Les salles de shoot en quelques lignes

L’entrée du port de Marseille – Paul Signac

Depuis quelques jours et la fin du confinement dans le pays, les débats sur la tenue ou pas du deuxième tour des élections municipales d’ici à la fin juin font rage. Alors que le conseil scientifique a récemment expliqué qu’il était encore trop tôt pour avoir une idée pertinente de la circulation du virus et donc de la possibilité de faire se tenir le scrutin, un certain nombre de maires ou de candidats ont effectivement appelé à l’organisation de ce scrutin avant les vacances d’été. Le corollaire de ces multiples appels est évidemment que d’aucuns ont recommencé à faire campagne.

Parmi les sujets qui vont certainement faire débat dans les grandes villes, l’on trouve en bonne place la question de la sécurité et plus précisément celle des trafics de drogue. Utilisée comme un commode épouvantail par bien des candidats et candidates, cette question est souvent liée à celle des salles de shoot. Prestement présentées par les candidats de droite ou d’extrême-droite comme le symbole du laxisme voire de l’angélisme des mairies de gauche ou apparentées, ces dernières sont pourtant selon moi l’une des manières de lutter contre le fléau d’un certain nombre de drogues dures, en particulier l’héroïne.

Combattre l’addiction

 

L’un des arguments qui revient de manière extrêmement récurrente pour critiquer la mise en place de salles de shoot est assurément celui qui explique qu’ouvrir de telles salles revient plus ou moins à légaliser ces drogues dures. Il me semble que cet argument passe complètement à côté du sujet et de l’intérêt premier de telles salles de shoot. L’on peut, c’est pour moi la solution facile, fustiger les personnes qui se droguent et invoquer la sacro-sainte responsabilité individuelle si chère aux néolibéraux pour expliquer que celles-ci sont des délinquants qui doivent être punis.

On peut également, c’est l’option que je choisis, ne pas voir dans les personnes qui se shootent des coupables mais des victimes. Soumises à une addiction très forte, je ne crois pas qu’elles aient réellement le choix de sortir par elles-mêmes de cet engrenage infernal. Dès lors, pour peu que l’on soit conséquent sur le sujet, si on souhaite vraiment les aider à se défaire de ce poison que constitue ces drogues, ce n’est certainement pas en les laissant livrées à elles-mêmes sous les ponts que les choses s’amélioreront d’un iota. Dans cette optique, les salles de shoot permettent un suivi médical plus facile de ces personnes soumises à une addiction et offrent donc la meilleure des options possibles pour résorber ce problème de santé publique.

 

Des mesures de santé publique

 

Par-delà le suivi des personnes droguées que permettent les salles de shoot, celles-ci sont également à mes yeux un formidable moyen de faire diminuer les risques en termes de santé publique. Laisser les drogués livrés à eux-mêmes et se piquer un peu partout dans des endroits plus ou moins malfamés favorisent effectivement les risques de voir des seringues joncher les trottoirs ou les jardins d’enfants. Si l’on souhaite effectivement éviter que tout un chacun puisse tomber sur ces seringues – avec toutes les conséquences dramatiques que cela peut avoir – alors il devient rapidement évident que les salles de shoot offrent à l’heure actuelle la moins mauvaise des solutions.

De la même manière, permettre à ces personnes de prendre leur dose dans une salle dédiée évite les échanges de seringues et tous les risques de transmissions de maladies par le sang, comme le VIH pour citer l’exemple le plus connu. Il ne s’agit pas ici de dire que la présence des salles de shoot marche aujourd’hui parfaitement, il peut y avoir quelques ratés mais plutôt que d’appeler à la disparition de celles-ci il serait bien plus responsable à mes yeux de tout faire pour minimiser au maximum les risques tant pour les drogués que pour la communauté. Derrière ces débats entre bien commun et confort personnel, se niche bien évidemment le syndrome NIMBY – pour Not In My BackYard ou ‘pas dans mon jardin’ dans la langue de Molière – qui désigne l’attitude consistant à ne pas vouloir d’une infrastructure ou technologie bénéfique pour la collectivité mais qui peut générer des nuisances (aéroports, décharge et donc salles de shoot par exemple).

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