Le revenu universel en quelques lignes

Au fil des derniers billets publiés sur le blog, j’ai abordé, au moins en creux, la question du revenu universel. Tant en parlant du salaire à la qualification ou en évoquant les conséquences possibles de la montée en puissance de la robotique, j’ai utilisé le concept de revenu universel tout en le critiquant. C’est précisément pourquoi il me parait important de l’aborder désormais en tant que tel afin de déconstruire l’idée assez répandue à gauche voulant que le revenu universel serait une sorte de panacée en cela qu’il permettrait de donner des leviers de négociations accrus à chacun pour obtenir un meilleur salaire ou exercer le métier qui lui plait.

Principalement porté par Benoit Hamon depuis maintenant un peu plus de deux ans, le revenu universel a été mis en œuvre à toute petite échelle dans différents pays. S’il est encore trop tôt pour tirer une conclusion de ces expérimentations, je crois qu’il est en revanche plus que temps d’aborder les prémisses tant philosophiques qu’économiques de ce concept tout en tâchant de démontrer à quel point le revenu universel, loin d’être une panacée, pourrait bien être la marque de la défaite définitive des forces de gauches et le triomphe absolu de ce capitalisme néolibéral financiarisé qui ne manquera certainement pas de saisir l’aubaine.

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Le salaire à la qualification en quelques lignes

Tout au long de la campagne présidentielle de 2017, la proposition de Benoît Hamon visant à instaurer un revenu universel a été l’un des forts polarisateurs du débat. Bien qu’il n’ait recueilli qu’un peu plus de 6% des suffrages exprimés lors du 1er tour, le candidat alors étiqueté PS a été l’un de ceux qui ont amené sur le devant de la scène un certain nombre de sujet important, notamment celui de la redéfinition du travail à venir avec l’émergence de la robotique notamment. Si le revenu universel est, selon moi, une impasse (je reviendrai sur ce sujet dans un prochain billet), le débat à propos de la manière d’envisager le travail et sa rémunération est particulièrement intéressant.

Plus sensible aux thèses de Bernard Friot, je crois que le revenu universel en plus d’être une impasse et un piège qui nous éloigne d’une véritable révolution du salariat capable de mettre à mal le régime capitaliste. C’est pourquoi je suis bien plus favorable à la mise en place d’un salaire à la qualification que défend le sociologue et économiste tout au long de son œuvre et plus particulièrement dans l’ouvrage d’entretiens Emanciper le travail. Cela d’autant plus qu’une telle révolution peut se fonder sur l’existant.

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Vers la fin du capitalisme ?

Il y a deux ans, au moment de la campagne pour l’élection présidentielle, Benoît Hamon a décidé d’axer l’ensemble de sa campagne ou presque sur le bouleversement que représentent selon lui la robotisation et la montée en puissance de l’intelligence artificielle. Ledit bouleversement est tout à la fois sociétal et économique, en cela qu’il représente, à n’en pas douter, l’un des défis les plus complexes qu’a eu à affronter la civilisation humaine depuis longtemps. Raillé pour sa proposition d’instauration d’une taxe robot, vilipendé tant à sa gauche qu’à sa droite lorsqu’il a évoqué l’instauration d’un revenu universel d’activité (il y aurait des milliers de lignes à écrire sur ce seul sujet), le candidat socialiste à l’élection présidentielle n’a guère été pris au sérieux sur ce sujet et son score famélique à l’issue du premier tour a justifié, selon certains, le fait de ranger au placard les problématiques qu’il avait évoquées.

Si je suis loin d’être en phase avec le positionnement politique global de Benoît Hamon, il me parait plus qu’intéressant de se plonger dans la grille de lecture qu’il a proposée par rapport à ces questions de robotisation et d’intelligence artificielle dans la mesure où elles me semblent être primordiales pour penser le futur et notamment le remodelage du système économique en place depuis des siècles, le capitalisme. Bien que relativement peu ambitieuses, les mesures proposées par le désormais président de Générations fournissent un point de départ intéressant pour réfléchir aux implications à venir de ce qu’il faut bien placer sous le vocable de révolution. Plus précisément, il me parait évident que le capitalisme est voué à disparaitre sous les coups de boutoir de cette révolution puisque celle-ci met à mal l’un de ses fondements, la dissociation entre la propriété du capital et du travail.

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La confusion antisionisme-antisémitisme en quelques lignes

Il y a quelques semaines, peu après l’agression subie par Alain Finkielkraut en marge d’une manifestation, Emmanuel Macron annonçait lors du diner du CRIF sa volonté de faire de l’antisionisme un délit. S’inscrivant ainsi dans la droite lignée de nombreux politiques ayant porté cette idée – Manuel Valls en tête – le locataire de l’Elysée tentait une nouvelle fois de surfer sur un fait divers pour donner l’image d’un homme d’action. Alors que la bande de Gaza est actuellement sous les feux de l’armée israélienne et que Benyamin Netanyahu est de plus en plus proche des idéologies les plus extrêmes, il y a de fortes chances que le débat surgisse à nouveau.

