réalité, est de dire qu’il faut construire un clivage entre les 99% et les 1%, cette logique que l’on a retrouvé à la fois dans le mouvement Occupy Wall Street que dans celui du 15-M – lequel a vu se surimposer le refus du système représentatif actuel. Néanmoins, il me semble qu’adopter cette grille de lecture est une erreur stratégique majeure puisque cette approche présuppose que les 99% seraient un groupe homogène à la recherche des mêmes intérêts. Dans la réalité, les 99% sont une masse difforme et très hétérogène. Le médecin ou le très haut cadre font bel et bien partie de cette masse mais ne partagent assurément pas les mêmes intérêts que le petit ouvrier ou le membre du précariat. Passer à côté de cette complexité c’est se condamner stratégiquement à courir derrière une unité assez vaine et utopique. Ceci rentre d’ailleurs frontalement en confrontation avec la vision de démocratie radicale portée par Chantal Mouffe.

 

Nous le voyons donc, le populisme de gauche, s’il peut être fécond et apporter des idées nouvelles, semble souffrir d’une forme de malformation congénitale consécutive aux présupposés mêmes qu’il porte. Plutôt que de courir vainement derrière une unité des 99% qui, soyons clairs, n’adviendra jamais, il me semble bien plus pertinent et intéressant d’œuvrer à un rapprochement entre des sphères de la société que tout rapproche au niveau des intérêts mais que tout oppose dans les discours politiques. On voit bien évidemment poindre ici le grand enjeu qui est le rapprochement entre populations des quartiers populaires et des zones périphériques qui sont toutes les deux victimes des politiques menées depuis des décennies dans ce pays. Cette articulation est assurément plus complexe à penser et plus compliquée à mettre en œuvre mais est, me semble-t-il, la seule qui permettrait de véritablement modifier les choses et créer un bloc historique au sens gramscien du terme. Sans doute une telle ambition est-elle porteuse de risques pour ceux qui la défendront et n’offrira comme récompense aux premiers qui la porteront que des coups à prendre mais tâchons de ne pas oublier les mots de Jaurès dans son Discours à la jeunesse lui qui expliquait que le courage « c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense ». Soyons courageux, nous en avons grand besoin.

13 commentaires sur “Le populisme de gauche ou le piège des 99% ?

  1. « Dans la réalité, les 99% sont une masse difforme et très hétérogène.  »

    Ah que oui ! D’ailleurs c’est une erreur manifeste que de penser que ce serait le 1% qui poserait aujourd’hui le problème. Tant qu’existeront les plus ou moins 10% qui votent pour le statut-quo (Sarkosy, Hollande ou Macron) et qu’ils se penseront éclairés, rien ne changera grâce au système électoral qui est élitiste au possible. De toute façon tant que Mélenchon et son entourage de la F.I. ne se débarrasseront pas des vieilles lunes productivistes, n’affirmeront pas clairement leur volonté de sortir de l’U.E., de l’Euro et de l’OTAN, ne proposeront pas une refonte totale du système représentatif alors qu’ils se contenteraient d’un replâtrage de la 5ème république et enfin ne désigneront pas le capitalisme comme la cause principale de tous les problèmes que les peuples et la planète subissent aujourd’hui, un maximuml de la masse difforme et hétérogène restera à la maison ou votera FN.

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  2. Le populisme de Gauche est une posture qui donne une chance aux idées de passer les fourches caudines des esprits fermés à toutes références issues du PS (Parti socialiste), symbole de trahison à répétition. Et cela a fonctionné.
    Alors oui, sur le fond, tu as entièrement raison, mais sur le moment électoral, c’était une bonne stratégie.
    Je pense que Mélenchon est attentif, au regard de ses dernières interventions, à conserver la pluralité du mouvement France Insoumise (Ruffin, Obono, etc…) pour créer une intersectionnalité des luttes et faire converger les efforts et un opportunisme dénué de doctrines trop rigides .
    Reste à savoir si le reste du mouvement de la France Insoumise sera assez ouvert pour regrouper la France Periphérique et les quartiers populaires avant qu’ils ne se laissent enfermer dans logiques identitaires… C’est mon voeu et je n’ai pas la solution pour le moment….

