La baisse du consentement à l’impôt en quelques lignes

Le 12 mars dernier, lors de sa première intervention à propos de la crise du Covid-19, Emmanuel Macron s’est lancé dans une espèce d’éloge de l’Etat providence – quelque peu grotesque si on la compare à la politique menée par le monarque présidentiel depuis son accession à l’Elysée. En affirmant en substance qu’il y avait des secteurs qui ne devaient pas être soumis à l’économie marchande mais rester dans le giron de l’Etat, il a tenté de se placer en défenseur de certains services publics. En parallèle, depuis le début du confinement un certain nombre de Françaises et de Français sortent applaudir les personnels soignants à 20h tous les soirs, sur le modèle de ce qui se fait en Italie depuis le début de la crise.

La période que nous traversons fait l’office d’une forme de renversement – pour le moment symbolique – par rapport au discours habituellement tenu par les classes dirigeantes et la plupart des médias dominants, à savoir que les personnes importantes et qui récoltent les lauriers sont aujourd’hui celles qui ont un rôle socialement positif dans la société. Fini le temps de « ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien » pour le moment ou encore la fustigation de la dette supposément créée par l’hôpital et le personnel soignant. Tout ceci nous rappelle à quel point la stratégie de ces dernières décennies fondées sur la volonté de faire croire à tout le monde qu’impôts et services publics sont néfastes aboutit à la dramatique baisse du consentement à l’impôt et à toutes ses conséquences mortifères.

Les charmes du matraquage

52% du PIB en dépenses publiques, voilà sans doute l’un des chiffres que nous entendons le plus dès lors qu’il s’agit d’évoquer le système social français. Tous les pouvoirs depuis des décennies n’ont eu de cesse d’expliquer qu’il fallait faire baisser ce chiffre qui serait une anomalie dans le monde actuel. Pour ce faire, nombreux sont ceux à expliquer que si ce chiffre baisse, la pression fiscale sur les ménages français pourra baisser sur les Français. Sarkozy, Hollande, Macron, tous se sont échinés à expliquer qu’il fallait diminuer les impôts, bien aidés en cela par certains médias, en tête desquels Le Point, tout acquis à cette logique de baisse d’impôts.

Le vocabulaire n’est évidemment pas le même d’un président à l’autre, de même que les mesures mais l’objectif final est bien identique, mettre à mal le modèle social français en promettant aux habitants du pays un gain de pouvoir d’achat grâce à la baisse des impôts : « travailler plus pour gagner plus » pour l’un, « choc fiscal » pour l’autre ou encore instauration d’une flat tax et suppression de l’ISF pour le dernier, tout le « storytelling » comme aime à l’appeler les armées de consultants en communication autour de l’imposition est fortement imprégnée d’une logique punitive. Il n’y a donc guère de surprise à voir cette baisse du consentement à l’impôt s’enraciner et ce d’autant plus si on ajoute à cela la déliquescence des services publics que le pouvoir se propose de combler en recourant à l’appel aux dons désormais, l’Etat fait mendiant en somme.

Casse des services publics et cercle vicieux

Une érosion du consentement à l’impôt n’est effectivement totale que lorsque que même les classes moyennes inférieures et/ou les classes populaires se rallient à cette position. De tous temps ou presque, les plus riches de la société ont été rétifs à l’imposition et se sont battus pour obtenir sa suppression. Le véritable danger apparait lorsque même les personnes qui ont tout à gagner d’un impôt redistributif s’en détourne. A ce dessein, la casse des services publics est un formidable outil pour les pouvoirs successifs en cela qu’elle permet de mettre en place une sorte de cercle vicieux au sein de ces populations.

En perdant complètement le sens de l’impôt puisque les services publics que celui-ci est censé financer désertent les zones les plus dominées de la société et qu’une bonne partie de ceux restant n’ont plus les moyens de fonctionner correctement, l’on génère une grande frustration au sein de la population se demandant effectivement à quoi servent les impôts qui lui sont prélevés. Dans cette logique de cercle vicieux, plus les services publics se dégradent – à la suite de choix budgétaires sciemment mis en place par les pouvoirs – plus le consentement à l’impôt diminue et ainsi de suite, les pouvoirs en place trouvant dans l’érosion du consentement à l’impôt la justification pour mettre toujours plus à mal les services publics. Au-delà de la simple question de l’impôt et des services publics (qui n’a en réalité rien de simple, on l’aura compris), cette folle logique joue le rôle de catalyseur de la fracture sociale et de l’imposition du tous contre chacun. C’est donc bien face à une offensive globale que nous nous tenons depuis des décennies, une volonté d’instaurer une société fondée sur l’individualisme exacerbée et la responsabilité individuelle, deux des mantras du néolibéralisme. Ce n’est pas en applaudissant à 20h tous les soirs que cette logique sera enrayée, une fois la crise derrière nous il faudra imposer à ces semeurs de divisions un autre chemin.

Crédits photo: lerevenu.com

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