Macron et Eyraud, même combat ?

Le 1er avril 2017, alors en pleine campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’affichait aux côtés de Jacques-Henri Eyraud lors d’OM-Dijon. S’affirmant comme supporter invétéré du club phocéen, l’alors candidat devenu depuis président de la République profitait de son passage dans Marseille pour s’offrir un match au Vélodrome. Arrivé quelques mois plutôt à la tête du club, Jacques-Henri Eyraud buvait du petit lait de recevoir le candidat avec qui il semblait avoir le plus d’accroches et qui correspondait bien à la vision ainsi qu’aux décisions prises par le président marseillais depuis son arrivée. Quelques mois plus tard, Emmanuel Macron, devenu entre temps président de la République, s’invitait à la Commanderie lors d’un entrainement du club.

Plus d’un an et demi après cette première rencontre, le locataire de l’Elysée est confronté à un mouvement social de grande ampleur et le club traverse une crise profonde ayant connu sept défaites et une élimination sur les onze derniers matchs disputés. Le 15 décembre dernier, lors de la manifestation des Gilets Jaunes dans les rues de Marseille une pancarte affirme « Macron, Eyraud, même combat ». Souvent rapprochés pour leur style similaire et leur soi-disant volonté de changer de fond en comble l’un le monde du football français l’autre la vie politique française, Emmanuel Macron et Jacques-Henri Eyraud auraient-ils pêché pour les mêmes raisons et ne seraient-ils pas finalement que les deux faces d’une même pièce, l’un agissant dans le football, l’autre dans la vie politique du pays ?

Sur l’autel de l’entreprise

L’une des principales caractéristiques du macronisme est assurément cette croyance en laquelle il fonde l’ensemble de son idéologie ou presque : l’entreprise (de préférence la transnationale) est la panacée. En ce sens, il n’est guère étonnant que le chantre de la start-up nation s’échine à appliquer le New Public Management (cette théorie née dans les années 1970 et postulant qu’il faut gérer les services publics comme l’on gère une entreprise) depuis son arrivée au pouvoir. En somme, selon lui l’Etat doit être dirigé comme l’on dirige une entreprise et tant pis si cela veut dire mettre à mal les services publics ou les processus redistributifs.

Il me semble que l’on retrouve, sous une autre forme évidemment, cette méthodologie chez le président de l’OM. Il y a indéniablement des différences avec Macron dans la mesure où un club de foot est une activité privée mais dès son arrivée, Eyraud a fait sien le mantra grotesque de la gestion d’un club comme d’une entreprise classique. C’est sans doute l’un des messages qu’il fait le plus souvent passer lors de ses interviews, celui de sa volonté de normaliser l’OM et de le gérer comme toute entreprise classique. Se faisant, il se fourvoie de la même manière que Macron à la tête de l’Etat dans la mesure où il est illusoire de diriger un club de football comme une entreprise dite classique précisément parce que le secteur du football professionnel n’a absolument rien à voir avec les domaines dans lesquels Eyraud a pu évoluer par le passé (Disney notamment) et que cette volonté forcenée de gérer le club à sa manière est assurément l’une des raisons de l’impasse actuelle.

Le racisme de l’intelligence

Dans un court article publié dans Le Monde diplomatique en avril 2004, Pierre Bourdieu évoque le racisme de l’intelligence qu’il définit en ces termes : « Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse ». Il y a indéniablement de cela dans la méthode employée par Emmanuel Macron et Jacques-Henri Eyraud. Tous deux diplômés d’écoles prestigieuses (ENA pour le premier, Sciences Po Paris pour les deux), ils semblent croire fermement qu’ils sont au-dessus de tout le monde et qu’ils connaissent tout mieux que les autres.

Le corollaire de cette croyance est sans conteste cette volonté de décider de tout sans aide extérieure et surtout sans consulter ni même prendre la peine d’écouter la base. C’est d’ailleurs à cela que s’est attelé le successeur de François Hollande depuis son accession au pouvoir en sapant tous les corps intermédiaires et en passant outre tous les débats ou discussion. Si l’on voulait filer la métaphore, l’on pourrait comparer les groupes de supporters du Vel aux syndicats (avec les mêmes critiques que l’on peut faire auxdits syndicats) et Eyraud n’a clairement pas écouté lesdits groupes depuis son arrivée, tentant même de les mettre au pas comme on l’a vu avec l’éviction des Yankees ou la politique actuellement appliquée au CU. Décidant de tout, tout seul dans un domaine où il n’y connait rien, Jacques-Henri Eyraud est le réel poison au sein de ce club dans la mesure où selon plusieurs sources (dont RMC Sports), il a décidé lui-même de la prolongation de Garcia malgré les réticences exprimées par son entourage. Cette folie et cet hybris, qu’ilfaut bien appeler par leur nom, ne seraient pas bien graves s’ils ne mettaient en danger que celui qui se croit supérieur au vil peuple mais ils sont également en train de mettre en grave danger le club.

La violence comme seule échappatoire ?

Depuis le surgissement du mouvement des Gilets Jaunes, l’un des principaux faits commentés jusqu’à la nausée par tous les éditorialistes concerne la violence de cette insurrection. Il me semble pourtant que ce rapport direct et violent au pouvoir n’est que le fruit de la politique menée par Emmanuel Macron et surtout par la méthode employée. En s’appliquant méthodiquement à saper tous les corps intermédiaires et en décidant tout seul dans sa tour d’ivoire, le locataire de l’Elysée a rendu impossible toute contestation autre que violente à son égard. Complètement sourd aux critiques et autres revendications, il a pourtant fait mine (fait mine seulement) de reculer dès lors que la violence a atteint un certain niveau dans les rues cossues de Paris, comme quoi dire que la violence ne résout rien est une bien belle ânerie.

De la même manière, en restant sourd à toutes les alertes qui ont pu lui être faites et en se murant dans un silence aussi lâche qu’irresponsable, Jacques-Henri Eyraud ne fait qu’attiser une colère qui est en train de monter très fort dans Marseille et partout ailleurs où se trouvent des supporters marseillais. Pris pour des cons, il n’y a pas d’autre terme, par un entraineur prolongé et conforté par Eyraud, il se pourrait bien qu’il nous prenne l’envie d’aller titiller la Commanderie et rappeler les plus belles heures de portails cassés. Il y a très longtemps j’avais parlé de JHE en évoquant les vents que nous connaissons dans la cité phocéenne. Passé du doux zéphyr au mistral saoulant comme je l’écrivais alors, JHE était déjà en train de commencer à fatiguer beaucoup de monde. Aujourd’hui il est, me semble-t-il, à deux doigts d’attiser un incendie ravageur pour notre club. Pris entre la volonté de Ponce-Pilate de se laver les mains de ses actions et celle de Néron de brûler sa propre Cité, Eyraud pourrait bien finir par découvrir réellement ce dont Marseille et son club sont capables lorsqu’un président se fout d’eux. Qu’il prenne garde, la révolution qu’il prônait à son arrivée au club pourrait bien se retourner contre lui, il faut dire que les révolutions, en général, finissent par faire tomber les tyrans. A moins que l’on soit en présence d’une révolution astronomique, à savoir un tour sur soi-même pour revenir exactement au même endroit.

Crédits photo: @ouiss3m 

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