La radicalité en quelques lignes

A l’orée d’un mouvement social qui s’annonce massif, les sempiternels éléments de langage pour disqualifier la contestation sociale sont utilisés par le pouvoir et sa majorité. Présentées comme des archaïques ou des défenseurs des inégalités – oui aussi fou que cela puisse paraitre – les personnes qui vont se mobiliser jeudi prochain (et, espérons-le, les jours suivants) sont diabolisées par le gouvernement et sa majorité fantoche pour mieux éviter de parler du fond de la réforme à venir. Il n’est guère surprenant de voir cette stratégie à l’œuvre dans la mesure où c’est celle qui est utilisée depuis des décennies. Depuis l’émergence et l’élection d’Emmanuel Macron, cette stratégie est toutefois portée à incandescence.

Se présentant comme le rempart aux populistes et aux radicaux – dans un exercice de confusionnisme dont il est coutumier – le nouveau monarque présidentiel use de cet argument ad nauseam. Par-delà le confusionnisme ambiant qu’induit une telle stratégie, il est chaque jour plus important de clarifier les termes et notions utilisées. Si mal nommer un objet revient à ajouter au malheur du monde selon la si belle phrase d’Albert Camus, c’est peu dire que la confusion qui règne autour de la notion de radicalité ajoute au malheur du monde par wagons entier. Il me semble que l’utilisation de la notion de radicaux pour discréditer l’opposition révèle en réalité bien plus sur ceux qui utilisent cet argument que sur ceux qui en sont la cible.

Le retour aux racines

Je le disais plus haut, il importe de clarifier les notions. Je crois effectivement que dès lors que l’on mène des débats philosophico-politiques il est nécessaire d’être conséquent avec les notions que l’on manie, ce sans quoi le confusionnisme règne et il devient littéralement impossible de distinguer les bonnes définitions des affabulations. A ce petit jeu, la notion de radicalité n’est pas la moins malmenée. Souvent utilisée comme synonyme d’extrémisme, celle-ci est presque toujours détournée de son sens originel. Pour peu que l’on s’intéresse à son étymologie ou à sa définition, l’on se rend rapidement compte du dévoiement dont elle est victime. Découlant du terme latin radix qui signifiait racine, la radicalité a bien des définitions différentes mais aucune ne rejoint celle qui est communément utilisée pour la décrire par les pouvoirs en place successifs – par pouvoirs il faut entendre ici aussi bien le pouvoir politique que ses affidés médiatiques, notamment les éditorialistes tout acquis au soutien du néolibéralisme.

Le CNRTL (centre national de ressources textuelles et linguistiques), rattaché au CNRS, donne un certain nombre de définition à la radicalité. Tantôt décrit comme ce qui est « relatif à la racine, à l’essence de quelque chose » puis « qui a une action décisive sur les causes profondes d’un phénomène » ou encore « qui va jusqu’au bout de chacune des conséquences impliquées par le choix initial » (pour la définition philosophique), la radicalité est ce qui revient à la racine des choses. A cet égard, la gauche dite radicale l’est effectivement dans la mesure où elle revient à la fois à la racine des choses – la critique du capitalisme – et qu’elle va effectivement jusqu’au bout de chacune des conséquences impliquées par le choix initial si l’on s’intéresse à la philosophie politique. Le terme radicalité ne devrait donc rien avoir d’infamant et surtout pas être le synonyme de l’extrémisme. Il est d’ailleurs assez ironique de constater que les partis radicaux (de gauche comme de droite) ont, au cours de l’histoire politique française, été situés au centre de l’échiquier politique.

Renverser la perspective

Une fois cette clarification établie il importe me semble-t-il de se demander à qui profite le confusionnisme ambiant et comment l’utilisation de cette notion de radicalité révèle les penchants autoritaires et a-démocratique du néolibéralisme au pouvoir. Premièrement, Emmanuel Macron est lui aussi un radical, un radical du marché et du néolibéralisme, mais un radical tout de même. Dès lors, faire de la notion de radicalité un anathème visant à écarter du débat raisonné les options qui remettent en cause le modèle en place tout en les amalgamant (extrême-droite et gauche) revient à la travestir purement et simplement.

Cette propension à ranger dans la case « radical » toutes les alternatives au néolibéralisme au pouvoir n’est finalement pas très différent – en termes de nature pas en termes de degré bien évidemment – que la mise au ban des opposants politiques dans des régimes bien plus autoritaires. Il ne s’agit bien entendu pas de dire que nous vivons dans un régime dictatorial, gardons-nous des simplifications et des raccourcis hâtifs, mais là encore il s’agit d’être conséquent avec ces notions là et de sortir du manichéisme et du simplisme ambiant voulant que nous soyons soit en régime démocratique soit en régime dictatorial. L’extension du domaine autoritaire que nous vivons depuis des décennies et qui s’est accéléré ces derniers mois a pour symptôme évident (parmi bien d’autres) cette volonté d’ostraciser les oppositions politiques avec le dévoiement de la notion de radicalité. A l’heure où l’urgence est de plus en plus pressante et où le capitalisme est chaque jour plus prédateur ou vorace, il devient primordial d’être radicaux et de nous attaquer aux racines de tous les problèmes économiques et sociaux, le capitalisme.

Crédits photo: France info

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