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    • Peut-être que c’était une stratégie pertinente pour le moment électoral mais j’ai du mal avec les stratégies ponctuellement pertinentes. Je crois, je me trompe peut-être, que la stratégie employée dit beaucoup de choses de la personne qui l’emploie. La preuve, Mélenchon est encore et toujours dans sa logique de populisme de gauche. J’espère aussi que la FI saura jouer le rôle de catalyseur et d’émulateur, c’est important

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  3. « Le postulat du populisme de gauche, en réalité, est de dire qu’il faut construire un clivage entre les 99% et les 1%, cette logique que l’on a retrouvé à la fois dans le mouvement Occupy Wall Street que dans celui du 15-M – lequel a vu se surimposer le refus du système représentatif actuel. »

    C’est le postulat d’un populisme de gauche, seulement un.

    D’ailleurs qu’est-ce que c’est exactement le populisme ? de gauche ?

    Est-ce que prôner la véritable démocratie dans le sens des lumières : « le peuple signe le contrat social », c’est à dire le peuple qui vote les lois (entre autre), est-ce du populisme ? de gauche ?

    Le populisme, est-ce croire au peuple plutôt qu’aux représentants qui trahissent chaque jour leurs promesses ?

    Ôtez moi d’un doute, la gauche c’est bien s’occuper de ceux qui reste derrière ? faire en sorte que personne ne reste sur le quai ? Ou est-ce que j’ai tout faux ? Pas essence donc la gauche est populiste ou j’ai toujours rien compris ?

    Sur ce parfaitement d’accord on n’arrivera à avancer que si tous les « baisés » s’unissent.

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  4. Il me semble qu’il y a des approximations dans votre texte. Mélenchon n’oppose pas le peuple aux « élites », mais à l’oligarchie. Chez lui, « le peuple » est pratiquement synonyme de « l’intérêt général ». Par ailleurs, je ne crois pas qu’il « refuse l’étiquette de gauche »: il s’en réclame toujours officiellement, et adhère toujours au Parti de Gauche. C’est par stratégie (« France Insoumise ») qu’il a choisi de ne pas chercher à « rassembler la gauche », dans la mesure où d’après son analyse, cette catégorie est devenue inopérante dans une bataille électorale. Enfin, il ne se « réclame » pas « haut et fort » du populisme, mais accepte de se faire traiter de populiste selon le principe bien connu de la revendication des stigmates par les stigmatisés. On ne trouvera pratiquement jamais de référence à Mouffe ou à Laclau dans ses écrits et discours. La conférence commune entre Mélenchon et Mouffe avant la campagne met en évidence leurs différences fondamentales tant sur la construction du « peuple » que sur celle des « antagonismes » https://melenchon.fr/2016/10/21/lheure-peuple-conference-chantal-mouffe/

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    • C’est vrai Mélenchon n’oppose pas le peuple aux élites à proprement parler mais il a fait sien le vocabulaire du populisme de gauche notamment le recours au terme « caste » qui a été popularisé par Podemos.
      Il a répété à de multiples reprises au cours de la campagne présidentielle qu’il préférait une autre étiquette que celle de gauche parce que Hollande l’avait discréditée. Je crois que cette inflexion n’est pas totalement innocente. Et surtout, si Mélenchon s’inspire à un plus ou moins grand degré du populisme de gauche c’est vrai qu’il ne suit pas totalement les préceptes de Mouffe et Laclau

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  5. Mélenchon à la présidentielle de 2012, avec un discours plutôt « luttes des classes » : 11,10 % des voix.

    Le même à la présidentielle de 2017, avec ce discours « populiste de gauche » qui n’a pas l’heur de vous plaire : 19,58 % des voix.

    Bref, du point de vue de l’efficacité il n’y a pas photo. Et tout le reste, cher Marwen, n’est que littérature. La question est de savoir si l’on veut VRAIMENT prendre le pouvoir pour le mettre au service du peuple, ou bien si l’on préfère (et en effet c’est plus confortable) le ciel des abstractions éthérées et du coupage d’idées en quatre.

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    • 11 ou 19% ne change rien dans le système de la Veme République cher ami, malheureusement… Et qu’a fait Melenchon de ses près de 20% depuis ? Rien malheureusement aussi (j’ai voté pour le programme qu’il défendait)

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      • Après 2012 puis 2017, 2022. Il y a des chances raisonnables pour que la troisième fois soit la bonne : voyez Mitterrand (oui, je sais, c’était une ordure).

        La patience et la ténacité sont des vertus de plus en plus méprisées aujourd’hui, c’est bien dommage.

