La dette publique en quelques lignes

« La France a quasiment 100% de dette. […] Qui peut croire qu’on insulte son banquier, surtout s’il est étranger, lorsqu’on lui doit autant d’argent ? C’est une question de souveraineté ». En ces termes, hier sur France Inter, Gérald Darmanin le ministre de l’Action et des Comptes publics a remis sur la table la question – ou peut-être devrions-nous dire l’épouvantail – de la dette publique. En en profitant au passage pour glisser un tacle à la France Insoumise et à Jean-Luc Mélenchon, l’ex-sarkozyste n’a fait que répéter une énième fois la doxa néolibérale à propos de la question de la dette publique qui serait, si on écoute les néolibéraux, insoutenable et aliénerait la souveraineté de la France.

Il y a quelques semaines j’avais évoqué le sujet du déficit public en expliquant qu’il formait un système avec la dette publique. Le passage radiophonique de Monsieur Darmanin n’a fait que le confirmer puisqu’il a, de lui-même, lié les deux sujets en nous expliquant que c’était précisément parce que la France avait été en déficit chronique pendant 40 ans qu’elle avait une dette aussi grande (omettant au passage le poids du renflouement des banques après la crise de 2007-2008 dans son argumentaire) et qu’en conclusion, il fallait baisser la dépense publique et, vous l’aurez compris, le déficit, pour commencer à résorber ladite dette. Il n’est pas neuf de voir la dette publique brandie comme un épouvantail. Et comme tout épouvantail construit de toutes pièces, la faiblesse de l’argumentaire sur la dette publique réside dans le fait qu’il est assez facile de le déconstruire.

La fable de l’Etat-entreprise

Sans doute Emmanuel Macron, tout au long de sa campagne et depuis son accession à l’Elysée, a-t-il porté à son paroxysme la logique néolibérale voulant que l’on considère l’Etat comme une entreprise ou un particulier. Dans la trainée du New Public Management et de tous ses préceptes, l’Etat est apparu sous les traits des néolibéraux comme inefficace, lourd et devrait suivre l’exemple de l’entreprise. Du « There is no alternative » thatchérien au « Government is not the solution to our problem government is the problem » reaganien est contenu toute l’idéologie du néolibéralisme : la mise a sac de l’Etat en lui imposant les règles du privé. Ainsi en est-il actuellement en France dans une dynamique portée à son point incandescent avec le chantre de la start-up nation qui ne jure que par l’entreprise.

Il serait toutefois injuste de circonscrire cette dynamique à Monsieur Macron. Il est tout à la fois une rupture dans la dynamique étant donné qu’il lui a fait franchir plusieurs degrés et une continuité tant la matrice idéologique est la même. Toutes les expressions sur, par exemple, la gestion de « bon père de famille » ne sont que diverses variations de la même logique : celle de faire croire que l’Etat doit être géré comme une entreprise ou un particulier (à l’exception près qu’ils ne se gênent pas pour exprimer la dette relativement à la richesse produite sur une année, ce qui ne viendrait à l’idée de personne lorsqu’il s’agit d’une entreprise ou d’un particulier). De là découle le discours sur la peur de la dette publique qui, si l’on s’en tient à l’expression de tous ces oiseaux de mauvais augure, pourrait mener l’Etat à la faillite. Pourtant, un Etat ne fait pas faillite comme une entreprise le ferait et les mots ont un sens. Parler de faillite c’est faire croire qu’un Etat pourrait baisser le rideau et mettre la clé sous la porte. La réalité c’est qu’un Etat ne fait pas faillite, il fait défaut sur sa dette. Et que cela signifie-t-il ? Rien d’autre que faire défaut, c’est-à-dire annuler sa dette et refuser de la payer. Il ne s’agit bien évidemment pas de dire qu’une telle situation est confortable mais elle est sans commune mesure avec une faillite que l’on nous vend.

De la diversité des dettes publiques

Lorsque les néolibéraux abordent la question de la dette publique ils ne font en réalité que démontrer à quel point leur prétendu pragmatisme – dont ne cessent de se réclamer Macron et sa caste – est la plus idéologues des idéologies. Dans leur haine de l’Etat (ou plus précisément d’un Etat redistributeur tant leur volonté est de l’asservir pour que les puissants continuent à se gaver tandis que le plus grand nombre souffre), ils oublient toute forme de rationalité et démontrent finalement leur médiocrité économique. A force de crier comme des gorets que l’on égorge dès que l’on parle de dette ou de déficit publics, ils sont incapables de distinguer les différents types de dettes publiques. De la même manière, leur mémoire sélective oublie prestement que la dette publique est finalement presque consubstantielle de l’Etat et que ceux-ci contractent (et annulent) des dettes depuis toujours ou presque.

Tout comme pour le déficit, la dette publique ne peut être analysée de la même manière selon son objectif. Personne de sensé ne mettrait sur le même plan de la dette contractée pour embaucher des fonctionnaires dans des secteurs sous tensions (au hasard, la santé) ou contractée pour supprimer l’ISF ou faire des cadeaux aux grandes entreprises via le CICE par exemple. Au-delà de la simple question de l’utilisation de la dette (parce que c’est bien là le sujet important), il y a également celle des détenteurs de celle-ci. Dans le propos de Darmanin hier sur France Inter, la partie importante de la phrase est bel et bien le terme « étranger ». Si l’on se jette dans les bras de la finance mondialisée qui n’a pour seul objectif que le profit alors oui, la dette publique devient un danger. Mais les Japonais qui sont bien plus endettés que beaucoup de pays sur la planète sont tranquilles pour la simple et bonne raison que les principaux détenteurs de la dette japonaise sont les ressortissants du pays et qu’ils n’ont donc, par définition, aucun intérêt à jouer contre eux-mêmes.

Crédits photo: FranceInfo

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