Les conquis sociaux en quelques lignes

La Mémoire De Boris Mikhaïlovitch Koustodiev – Boris Kustodiev

Stoppée nette par la pandémie du Covid-19, la réforme des retraites, défendue par le pouvoir en place et tout ce que ce pays compte de néolibéraux, pourrait bien revenir par la fenêtre avec la fin de la crise sanitaire. À en croire certains médias et à entendre les interventions des députés LREM qui écument les plateaux télé, l’objectif d’Emmanuel Macron et de sa majorité parlementaire fantoche est bien celui de tout de même mettre en place une réforme vertement critiquée et ayant largement mobilisé contre elle. Nous sommes bien loin d’un quelconque virage social que d’aucuns tentent de nous vendre ou même de la moindre inflexion d’un pouvoir qui ne mène rien d’autre qu’une politique de classe.

Face à cette offensive globale qui a toutes les chances de se remettre à fonctionner à plein régime aussitôt que la crise sanitaire sera dépassée, la lutte est bien évidemment la seule option si l’on souhaite conserver ce conquis social que sont les retraites par répartition. Trop souvent, les médias dits dominants et même les sphères de la gauche ont tendance à appeler « acquis sociaux » les éléments qui constituent le modèle social français. Il me semble qu’il est plus que temps de récuser cette appellation qui incite, je crois, à s’endormir sur nos lauriers et nie totalement le caractère éminemment conflictuel des périodes où ces conquis ont été arrachés au patronat.

À l’école de la lutte

À chaque fois qu’un mouvement social se met en place, la propagande du pouvoir suit en s’appuyant sur un certain nombre de relais médiatique au premier rang desquels les éditorialistes chiens de garde. L’on nous explique alors que les personnes qui se lèvent pour lutter contre les mesures mises en place ne sont que d’affreux violents et que ce n’est pas comme ça que fonctionnent les choses, que ce n’est pas la rue qui gouverne selon l’expression désormais consacrée dans les cénacles du pouvoir. Le plus dramatique est assurément que cette stratégie fonctionne très bien et parvient – même si, bien heureusement, c’est de moins en moins le cas – à diviser les membres du mouvement social (principalement entre les « casseurs » et les autres).

Par-delà le grand cynisme de cette stratégie, cynisme qui ne surprend plus personne, toute son architecture repose sur un mensonge manifeste. Dire que le système représentatif se résume uniquement à une élection tous les cinq ou six ans et que ce n’est pas par la rue ou la violence que l’on obtient des avancées sociales est un contre-sens historique. Sans remonter à la révolution de 1848 qui a instauré le suffrage universel masculin, les principales avancées sociales sur le dernier siècle ont été le fruit de mobilisations qui débordaient très largement du cadre parlementaire. Si le Front Populaire est allé aussi loin en 1936 (bien plus loin que ce que son programme ne le prévoyait) et que le patronat a lâché, c’est uniquement en raison de la grande grève avec occupation d’usine qui a suivi les élections. Je ne reviens pas ici sur la question de la Sécurité sociale que j’ai traitée la semaine dernière mais en mai 1968, les accords de Grenelle sont le fruit non pas d’un simple mouvement étudiant comme aimeraient le faire croire les pouvoirs successifs mais d’une des plus grandes grève générale de l’histoire.

Des conquis à protéger

L’autre principal problème à mes yeux de la dénomination « acquis sociaux » est assurément qu’elle fait penser que ces éléments de progrès social seraient là de manière perpétuelle. L’on voit bien depuis le virage néolibéral qu’il n’en est rien et depuis des décennies les pouvoirs successifs se sont échinés à mettre à mal ces progrès sociaux. S’il est absurde d’un point de vue social et historique de dire que les droits sociaux sont moins élevés aujourd’hui qu’il y a un siècle, il est évident que depuis ce virage il y a un franc recul des droits sociaux, recul dont le quinquennat Macron est actuellement le paroxysme.

Les conquis sociaux ont été arrachés par la lutte, parfois très violente et pour les défendre c’est également la voie à emprunter selon moi. Selon l’expression de Romaric Godin c’est à une véritable guerre sociale que nous assistons et si la mandature de l’actuel monarque présidentiel est aussi violente c’est bien parce que le grand patronat et la droite dans son ensemble veulent prendre leur revanche sur le CNR et les avancées sociales qu’a connues le pays durant la deuxième moitié du XXème siècle. Plus globalement, il faut, je crois, repartir à l’offensive et arrêter de se contenter de luttes défensives qui n’aboutissent même pas sur des victoires. En luttant nous pouvons perdre, en ne luttant pas nous sommes déjà perdus.

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