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  6. Ce texte est intéressant, même si je ne partage pas tout à fait les conclusions, car il contribue à développer une discussion qui devient incontournable : j’ai été voir les commentaires du blog de Marwen Belkaid. Le signal Danger que nous avons envoyé à l’été 2014 quand Mélenchon a rompu avec le Front de Gauche commence sérieusement à être entendu. De plus en plus de militants de gauche reprennent cette analyse.

    Quelques points sur lesquels j’ajoute mon grain de sel :

    L’auteur écrit :
    « Si Jean-Luc Mélenchon a fait le choix, depuis la campagne présidentielle, de se placer dans cette nouvelle position, c’est avant tout parce qu’il a fait siennes les idées de Chantal Mouffe et qu’il juge que le populisme de gauche est la stratégie la plus idoine. »

    « La stratégie la plus idoine » pour aller où ? Quel objectif ? Le socialisme ? Cette dérive de Mélenchon est le strict produit d’une construction autour de son ambition présidentielle. Il prend aujourd’hui la boite à outil idéologique totalement réactionnaire de Chantal Mouffe pour poursuivre sa route vers l’Elysée. Il pense que le macronisme va s’effondrer à moyen terme et donc qu’il sera le recours politique dans le cadre des institutions respectées par lui de la Vème République. Oubliée la VIème république et surtout oubliée la constituante souveraine ! Quand les institutions d’un Etat deviennent totalement étrangères aux aspirations démocratiques et sociales d’un peuple, la question est alors posée de l’affrontement pour s’en débarrasser. On a pris l’habitude à gauche, et même à l’extrême gauche, de ne penser qu’à travers le prisme des élections, qui dans le bonapartisme issu du coup de 1958, se concentre toujours sur la présidentielle. Il faut se sortir cette affaire de la tête. La présidentielle et donc la construction « populiste » d’une majorité est une illusion et un danger pour la démocratie sociale. En aucune manière le système actuel agonisant de la représentation politique sous la Vème République ne peut permettre une reconstruction d’une gauche anticapitaliste, voire d’une gauche réformiste fidèle à ses principes. La difficulté que nous avons à régler c’est qu’il n’y a pas de peuple « abstrait », à juste titre Marwen explique ceci :

    « Dans la réalité, les 99% sont une masse difforme et très hétérogène. Le médecin ou le très haut cadre font bel et bien partie de cette masse mais ne partagent assurément pas les mêmes intérêts que le petit ouvrier ou le membre du précariat. »

    Ajoutons qu’il y a une majorité sociologique dont le vecteur reste le salariat ou la classe ouvrière au sens où Marx l’entend, c’est-à-dire une classe sociale qui ne possède que sa force de travail pour vivre. Mais qui de par sa place dans le procès de production reste la seule classe en mesure de sortir la société humaine de la crise permanente dans laquelle le capitalisme l’a plongée. Toutefois cette majorité sociologique n’a plus de représentation pour gouverner la société. Sans action propre pour reconquérir le pouvoir il ne peut y avoir ni constituante, ni république sociale. Un peuple sans le vecteur de la force structurante du mouvement ouvrier peut devenir une populace s’en remettant au guide suprême. Marwen explique :

    « Il ne s’agit assurément pas de dire, comme le font certains médias en masse, que ce vocabulaire fait de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise un avatar du FN, ce qui est une fadaise, mais bien plus de s’interroger sur les raisons d’un tel revirement linguistique. »

    Certes France Insoumise, de par sa composition sociale, n’a rien à voir aujourd’hui avec le FN. Toutefois le choix de 2014 de Mélenchon a été soigneusement élaboré. De sa part ce n’est pas une décision qui a été prise à la légère. Jusqu’où ira cette dérive ? Nul ne le sait à l’étape actuelle. Les hommes font l’histoire et les dirigeants y jouent des rôles déterminants pour l’orienter dans un sens ou un autre.

