Le déficit public en quelques lignes

Il est devenu, depuis des décennies et l’émergence du néolibéralisme, l’un des mantras les mieux partagés par les institutions internationales. Couplé à sa sœur, la dette publique (qui sera abordée dans un prochain billet), le déficit public, ou plutôt sa crainte, s’est progressivement imposé comme la nouvelle matrice de compréhension de l’économie et la politique partout sur la planète. Dans cette croisade du néolibéralisme, le FMI n’était pas le dernier des soldats pour imposer à grand coups de plans d’ajustement structurels les théories chères à l’école de Chicago, menée par Milton Friedman.

Devenu matrice de compréhension et d’action, le déficit public est assurément l’un des symboles les plus prégnants de la construction européenne et de la mise en place de l’euro. Si, selon la légende, la fameuse règle des 3% du traité de Maastricht a été imaginé sur un coin de table et sans profonde réflexion, celle-ci est désormais un véritable dogme auquel tant l’Union Européenne que ses institutions et ses pays membres rendent un véritable culte. Pourtant, à y regarder de plus près, cette crainte absolue du déficit public couplée à ce seuil absurde de 3% ne vise à rien d’autre qu’à tenter de contraindre par la peur à croire que celui-ci est un fléau absolu alors même qu’aucune analyse macro-économique sérieuse ne saurait l’affirmer sans passer pour une bouffonnerie.

La peur qu’on vend

Je l’ai dit quelques lignes plus haut, si le fait de brocarder le déficit public ne date pas du néolibéralisme, l’émergence de cette idéologie a transformé la question de l’action de l’Etat et donc ses dépenses en problème absolu. Du « There is no alternative » thatchérien au « le problème à nos solutions n’est pas l’Etat, l’Etat est le problème » reaganien, il y a un fil d’Ariane évident qui est finalement déroulé jusqu’à aujourd’hui. Dès lors qu’un gouvernement mène une politique inégalitaire au profit des plus puissants et des dominants de la société – ainsi qu’au détriment de la grande majorité de la population, particulièrement les plus dominés – il s’empresse d’expliquer que ses réformes structurelles sont une nécessité au sens philosophique du terme (ce qui ne peut pas ne pas être ou être autrement) pour peu que l’on souhaite la réussite économique du pays.

Etant donné que, de manière évidente, la plus grande partie de la population n’adhère pas à ce genre de politique inégalitaire et scélérate, les pouvoirs en place utilisent la corde de la peur et de la culpabilisation. Le déficit public est alors présenté comme un crime à l’égard des générations à venir – formant ici un système avec la question de la dette publique – qui auront soi-disant à payer les écarts de leurs parents. C’est précisément en culpabilisant à tout bout de champ en même temps qu’en invoquant sans cesse la responsabilité individuelle que le néolibéralisme est capable d’avancer. Sous couvert de responsabilité, nous voyons se mettre en place une véritable spoliation des ressources dans un système où les prébendes sont légion.

Sortir de l’absolu

La réalité macro-économique du déficit public est pourtant bien éloignée de ses fadaises que l’on raconte aux enfants pour mieux leur faire peur. Le déficit public joue, en fait, le rôle de croque-mitaine, ce monstre imaginaire avec lequel l’on menace les enfants dans le cas où il n’écouterait pas. La force de cet argument est également sa plus grande faiblesse puisque dès lors que l’on démontre que le croque-mitaine n’existe pas, l’enfant n’a plus aucune raison d’avoir peur. Démontrer que le croque-mitaine du déficit public n’existe pas n’est pas chose très ardue. Alors même que le néolibéralisme nous explique que ce dernier est une plaie à chaque fois qu’il existe, un rapide étude macro-économique et historique permet de battre en brèche cette fable.

Commençons par souligner à quel point le seuil de 3% est une absurdité sans nom. Tout se passe en effet comme si un différentiel de 0,1% de déficit public avait des incidences énormes. En somme il s’agit de nous dire que la face du monde serait changée selon que l’on soit à 3,1% ou 2,9% de déficit public. Plus largement, c’est l’existence même d’un déficit public qui est considérée comme néfaste par la doxa néolibérale si bien que l’on se retrouve à voir voter des principes comme la règle d’or budgétaire par exemple. Il ne s’agit bien sûr pas de dire que le déficit public est nécessairement bénéfique mais bien plus de rappeler que s’il y a bien un domaine dans lequel il n’existe pas de caractère absolu, c’est celui de l’économie. Tout l’objectif du néolibéralisme est de faire croire qu’il n’y a qu’un chemin possible alors même qu’il n’en est rien. A ce titre, les multiples exemples de politiques de relance (politiques dites contracycliques) lorsque l’économie se retourne ont prouvé l’efficacité que pouvait avoir le déficit public. Plus profondément, un déficit public ne dit rien en soi. Aussi longtemps que l’on n’est incapable d’analyser les raisons dudit déficit, alors le chiffre ne veut strictement rien dire. Des exonérations de cotisations sociales pour les employeurs peuvent générer autant de déficit public que l’embauche d’enseignants et qui osera dire qu’un cadeau pour les entreprises est la même chose qu’un investissement dans l’éducation ?

Crédits photo: Economie matin

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