La laïcité en quelques lignes

J’ai quelque peu réfléchi avant de me lancer dans l’écriture du premier volet de ce nouveau format « en quelques lignes ». Fallait-il faire une explication dudit format ou plutôt entrer directement dans le vif du sujet ? Si l’explication d’un format a ses avantages elle a également des inconvénients lourds et ne permet pas à mon sens de comprendre totalement la chose dans la mesure où l’on n’est pas entré totalement dans le fond du sujet. Voyez donc dans ce billet le premier d’une longue série dont le format n’est pas encore totalement fixé et qui a vocation à évoluer.

Pour essuyer les plâtres de ce nouveau format j’ai donc choisi de prendre pour sujet une vieille dame de bientôt 120 ans, régulièrement mise à mal et travestie par ceux qui n’ont pas le courage d’assumer leurs positions haineuses et racistes mais qui préfèrent s’en servir comme d’un masque. Je veux bien entendu parler de la laïcité à la française (cette précision a son importance) et des détournements qui en sont fréquemment faits. Du voile de Creil à celui de Decathlon en passant par le burkini et bien d’autres sujets, l’hystérie autour de l’Islam en France aboutit bien souvent à dévoyer la laïcité pour lui faire dire ce qu’elle n’est pas.

Aux origines : la loi de 1905 et le risque de guerre civile

Symbolisée par Aristide Briand et Jean Jaurès – son rapporteur et l’un de ses plus fervents défenseurs – la loi de 1905 ou loi de séparation des Eglises et de l’Etat est à la fois une spécificité française et une notion souvent mal comprise. Mettant fin au régime concordataire datant de 1801, à l’exception notable de l’Alsace-Moselle qui appartenait alors à l’Allemagne et a fait de la conservation du concordat une condition de son retour dans le giron français en 1919, la loi de 1905 postule la neutralité de l’Etat vis-à-vis des cultes. Tout son esprit est résumé dans les deux premiers articles : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public » et « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons ».

Cette loi voulue comme équilibrée par Briand, Jaurès et ses défenseurs a suscité des tensions extraordinaires dans le pays et entre le Vatican et la France. La « fille ainée » de l’Eglise ainsi que l’on surnommait la France avant 1789 faisait subir un deuxième affront au Vatican après avoir tranché la tête du roi – figure de Dieu sur Terre. Dans cette optique, la droite catholique tout comme la gauche radicale refusaient cette loi et tentaient toutes deux pour des raisons différentes de la modifier : la droite catholique pour permettre que l’Eglise soit encore subventionné, la gauche radicale (et c’est ironique lorsque l’on voit la situation actuelle)militait, elle, pour une vision maximaliste de la loi, une saisie des biens de l’Eglise et, notamment par la voix de Maurice Allard, pour une neutralité religieuse de l’espace public. Tenant fermement cette vision modérée, les défenseurs de la loi de 1905 sont parvenus à imposer la loi que nous connaissons actuellement.

Depuis : du bouclier au glaive

Si l’on accepte donc de faire ce détour par l’histoire, l’on constate rapidement à quel point les laïcards de tous bords, toutes ces personnes qui invoquent la laïcité pour défendre leurs idées d’expulsion de tout signe religieux de l’espace public dévoient la loi de 1905. Alors même que cette loi était pensée comme un bouclier permettant à chacun de vivre sa religion dans le pays sans que l’Etat n’en subventionne aucune, ces sinistres personnages tout acquis à leurs passions tristes tentent de s’en servir comme d’un glaive pour attaquer l’Islam et plus particulièrement les musulmanes qui portent le voile. Bizarrement, ces soi-disant défenseurs acharnés de la laïcité (farce qui ne devrait piéger personne) ne trouvent rien à redire au fait que l’Alsace-Moselle soit aujourd’hui encore sous le régime du concordat, ce qui est bien la preuve que la laïcité est le cadet de leurs soucis et simplement un moyen d’attaquer certaines catégories de la population.

Crédits photo: L’Humanité

2 commentaires sur “La laïcité en quelques lignes

  1. Ce court billet ne traite pas et pour cause d’une exception non prévue par la loi de 1905 : les aumôneries militaires qui sont payées sur le budget de l’État et qui concernent 4 cultes (et même un orthodoxe). La volonté politique a permis de l’étendre au culte musulman il y a un peu plus de dix ans. Plus de 200 aumôniers et aumônières, clercs et laïcs, servent dans les casernes et les bâtiments de surface, y compris en Opex, avec des cas extrêmes de prière du vendredi organisée par des aumôniers français au profit de soldats turcs à Kaboul (auxquels on interdit pour une autre laïcité la religion en uniforme). Cette évolution me prouve qu’il ne faut surtout pas faire changer cette loi, même pour la toiletter. Au motif absurde de la rendre compatible avec notre monde moderne.

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