    La dérive d’un courant issu du mouvement ouvrier vers l’aventure populiste, cela a déjà eu lieu, dans des circonstances certes exceptionnelles marquées par la victoire des fascismes dans l’Europe des années 1930. Mais méditons les leçons de l’histoire : en 1925 Marcel Déat était l’enfant chéri de Léon Blum au sein de la SFIO. Il a même pensé alors en faire son dauphin pour prendre plus tard les rênes du parti socialiste. Lisez les textes qui concernent la scission des néosocialistes au congrès de 1933. Face à cette offensive, Léon Blum lui-même se déclarera « épouvanté »… Elle se solde alors par leur exclusion, vous retrouvez toute la thématique du populisme dit de « gauche ». Que disent les néos ou les planistes dans la CGT de l’époque :

    1)Il s’agit de réaliser un « front du peuple », la classe ouvrière étant un élément parmi d’autres et non la force motrice. Il faut donc se débarrasser du vieux discours marxiste de la social-démocratie. La critique par ailleurs justifiée de la direction de la SFIO offre le prétexte de la rupture avec la méthode du marxisme.
    2)La machine de l’Etat suffit à accompagner la transformation sociale : il faut cibler quelques groupes industriels utiles à la collectivité et avoir une majorité dans leur conseil d’administration.
    3) « ni gauche-ni droite » : on souhaite un Etat dirigé par des experts qui dépossède la représentation parlementaire de ses prérogatives. Les planistes proposent la création d’un Conseil des corporations et d’un Conseil d’Etat, institutions qui permettraient de limiter les pouvoirs des députés élus au suffrage universel. Doriot ne développerait pas autre chose.
    4)Là il aura besoin de s’appuyer sur un syndicalisme qui passera « des techniques de combat » aux « techniques de remplacement », Marcel Déat écrira « élevé à la dignité gestionnaire ». Ce syndicalisme de cogestion de l’Etat bourgeois « [laissera] ainsi toutes ses chances à l’intelligence des techniciens et à l’activité féconde des capitaines d’industrie… » La charte du travail et le programme de la révolution nationale de Pétain est élaborée par les néos, venus soit de la social-démocratie, soit du PPF de Doriot, soit du syndicalisme confédéré (CGT).
    5)On abandonne le drapeau rouge pour le drapeau bleu-blanc-rouge et le discours néo se radicalise sur des positions nationalistes : « ordre, autorité, nation »
    6) Il faut un chef, un guide ou un arbitre suprême, dont la fonction consiste à arbitrer entre le capital et le travail.

    Reprenons toute la thématique néo-socialiste ou doriotiste et comparons avec les positions de Chantal Mouffe et Mélenchon, c’est quelque peu troublant. Non !

    Sur l’apparition du précariat, sur lequel les populistes de gauche fondent toute une stratégie, l’auteur de l’article en parle comme s’il s’agissait de l’« apparition d’une nouvelle classe ». Ce n’est pas à vrai dire une classe nouvelle, qui aurait je ne sais quelle fonction spécifique. C’est une constante dans le développement du mode de production capitaliste : sa logique, particulièrement tragique dans la période de sa crise mortelle actuelle, rend nécessaire de détruire une partie du capital vivant. Marx dans le Capital introduit la caractérisation de lumpenprolétariat (prolétariat en haillons), ces éléments déclassés, chassés du processus de production et qui sont prêts à se vendre au premier maître qui se présente pour survivre. Le problème du précariat ou du lumpenprolétariat et de la petite bourgeoisie frappée par la crise, en l’absence de réponses politiques anticapitalistes, ces couches peuvent se tourner vers les aventuriers, voire la dictature.

    Si l’article de Marwen avance dans une discussion qui s’approfondit sur le « populisme de gauche », et je m’en félicite, en revanche on ne peut pas écrire comme il le fait : qu’il « peut être fécond et apporter des idées nouvelles ». C’est un obstacle à la recomposition, quant aux idées nouvelles dont il serait porteur, elles sont plutôt anciennes, comme nous avons essayé de le dire succinctement.

    Robert Duguet

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  7. Le terme populisme a été popularisé par un politologue sarkozien bien introduit à la TV, puis par les media des milliardaires. Il a l’avantage pour la Droite et le Medef d’accuser ceux qui veulent défendre le peuple. Les affreux populistes du Front populaire ont obtenu les 40h, 15 jours de congés payés (pour la première fois au monde), de fortes hausses de salaires. Ceux du Conseil National de la Résistance ont obtenu la Sécu, la nationalisation de la majorité des banques etc.

    Un terme plus neutre et plus approprié, utilisé pendant un siècle de République, est celui de démagogie qui permet de critiquer la démagogie ultra-inégalitariste et anti-écologique de la Droite et du Medef, la démagogie dictatoriale et ultra-inégalitariste de l’extrème droite etc

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