Les inégalités salariales, la fausse route et le changement sociétal

Il y a à peine un an, le hashtag #MeToo faisait son apparition sur les réseaux sociaux aux Etats-Unis. Prenant de l’ampleur après la révélation de l’affaire Weinstein, le slogan s’est rapidement répandu sur l’ensemble de la planète si bien que nombreux avons-nous été à voir dans ce mouvement massif et inédit le début de la fin d’un patriarcat qui n’en finit plus de régir la société. En France également, octobre 2017 a marqué la mise en place d’un hashtag, certes différent, poursuivant le même but : #BalanceTonPorc. Libération de la parole féminine, début d’une prise de conscience des discriminations lourdes qui ont lieu quotidiennement ou autant d’éléments que nous avons cru voir se mettre en place un peu partout sur la planète.

Pourtant un an plus tard rien n’a changé ou presque. Symbolisant cette défaite culturelle temporaire en même temps qu’un triomphe certain pour Donald Jr Trump, la confirmation de la nomination de Brett Kavanaugh, accusé de viol, à la Cour Suprême des Etats-Unis est là pour nous rappeler à quel point le chemin à parcourir demeure long. De ce côté-ci de l’Atlantique, la situation n’est guère plus florissante :  tribunes fustigeant le mouvement Balance ton porc, absence des femmes aux postes politiques élevés, tout ou presque agit comme un rappel de la prégnance du patriarcat et de la discrimination des femmes. Par-delà le monde politique, les inégalités salariales entre hommes et femmes demeurent assurément le symbole le plus profond de cette discrimination. Il est donc une impérieuse nécessité de lutter contre ces inégalités en se gardant bien de faire fausse route, chose que nous faisons malheureusement souvent. Ceci implique d’assumer le fait de défendre un changement systémique à l’échelle de la société.

 

Dépasser les idées reçues

 

Véritable marronnier de certains médias – se servant bien plus assurément du sujet pour vendre du papier qu’œuvrant réellement pour lutter contre ces dynamiques inégalitaires – la question de la discrimination salariale entre hommes et femmes revient sur le devant de la scène médiatique à intervalle régulier. Le plus souvent, ces sujets sont traités entre la fin octobre et le début novembre, au moment où les inégalités salariales entre hommes et femmes font basculer les femmes dans la période de l’année où elles travaillent « gratuitement » : étant donné que les femmes gagnent moins que les hommes, arrivée une certaine date dans l’année, celles-ci travaillent pour ainsi dire pour ne rien gagner.

Longtemps, nous avons pensé que les discriminations salariales étaient uniquement dues à du sexisme primaire. En somme, il s’est longtemps agi de dire que les femmes étaient moins payées du simple fait d’être femmes, un peu comme si leur essence était d’être moins payées que les hommes. Bien qu’il ne faille pas nier l’existence d’un tel sexisme primaire, de nombreuses études ont depuis démontré que nous faisions souvent fausse route en pensant cela (et que nous continuons d’ailleurs à le faire encore aujourd’hui). Ce n’est pas tant le fait d’être femme qui est responsable d’un salaire moindre mais le fait de devenir mère. La maternité est effectivement quasiment toujours le point de bascule dans un couple en termes de revenus.

 

Le nécessaire changement sociétal

 

En effet, la maternité agit comme une double lame ou plus assurément comme un effet de ciseaux entre l’homme et la femme dans un couple. La femme s’arrêtant souvent de travailler un temps (ou réduisant son temps de travail) à la naissance d’un enfant, la dynamique est doublement perverse : d’une part ses revenus baissent mécaniquement et d’autre part son avancement de carrière en pâtit. En parallèle, l’homme conserve son salaire (voire obtient une augmentation) en même temps qu’il accumule de l’expérience lui permettant d’accéder à une promotion plus rapide. C’est donc tout à la fois l’avancement ralenti de la femme et l’avancement plus rapide de l’homme qui font que l’inégalité salariale est très grande. 24 octobre 1975. Cette date ne vous dit sans doute rien mais il se pourrait bien que dans des années nous nous retournions en arrière et disions que tout a réellement commencé ce jour-là dans la lutte pour l’égalité salariale et la fin du patriarcat. Ce jour est celui choisi par les Islandaises pour faire grève en revendiquant l’égalité salariale pour la première fois – il se dit que la vente de hot dogs a explosé ce jour-là puisque les pères ne savaient pas vraiment cuisiner.

Plus sérieusement, ce petit pays qu’est l’Islande est assurément l’un des exemples à suivre si l’on veut lutter contre ces inégalités salariales. Le système patriarcal étant ancré depuis des milliers d’années, ce n’est qu’avec un fort volontarisme que nous pourrons le mettre à mal. C’est précisément ce qu’a fait l’Islande en votant une loi régulant le congé parental : 3 mois pour la mère, 3 mois pour le père et si le père refuse de prendre ce congé, celui-ci est perdu. Contrairement à bien des pays où le congé parental est attaché au couple, la loi islandaise l’attache à la personne. Le résultat ne s’est pas fait attendre puisque l’Islande est aujourd’hui l’un des pays où les inégalités salariales entre les hommes et les femmes est la plus faible et cette loi a induit des changements sociétaux majeurs en permettant finalement tout à la fois aux femmes de ne plus subir cette discrimination et aux hommes de participer à l’éducation de leurs enfants. Peut-être l’avènement d’une nouvelle génération moins soumise aux structures du patriarcat permettra la mise en place de telle mesure un peu partout sur la planète mais il me parait évident que sans volontarisme fort, toute mobilisation est vouée à l’échec. Combattre les inégalités salariales entre les hommes et les femmes supposent donc un changement sociétal majeur à ce niveau mais pas seulement. Ce combat suppose également d’en finir avec la vision négative des carrières discontinues. Nous vivons effectivement dans un système qui considère que s’arrêter de travailler est négatif voire néfaste tant pour la société que pour l’individu. Il est grand temps de battre en brèche ce grand totem qu’est le travail marchand pour ériger d’autres modèles. Nous savons donc ce qu’il nous reste à faire. Œuvrons et travaillons pour cela, afin que, pour une fois, le travail rende effectivement libre.

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