Statut du cheminot, le piège tendu

Depuis l’annonce que le gouvernement a annoncé sa volonté de réformer, je dirais démanteler, la SNCF, un chiffon rouge est agité par l’exécutif et les médias pro-démantèlement : celui du statut du cheminot. Plutôt que de rentrer dans le cœur de la réforme voulue par le gouvernement – qui conduira in fine à la privatisation de la SNCF – les médias d’obédience néolibérale préfèrent brocarder les cheminots et les livrer à la vindicte populaire. En réalité cette muleta agitée devant l’opinion n’a qu’un seul but : celui de détourner l’attention du dépeçage des services publics qui s’annoncent.

Il n’y a rien de bien surprenant à cette logique tant Emmanuel Macron use et abuse de cette méthode depuis qu’il est à l’Elysée. Il y a d’ailleurs fort à parier que le gouvernement agira de même dès lors qu’il s’agira de présenter sa réforme constitutionnelle en mettant l’accent sur certains points pour tenter de convaincre du bien fondé de celle-ci. Nous avions déjà vu cette logique à l’œuvre lors du démantèlement du code du travail par ordonnances lorsque le gouvernement, par la voix de Muriel Pénicaud, a sorti les violons pour expliquer que sa réforme visait à protéger les travailleurs dans un exercice purement orwellien de la double pensée. Il devient chaque jour plus urgent de lutter contre la stratégie Macron qui est pour le moment couronnée de succès.

 

Le leurre des cheminots

 

Je le disais plus haut, jeter les cheminots en pâture à l’opinion est un moyen pour la caste au pouvoir de faire diversion. Présenté comme un plan visant à améliorer les résultats de la SNCF, la réforme que souhaite mener le gouvernement est en réalité un grand pas vers la privatisation du service public ferroviaire français. Bien évidemment, le manque de courage de la coterie au pouvoir fait qu’elle ne le dira jamais et préférera se cacher derrière la prétendue modernité, mantra macronien par excellence. Le statut du cheminot est effectivement loin d’être la raison des difficultés qu’a rencontrées la SNCF depuis des années. Au contraire, c’est bien plus l’acharnement à mettre en place le TGV suivi par les politiciens et imposé à la SNCF qui a creusé la dette de l’entreprise publique.

C’est la volonté forcenée de métropolisation du pays – faisant bien peu de cas de la fermeture des petites lignes – qui a plombé la SNCF, pas le statut du cheminot. Ce sont les choix de la caste au pouvoir et du bloc social qui la soutient qui sont en cause. C’est pour pouvoir faire Paris-Bordeaux en 2h ou Paris-Nantes en autant de temps, parfois au prix de très coûteux partenariats public-privé, que la SNCF a été mise en difficulté. Comme toujours il est demandé aux travailleurs de payer le coût des erreurs des dirigeants. Il est absolument intolérable de voir que des personnes dévouées au service public qu’effectue la SNCF se retrouvent clouées au pilori par des décideurs irresponsables et qui s’empressent désormais d’organiser la curée des services publics.

 

Faire face à la stratégie Macron

 

Il faut le reconnaitre, depuis qu’il est au pouvoir Emmanuel Macron arrive à mener des réformes que même Les Républicains n’auraient pas osé mettre en œuvre. Sa stratégie est assez simple, se couper de tous les corps intermédiaires et dire qu’il fait ce qu’il avait dit qu’il ferait. Pourtant dans le cas de la SNCF, la réalité est toute autre. Bien conscient que l’argument du « je dis ce que je fais, je fais ce que j’ai dit » ne fonctionnerait assurément pas sur ce coup, le successeur de François Hollande est en train de mettre en place une autre stratégie qui consiste à monter les Français les uns contre les autres. Pendant que nous nous battons entre nous, la caste bien au chaud se marre. La stratégie visant à opposer cheminots et agriculteurs a été brandie rapidement par le monarque présidentiel et c’est toute la communication gouvernementale et de la majorité qui s’est mise au diapason.

Dans un formidable retournement c’est au nom de l’égalité que serait menée la réforme de la SNCF, pour mettre fin à l’injustice que serait le statut du cheminot présenté de manière mensongère comme une sorte de dolce vita. Cette stratégie pourrait prendre dans l’opinion et cela serait une catastrophe. Dans une séquence géniale, Olivier Besancenot a rappelé que l’on était tous le cheminot de quelqu’un et que si aujourd’hui vous cédiez à cette tentation de tomber sur les cheminots il ne faudrait pas s’étonner demain que personne ne se lève pour vous quand on s’attaquera à vous. Il a totalement raison. La logique du gouvernement s’applique même directement à la SNCF puisqu’il a annoncé que la suppression du statut de cheminot ne concernerait que les nouveaux travailleurs de l’entreprise, moyen de casser l’esprit d’entreprise et la conscience de classe bien présents au sein de la SNCF. Plutôt que de céder à la tendance mortifère de la division et de la jalousie, il est grand temps que nous nous unissions. Emmanuel Macron mène une attaque à un niveau systémique, c’est à ce niveau qu’il faut lui répondre en faisant notre la célèbre maxime camusienne, « je me révolte donc nous sommes ». Plutôt que de distiller le poison de la division, regroupons-nous pour battre la caste, il n’y a que la convergence des luttes qui leur fait peur. Angela Davies disait que les murs écroulés deviennent des ponts. Mes amis il est grand temps d’écrouler leurs murs, en allant manifester le 22 mars notamment.

2 commentaires sur “Statut du cheminot, le piège tendu

  1. […] En février, le gouvernement a présenté son projet de « réforme » de la SNCF, en se basant pour le justifier sur le rapport que Jean-Cyril Spinetta, ancien PDG d’Air France, a remis au Premier ministre. Le rapport propose entre autres la fin du régime spécial des cheminots (sur la quinzaine de régimes spéciaux existants), la fermeture des lignes déficitaires (déjà en cours depuis quelques années) et la transformation de la SNCF, pour l’instant un EPIC, en société anonyme à capital public, afin de rendre l’entreprise, qui perd trop d’argent au goût de certains, plus concurrentielle. Beaucoup de critiques du rapport Spinetta (ici ou là) rappellent, à juste titre, que l’endettement de la SNCF et de ses filiales a été provoqué par l’Etat, et que la fermeture des petites lignes, justifiée par des motifs purement comptables, est contradictoire avec l’intention de revaloriser le rail.  De plus, ils pensent que l’Etat français devrait reprendre la dette de la SNCF (près de 50 milliards d’euros) à sa charge, comme l’a fait l’Etat fédéral allemand en 1994 pour la Deutsche Bahn (dont la dette dépassait les 30 milliards d’euros). D’autres détracteurs voient dans la transformation de la SNCF en société anonyme une stratégie pour entamer en douceur la privatisation de l’entreprise au nom de la concurrence, les cheminots jouant dans l’affaire un rôle de bouc émissaire commode pour le pouvoir macroniste. […]

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