La lutte contre les inégalités salariales en quelques lignes

Il y a quelques semaines, l’affaire de la Ligue du LOL a secoué le journalisme français. Bien que les victimes des membres de la fameuse ligue aient également été des hommes, le sexisme primaire régnant dans les attaques nous a rappelé que bien des mois après la vague #MeToo, beaucoup de choses restaient à faire sur le sujet de la discrimination relative au sexe. Ce sexisme n’est bien entendu pas l’apanage de la France et le patriarcat demeure bien en place partout sur la planète si l’on s’intéresse un peu à la question.

Il y a, bien entendu, la question des agressions sexuelles, des viols, du harcèlement qui demeurent prégnants et l’une des preuves du système patriarcal en place. Mais pour aller plus en profondeur et parler justement de ce système il convient, me semble-t-il, de s’attaquer à la matrice même de l’inégalité entre les hommes et les femmes dans la société capitaliste, à savoir l’inégalité de salaires. Il est donc une impérieuse nécessité de lutter contre ces inégalités en se gardant bien de faire fausse route, chose que nous faisons malheureusement souvent. Ceci implique d’assumer le fait de défendre un changement systémique à l’échelle de la société.

Revenir sur le droit chemin

Je suis en effet de ceux qui pensent que pour lutter efficacement contre un phénomène il faut le comprendre dans sa globalité. Comment, en effet, parvenir à déconstruire un élément si on ne le perçoit pas bien ? Par percevoir je n’entends évidemment pas la pratique éculée des médias qui se servent de l’inégalité salariale entre hommes et femmes comme d’un marronnier pour faire vendre des exemplaires autour de la fin octobre-début novembre (le moment où les femmes se mettent à travailler « gratuitement » étant donné qu’elles sont moins payées que les hommes).

Pendant un long moment, nous avons attribué les différences salariales entre hommes et femmes au simple sexisme. En d’autres termes il s’agissait de dire que les femmes gagnaient moins que les hommes pour la simple raison qu’elles étaient des femmes. Il ne faut bien entendu pas nier la part de sexisme primaire qui existe dans les différences salariales mais celle-ci serait infime si l’on en croit les dernières études. Ce n’est pas tant le fait d’être femme qui est responsable d’un salaire moindre mais le fait de devenir mère. La maternité est effectivement quasiment toujours le point de bascule dans un couple en termes de revenus. En effet, la maternité agit comme une double lame ou plus assurément comme un effet de ciseaux entre l’homme et la femme dans un couple. La femme s’arrêtant souvent de travailler un temps (ou réduisant son temps de travail) à la naissance d’un enfant, la dynamique est doublement perverse : d’une part ses revenus baissent mécaniquement et d’autre part son avancement de carrière en pâtit. En parallèle, l’homme conserve son salaire (voire obtient une augmentation) en même temps qu’il accumule de l’expérience lui permettant d’accéder à une promotion plus rapide. C’est donc tout à la fois l’avancement ralenti de la femme et l’avancement plus rapide de l’homme qui font que l’inégalité salariale est très grande.

Les enseignements islandais

Le 24 octobre 1975, les femmes islandaises ont ouvert une brèche dans le système patriarcal. En choisissant de faire grève ce jour-là pour réclamer l’égalité salariale – et en faisant, selon la légende, exploser la vente de hot dog ce jour-là du fait des piètres talents culinaires des hommes – elles ont enclenché une dynamique qui a depuis porté ses fruits en Islande puisque ce petit pays est assurément devenu un exemple à suivre. Le système patriarcal étant ancré depuis des milliers d’années, ce n’est qu’avec un fort volontarisme que nous pourrons le mettre à mal. C’est précisément ce qu’a fait l’Islande en votant une loi régulant le congé parental : 3 mois pour la mère, 3 mois pour le père et si le père refuse de prendre ce congé, celui-ci est perdu. Contrairement à bien des pays où le congé parental est attaché au couple, la loi islandaise l’attache à la personne. 

Le résultat ne s’est pas fait attendre puisque l’Islande est aujourd’hui l’un des pays où les inégalités salariales entre les hommes et les femmes est la plus faible et cette loi a induit des changements sociétaux majeurs en permettant finalement tout à la fois aux femmes de ne plus subir cette discrimination et aux hommes de participer à l’éducation de leurs enfants. Peut-être l’avènement d’une nouvelle génération moins soumise aux structures du patriarcat permettra la mise en place de telle mesure un peu partout sur la planète mais il me parait évident que sans volontarisme fort, toute mobilisation est vouée à l’échec. Combattre les inégalités salariales entre les hommes et les femmes supposent donc un changement sociétal majeur à ce niveau mais pas seulement. Ce combat suppose également d’en finir avec la vision négative des carrières discontinues. Nous vivons effectivement dans un système qui considère que s’arrêter de travailler est négatif voire néfaste tant pour la société que pour l’individu. Il est grand temps de battre en brèche ce grand totem qu’est le travail marchand pour ériger d’autres modèles. 

Crédits photo: France Info

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