La démocratie athénienne en quelques lignes

Samedi, un peu partout en France les Gilets jaunes ont célébré le premier anniversaire de leur mouvement. Le 17 novembre 2018 a, effectivement, marqué le premier acte d’un mouvement qui, s’il a indéniablement perdu en intensité, est encore présent dans la société et qui, surtout, a toutes les chances de voir ses répercussions demeurer présentes bien longtemps dans le pays tant les causes qui ont mené à son surgissement sont encore là. Rapidement, en effet, les Gilets jaunes ont émis d’autres doléances que le simple retrait de la taxe carbone. Ce que certains avaient au départ pris pour une jacquerie fiscale, en tentant de circonscrire les revendications à ce seul domaine, s’est rapidement mué en une aspiration farouche à une plus grande démocratisation et une féroce critique du système représentatif dont la défense du RIC est certainement le symbole le plus patent.

En convoquant le passé – l’on se souvient de ce drapeau présent sur les Champs Élysées qui en plus de reprendre le bleu, blanc, rouge était orné de trois étoiles (1789, 1968, 2019) comme pour mieux affirmer le caractère révolutionnaire que voulaient se donner les Gilets jaunes – le mouvement ne s’est pas privé de porter aux nues le système athénien et sa démocratie supposée parfaite, c’est le lieu commun largement partagé dès que l’on évoque l’Athènes antique. La démocratie athénienne n’était pourtant pas aussi parfaite que ce que l’on imagine souvent, si bien que cette nostalgie s’apparente presque à une réminiscence de cette croyance en un âge d’or fantasmé.

Vers le pouvoir du peuple

Avant toute chose, il convient de rappeler qu’avant l’émergence de ce qui a été placé sous le vocable de démocratie athénienne, l’Athènes antique était une véritable aristocratie au sein de laquelle les classes supérieures de la Cité détenaient un pouvoir exorbitant en se soustrayant notamment aux lois qui réagissaient le reste de la population. C’est précisément pour cela que le premier pas vers ce nouveau système démocratique a consisté à mettre en place des procès devant l’Aréopage afin que le droit devienne commun à tous sous le pouvoir de Dracon qui en -621/-620 entama cette longue marche qui trouvera sa matérialisation finale ou presque sous Périclès 170 ans plus tard en -451.

Entre temps, deux autres grandes figures athéniennes ont fait avancer la cause de la démocratie en donnant progressivement le pouvoir (kratos) au peuple (demos). Loin d’avoir été une avancée fulgurante, la mise en place de la démocratie a pris du temps. S’il n’a fallu qu’un peu moins de 30 ans après Dracon pour que Solon (-594/-593) mette en place une réforme constitutionnelle instaurant une forme de système représentatif où les plus riches étaient les seuls à pouvoir accéder aux magistratures supérieures mais avec l’élection préalable par l’Ecclesia (qui était l’assemblée rassemblant tous les citoyens régie par le principe de l’isegoria c’est-à-dire la capacité pour chacun de prendre la parole), il faudra attendre un peu moins d’un siècle pour que Clisthène instaure en -508 le système que nous connaissons sous le nom de démocratie athénienne avec la possibilité pour chacun d’être tiré au sort pour devenir magistrat. Périclès parachève ce cheminement avec l’instauration du misthos une compensation financière visant à permettre aux citoyens les plus pauvres de participer aux votes en laissant le travail derrière eux.

L’exclusion et l’oppression comme fondement

Si le système athénien comportait indéniablement des composantes démocratiques que nous n’avons plus aujourd’hui – on peut citer par exemple la limitation du cumul des mandats pour les membres tirés au sort à la Boulè, limité à deux mandats impérativement non consécutifs – il serait dangereux d’ériger le système athénien en modèle absolu. Il est effectivement important de se souvenir que la démocratie athénienne fonctionnait aussi et peut-être surtout sur le principe de l’exclusion et de l’oppression. Pour participer à celle-ci il fallait effectivement être considéré comme citoyen athénien, ce qui excluait de facto les esclaves (considérés comme des biens), les métèques mais aussi les femmes (que les Athéniens considéraient porteuse d’un logos incomplet et donc incapables de faire des choix).

En réalité, le système athénien était à double détente. S’il était effectivement et puissamment démocratique au sein du groupe des citoyens – peut-être est-ce d’ailleurs le système le plus démocratique qui ait existé sur une aussi longue période – celui-ci excluait une très large part des personnes rattachées à Athènes (celles qui y vivaient tout comme celles qui vivaient dans les territoires conquis). En somme pour qu’une poignée de citoyens vivent en démocratie, il a fallu l’exploitation d’un bien plus grand nombre. De quoi nous faire réfléchir sur la propension parfois malsaine à magnifier des expériences passées.