Israël, la grande clarification

Hier se tenait à la Knesset – le parlement israélien – une session extraordinaire, convoquée par cinquante-deux députés, à propos de la loi sur l’Etat nation juif. Pour bien signifier son dédain suprême et son absence totale de volonté de revenir sur ce texte controversé voté le 19 juillet dernier, Benyamin Netanyahu n’a même pas daigné se déplacer jusqu’au parlement. En dépit de l’opposition farouche des minorités du pays, en dépit du caractère foncièrement raciste de cette loi reconnu par la grande majorité des observateurs, le premier ministre israélien, tout acquis à sa politique de la terre brûlée fait la sourde oreille et entend bien faire montre de toute sa poigne – et de tout son extrémisme au passage – en ne cédant pas d’un iota à la protestation contre une loi marquant tout à la fois une rupture et un approfondissement de logiques qui lui préexistaient.

En position de toute puissance depuis l’arrivée de Donald Trump à la maison blanche et la prise de pouvoir de Mohamed Ben Salmane en Arabie Saoudite, Monsieur Netanyahu entend bien profiter de cette politique raciste et identitaire pour souder une majorité d’Israéliens derrière lui alors même qu’il est au cœur d’une tempête politico-judiciaire depuis maintenant plusieurs mois. Tenants d’une ligne très droitière depuis maintenant de nombreuses années, alliés au Foyer Juif de Naftali Bennett (qui dispose du ministère de l’Education), Netanyahu et son Likoud viennent de franchir l’un de ses seuils qui peuvent entrainer des changements d’ampleur. Les opposants intérieurs du pays ont beau jeu de fustiger la loi sur l’Etat-nation juif mais la réalité des choses est que, pour une bonne part d’entre eux, ils ont largement contribué à l’instauration du climat permettant d’aboutir à ladite loi.

 

Le racisme à visage découvert

 

D’aucuns parmi les observateurs ont expliqué que dans les faits, la loi proclamant Israël comme l’Etat-nation du peuple juif ne changerait finalement pas grand-chose à la situation sur le terrain. Pour appuyer cette thèse, ceux-ci ont effectivement expliqué que la politique discriminatoire était déjà à l’œuvre dans le pays et que l’opinion publique israélienne s’était progressivement droitisée sous le règne de Netanyahu ainsi qu’en ont témoigné les réactions très feutrées au massacre de civils et journalistes lors des marches du retour de ces dernières semaines. Le quotidien Hareetz a d’ailleurs écrit à de multiples reprises lors de cette période que c’était toute la société israélienne qui était, au moins en partie, responsable des massacres perpétrés et de l’atmosphère hostile aux Arabes israéliens dans le pays.

La réalité c’est que très peu de personnes s’opposent frontalement à la politique droitière, nationaliste et raciste menée par Netanyahu et ses alliés depuis des années. A l’exception des Arabes israéliens, très peu nombreux sont en effet les dirigeants politiques du pays à avoir lutter contre la logique instaurée par le Likoud dans une forme de fuite en avant renforcée par l’arrivée de Trump au pouvoir. Netanyahu se sentant alors invincible et considérant que l’autorité palestinienne est au bord de l’implosion, il a depuis quelques mois accéléré la colonisation avec en symbole ultime la volonté d’annexion de Jérusalem. Toutefois, si cette loi proclame Israël comme Etat-nation du peuple juif est dans une forme de continuité et ne vient finalement que dire formellement quelle est la situation déjà bien réelle, elle est sans conteste une rupture majeure dans le sens où le racisme est désormais gravé dans le marbre de la loi. Selon la formule largement répandue parmi les Arabes israéliens, cette loi met en place un Etat démocratique pour les Juifs et un Etat juif pour les minorités qui se retrouvent désormais renvoyées aux marges de la société de manière officielle.

 

Le pyromane de Tel Aviv

 

En cherchant à tout prix à faire proclamer cette loi puis en montrant tout son dédain à l’égard des multiples protestations contre celle-ci, Benyamin Netanyahu poursuit, me semble-t-il, un double objectif : imposer absolument son agenda identitaire, nauséabond et raciste mais également ressouder derrière lui ce qui pourrait être son électorat tenté de se détourner de lui après les affaires judiciaires auxquelles il fait face. Dans tous les cas, en agissant de la sorte, le pyromane de Beit Aghion prend tout à la fois les traits de Néron et de Ponce Pilate. Néron parce qu’il a toutes les chances de remettre le feu au Proche-Orient et Ponce Pilate parce qu’il se lave allègrement les mains des conséquences que peuvent avoir une telle loi sur les juifs de la planète.

En proclamant qu’Israël est l’Etat-nation du peuple juif, il va effectivement devenir de plus en plus difficile de dissocier les Juifs et Israël. Cette dimension arrange merveilleusement bien les plus fanatiques des partisans du Likoud ou du Foyer Juif en cela qu’elle devient également un moyen de couper court à toute critique de la politique menée dans le pays. Il y a effectivement fort à parier que l’argumentation ad nauseam que nous voyons déjà partout aujourd’hui et qui consiste à dire que si vous critiquez Israël vous êtes antisémite soit encore plus utilisée à l’avenir pour discréditer toute critique politique de ce pays raciste qui met désormais en place un apartheid officiel. Inversement, en faisant d’Israël l’Etat-nation du peuple juif, Netanyahu et sa bande font une forme d’OPA sur l’ensemble des Juifs de la planète qui se retrouvent désormais associés, qu’ils le veuillent ou non, aux agissements d’un Etat voyou et raciste. Je le disais plus haut, si le pyromane qu’est Netanyahu a pu agir de la sorte c’est parce qu’il se sent à la fois protégé par Donald Trump et capable de profiter de la désunion du monde arabe qui est en train de lâchement abandonné le peuple palestinien à ses atroces souffrances, ne lui laissant d’autre choix que la violence armée, ainsi qu’en témoigne les roquettes récemment envoyées, qui finit presque toujours par causer des pertes civiles lourdes tant Tsahal réprime de manière abjecte cela. Si, comme le disait Mandela, c’est l’oppresseur qui choisit les armes de l’opprimés, il est de notre devoir de personnes de gauche de nous soulever pour soutenir le peuple palestinien. Dans le cas contraire, la Palestine rejoindra la longue liste de boursouflures sur le visage de l’humanité qui finiront un jour par le défigurer définitivement.

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