Les stock-options en quelques lignes

Il y a un peu plus d’un an, alors en plein crise des Gilets jaunes, Emmanuel Macron enjoignait les entreprises à attribuer une prime de 1000€ à leurs salariés. Si cette demande avait été en partie écoutée l’année dernière, ce fut bien moins le cas cette année. En regard de cette mesquinerie à l’égard des travailleurs, il peut être ironique de mettre en avant la volonté de Carlos Ghosn de récupérer sa retraite chapeau après avoir s’être soustrait à la justice japonaise – une action aux prud’hommes est envisagée. Tout ceci met bien en évidence le degré de déconnexion des élites tant économiques que politiques par rapport au quotidien des Français.

Il serait toutefois inexact de se cantonner à la seule élite économique (à savoir ces grands PDG gavés de stock-options et autres parachutes dorés) tant la dynamique s’est accentuée ces dernières décennies. Alors qu’il n’y a pas si longtemps les managers et autres encadrants étaient principalement récompensés par des primes pour leurs bons résultats, bon nombre d’entre eux parmi les entreprises cotées en bourse le sont désormais avec ces fameux stock-options qui, pour résumer très grossièrement, offrent la possibilité à ces managers – le désormais célèbre top management – d’acquérir des actions de leur entreprise à un prix défini à l’avance, de sorte que si le cours de l’action monte les plus-values sont à la fois immédiates et conséquentes.

Acheter des alliés

En passant progressivement de la prime aux stock-options, les actionnaires des entreprises cotées en bourse n’ont finalement rien fait d’autre que de s’acheter des alliés. A un moment où la financiarisation croissante de l’économie s’opérait – nous y reviendrons – rémunérer les managers de la sorte a été une manière de les ancrer à cette financiarisation, une manière de leur dire qu’ils étaient du bon côté de la barrière et de l’histoire. Il faut reconnaître que ce fut là un coup de stratège de réussir à faire croire aux managers qu’ils étaient à la même table que les actionnaires, ce qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler le fait de faire croire aux classes populaires qu’elles font partie des classes moyennes.

En effet, au moment même où le rôle du manager allait être amputé d’un certain nombre de prérogatives avec la montée en puissance des intérêts financiers, il fallait au moins cette tactique pour permettre l’adhésion desdits managers dont les actionnaires ont éminemment besoin pour encadrer les travailleurs. Il s’agit, en d’autres termes, d’une forme de pacte tacite dans lequel la figure du manager accepte de céder à la fois une forme de rétribution symbolique (ce n’est plus lui qui tient réellement les manettes) et une large part de son pouvoir en échange de la promesse d’une autre rétribution symbolique (être accepté à la table des possédants) et de juteuses plus-values à la vente de ses actions.

La prise de pouvoir de la logique financière

D’une certaine manière, l’on pourrait dire que cette volonté acharnée d’embarquer les managers dans cette logique était un moyen, pour les tenants de la financiarisation de l’économie, de camoufler, au moins au départ, les effets d’une telle dynamique. Pour pasticher Lampedusa dans Le Guépard, pour que tout change il fallait que tout reste comme avant. En se protégeant d’une fronde des managers, en les confortant à leur poste quand bien même le vrai lieu de décision n’est plus dans leurs bureaux mais bien plus lointain, les tenants de la logique bourse-actionnaires ont fait en sorte d’imposer la logique financière sans que l’on s’en rende bien compte à temps.

En amarrant les managers à leurs logiques, ils ont effectivement non seulement prévenu tout risque de fronde globale à l’encontre de ce nouveau système mais surtout embarquer lesdits managers dans un tout nouveau système de pensée et de gestion. A la gestion managériale et économique des entreprises a désormais succédé la gestion purement financière si bien que ce qui compte n’est plus tant les résultats concrets mais la valeur de l’action en bourse, désormais seul thermomètre de la bonne (ou mauvaise) santé supposée des entreprises. Et quoi de mieux pour asseoir cette logique que de rémunérer en partie les managers par des actions ? Non seulement ceux-ci se sentent importants mais surtout ils poursuivent désormais la même logique boursière que les actionnaires puisqu’eux aussi sont gagnants si le cours des actions monte. La souris enfermée à jamais dans sa roue en somme.

Crédits photo: ESILV

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