De quoi la soi-disant augmentation des salaires est-elle le nom ?

S’il y a bien une étiquette qui colle à la peau d’Emmanuel Macron et de son gouvernement depuis leur arrivée à la tête du pays, c’est celle qui les résume à une caste au service des plus puissants et des plus riches. La suppression de l’ISF, l’instauration d’une flat-tax couplée à la baisse des APL et plus largement à la politique menée par ce gouvernement et cette majorité suffisent à démontrer à quel point nous sommes en face d’un gouvernement de classe qui arrose les plus riches de cette société tout en retirant les miettes aux plus démunis.

Toute la communication du monarque présidentiel et de sa camarilla vise donc depuis un certain temps à arracher cette image de président des riches. Malgré tous les efforts déployés, cette image est là et bien là. La colère qui gronde dans tout le pays est là pour le rappeler ainsi que le fait que Macron semble désormais inaudible pour la plupart de la population. La dernière trouvaille communicationnelle de la caste a donc été de souligner à grand trait la supposée augmentation des salaires qui découlerait d’une baisse des cotisations sociales payées par les salariés. Il va sans dire que derrière l’enfumage d’une telle annonce, se niche en réalité une escroquerie bien sombre.

 

Une augmentation des salaires, vraiment ?

 

Je le disais en introduction, le gouvernement, principalement par la voix de Gérald Darmanin, explique à qui veut l’entendre que son action a fait augmenter les salaires et que ceci est la preuve qu’Emmanuel Macron et sa clique se préoccupent du pouvoir d’achat des Français. Bien aidé dans leur propagande par une majorité de médias complaisants qui répètent scrupuleusement qu’il s’agit d’une augmentation salariale, Macron et son gouvernement nous enfument. La réalité c’est qu’il n’y a pas d’augmentation des salaires si l’on diminue les cotisations sociales payées par les salariés. Certes, à la fin du mois plus d’argent est empoché par le salarié mais depuis quand le salaire est uniquement constitué du salaire net ?

Pour être totalement juste, il faudrait dire que le salaire net – donc ce que perçoit à la fin de chaque mois le salarié – a augmenté mais que le salaire global a, lui, reculé. La seule augmentation salariale qui vaille serait une augmentation du salaire brut. Dans le cas qui nous concerne actuellement celui-ci n’a pas augmenté, ce qui signifie en d’autres termes, que l’entreprise ne débourse pas plus d’argent que le mois précédent. Le différentiel réside donc dans la baisse des cotisations sociales acquittées par le salarié. En cela, parler d’une augmentation des salaires est un mensonge doublé d’une escroquerie dans la mesure où les cotisations sociales, nous y reviendrons, servent à financer tout le modèle social français et donc tout à la fois les retraites et le chômage. Selon un adage bien connu, le salaire net c’est pour la fin du mois mais le salaire brut (comprenez les cotisations) c’est pour l’ensemble de la vie. En ce sens, il n’y a pas d’augmentation du salaire mais bien au contraire un affaiblissement de ce qui sert à financer la Sécurité sociale au sens large.

 

Le basculement de modèle

 

Cette baisse des cotisations sociales est effectivement un changement majeur auquel nous n’avons pas réellement pris garde. Occupés à regarder les outrances du monarque présidentiel se succéder nous n’avons, me semble-t-il, pas bien saisi quel était le bouleversement qui se dissimulait derrière cette logique. Le gouvernement clame à qui veut l’entendre qu’il redonne ainsi du pouvoir d’achat aux Français. Ce qu’il se garde bien de dire c’est qu’il augmente la CSG et fait ainsi supporter en partie le coût de cette réforme à des publics qui ne bénéficient pas de la baisse de charges (fonctionnaires et retraités notamment). Plus grave encore, celle-ci remet totalement en cause le modèle social français en cela que les cotisations sociales sont non pas des « charges » comme veut le faire croire la vulgate néolibérale mais bien plutôt du salaire différé permettant d’être couvert lors des périodes de chômage par exemple comme nous l’avons vu précédemment. C’est le fondement même du modèle assurantiel, modèle que Monsieur Macron veut détruire.

Bien plus que la réforme du code du travail – que je trouve évidemment néfaste – la volonté de faire disparaitre le modèle assurantiel de chômage dans notre pays met profondément à mal son modèle social. Nombreux sont les documents prouvant effectivement que si la France n’a pas été frappée aussi durement que d’autres pays par la crise économique de 2008-2009 et ses conséquences, c’est parce qu’elle possède des stabilisateurs sociaux capables d’amortir les coups. En diminuant drastiquement les cotisations sociales, Emmanuel Macron entend reprendre la main sur l’assurance chômage. Il y a peu de doutes, en effet, sur le fait que l’Etat dira bientôt aux partenaires sociaux que comme c’est lui qui lève les fonds nécessaires à l’assurance chômage c’est à lui de la gérer. Une autre question majeure est soulevée par ce basculement, celle de la gestion de ces ressources à l’avenir. Si la loi oblige l’Etat à compenser à un instant t la baisse des cotisations, dans le temps rien ne l’oblige à revoir à la hausse le montant alloué le premier jour, quand bien même les besoins seraient croissants. Ce qui se dessine donc est assurément le remplacement de l’assurance chômage par un système de minima sociaux comparables à ce qu’est le RSA d’un montant supérieur. Hier vous cotisiez pour conserver une grande partie de votre salaire si vous vous retrouviez au chômage, demain vous payerez la CSG pour avoir simplement de quoi survivre si jamais le chômage vous frappait. Nous le voyons donc, loin d’être une augmentation des salaires, ce qui se déroule actuellement sous nos yeux est bien plus une mise à mal profonde du modèle social français. C’est cela la France de Macron, le président des ultra riches. Quant à nous, il nous faut, je crois, nous battre avec ardeur contre cette volonté de modifier le modèle social français. Tâchons de nous souvenir de la lumineuse formule de Sénancour : « L’homme est périssable. Il se peut ; mais périssons en résistant, et si le néant nous est réservé, ne faisons pas que ce soit une justice ». Résistons ou sinon nous serons définitivement perdus. Et nous l’aurons mérité.

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