L’articulation production-redistribution en quelques lignes

S’il y a bien un processus argumentaire qui rassemble presque l’ensemble des laudateurs du système économique actuel, c’est bien celui articulant la production et la redistribution. Pour être plus précis, cette carte est souvent la dernière brandie par les capitalistes dès lors que le débat commence à porter sur la question de la redistribution des richesses. Après avoir critiqué vigoureusement toute défense de ladite redistribution, l’étape suivante est souvent celle qui explique qu’avant de pouvoir redistribuer, il faut produire – la métaphore souvent utilisée étant celle du gâteau qui doit être gros pour être partagé. Une telle position vise bien évidemment à faire passer pour une concession ce qui n’est en réalité que la défense de l’ordre déjà établi – toute ressemblance avec un retrait « provisoire » d’un quelconque âge pivot n’a évidemment rien de fortuit.

Le plus dramatique dans la défense de cette articulation production-redistribution est sans conteste que le simplisme de l’argumentaire tend à convaincre par moments des personnes qui n’ont absolument aucun intérêt à défendre un tel système. Il devient donc urgent de déconstruire cet argument qui a tout d’une fable. Outre la philosophie souffrance/récompense que suggère une telle méthode, agiter cet argumentaire revient précisément à déporter le débat pour qu’il ne traite plus la question de la production et de la propriété des moyens de production.

La téléologie de la récompense à mériter

La critique la plus évidente et la plus aisée que l’on peut apporter à un tel argumentaire réside principalement dans le fait que l’articulation production-redistribution que l’on nous propose n’est finalement qu’un écho à la très vieille construction postulant qu’il faut d’abord souffrir avant d’obtenir une récompense. Dans cette optique, le néolibéralisme n’a fait qu’accentuer cette dynamique en surinvestissant la notion de mérite et de responsabilité individuelle. Dans la logique qui veut qu’il faille d’abord produire pour ensuite redistribuer est en réalité incluse une autre logique, bien plus pernicieuse, qui postule que certains doivent souffrir avant de recevoir la récompense.

Certains, la précision est importante. Effectivement, si le postulat semble mettre tout le monde sur le même pied d’égalité et expliquer qu’avant d’avoir à redistribuer, il faut produire, celui-ci se garde bien d’aborder la question de l’identité des producteurs. En somme, il est demandé à certains, les travailleurs, de d’abord produire pour ensuite jouir de quelques miettes que les propriétaires acceptent de leur laisser. Il n’y a guère de différence entre cette logique délétère et celle de l’Ancien Régime où le clergé et la noblesse culpabilisaient le Tiers Etat en lui expliquant que, pour lui, la vie ne pouvait être que jouissance. Il n’y a d’ailleurs pas de hasard à voir certains arguer que les patrons aussi font des efforts alors même qu’ils ne prennent jamais en exemple les très grands patrons pour soutenir leur argumentaire, un peu comme les pontes du clergé se cachaient derrière le petit curé de campagne pour justifier leur opulence.

La question de la production

Au-delà de cette question philosophique qui, si elle est évidente, me parait secondaire dès lors que l’on aborde les faits d’un point de vue économique, il faut aborder le sujet des modes de production. L’argumentaire postulant qu’il faut d’abord produire pour ensuite redistribuer est, en effet, particulièrement pervers en cela qu’il nous empêche de penser la question de la production en soi. Croire, effectivement, que la notion de redistribution n’est pas déjà incluse dans la manière dont est produite la richesse c’est au choix faire preuve d’une grande naïveté ou d’un grand cynisme. S’il y a tant besoin de redistribution c’est d’ailleurs parce qu’il y a spoliation de la majeure partie de la population dans les processus et moyens de production.

Dès lors, avant même de penser toute articulation entre production et redistribution, c’est à la question de la production qu’il faut s’attaquer. Aussi longtemps qu’une poignée de personnes possèderont les moyens de production et s’arrogeront une part toujours plus croissante des bénéfices générés par ladite production, nous pourrons théoriser tant que nous le souhaiterons sur la redistribution, nous passerons à côté du vrai sujet. Plutôt que d’espérer vainement qu’un barrage placé bien en aval de la source d’eau permette enfin une distribution juste et équitable des richesses, c’est directement en amont qu’il faut agir, donc sur la propriété des moyens de production qui, seule, détermine la réelle part de distribution et in fine de redistribution. Parce que, en réalité, si la spoliation n’était plus la règle, la nécessité de redistribution serait bien moindre.

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