Le cirque autour de l’antisionisme transformé en antisémitisme est effectivement l’une des armes les plus utilisées par tous les défenseurs de la politique d’extrême-droite israélienne, notamment par l’AIPAC, le lobby israélien aux Etats-Unis que le site Orient XXI a bien contribué à déconstruire en diffusant un documentaire magistral sur le sujet. En tentant de criminaliser les idées politiques représentées par l’antisionisme, les zélés de la colonisation israélienne n’ont pas d’autre objectif que d’empêcher toute critique de la politique menée par Netanyahu et ses sbires, ce qui n’est pas sans engendrer de nombreux effets pervers.

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Nocivité du mécénat, le symptôme Notre-Dame-de-Paris

Il y a une dizaine de jours, sous les yeux à la fois médusés et effrayés d’un certain nombre de personnes – il n’y avait qu’à voir les quais de Paris envahis par les passants – en France et un peu partout en Europe, la cathédrale Notre-Dame prenait feu. Ce qui aurait pu n’être qu’une péripétie rapidement effacée par l’allocution alors prévue par Emmanuel Macron pour faire suite au grand débat s’est transformée en moment de grande dramaturgie quand la flèche de l’édifice s’est écroulée et que les sapeurs-pompiers de Paris ont exprimé leurs craintes quant à la possibilité d’un effondrement des deux beffrois de la cathédrale. Sautant sur l’occasion, le monarque présidentiel a surjoué la solennité et l’émotion, un peu comme si un attentat avait frappé le pays.

Dans les jours qui ont suivi, après que les sapeurs-pompiers ont réussi à circonscrire l’incendie et à limiter les dégâts – que les hommages leurs soient rendus – une course proprement indécente aux dons a vu le jour dans les cercles des grandes fortunes. Pinault, Arnault, Total, Bouygues, bien nombreux ont été les personnes ou entreprises les plus riches de ce pays à accourir pour participer aux différentes cagnottes mises en place pour financer la restauration de l’édifice. Atteignant rapidement plusieurs centaines de millions d’€, ces dons ont, me semble-t-il, agi comme une forme de franchissement de seuil, de la même sorte que ceux que Frédéric Lordon met en avant dans son excellent Les Affects de la politique. En se précipitant au chevet d’un édifice, certes historique et symbolique mais un édifice tout de même, toutes ces grandes fortunes n’ont fait que démontrer à quel point la problématique du mécénat et de son usage par les puissants était importante en cela qu’elle charrie de nombreuses questions centrales, allant de la question de l’imposition à celle du recul de l’Etat en passant par bien d’autres encore.

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La lutte contre les inégalités salariales en quelques lignes

Il y a quelques semaines, l’affaire de la Ligue du LOL a secoué le journalisme français. Bien que les victimes des membres de la fameuse ligue aient également été des hommes, le sexisme primaire régnant dans les attaques nous a rappelé que bien des mois après la vague #MeToo, beaucoup de choses restaient à faire sur le sujet de la discrimination relative au sexe. Ce sexisme n’est bien entendu pas l’apanage de la France et le patriarcat demeure bien en place partout sur la planète si l’on s’intéresse un peu à la question.

Il y a, bien entendu, la question des agressions sexuelles, des viols, du harcèlement qui demeurent prégnants et l’une des preuves du système patriarcal en place. Mais pour aller plus en profondeur et parler justement de ce système il convient, me semble-t-il, de s’attaquer à la matrice même de l’inégalité entre les hommes et les femmes dans la société capitaliste, à savoir l’inégalité de salaires. Il est donc une impérieuse nécessité de lutter contre ces inégalités en se gardant bien de faire fausse route, chose que nous faisons malheureusement souvent. Ceci implique d’assumer le fait de défendre un changement systémique à l’échelle de la société.

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Les Décodeurs ou le symbole de la presse chienne de garde

Chaque année, plusieurs institutions choisissent leur mot de l’année. Si les mots choisis sont parfois des termes assez ésotériques qui n’évoquent pas grand chose à la majorité de la population, il arrive aussi que ces institutions décident de mettre en avant des termes qui, pour le coup, sont largement compréhensibles par le plus grand nombre. En 2017, le dictionnaire Collins a fait ce choix-là en décernant le titre de mot de l’année au terme fake news. Très largement utilisée par Donald Jr. Trump durant sa campagne présidentielle aux Etats-Unis, le terme de fake news s’est répandu comme une trainée de poudre depuis quelques années si bien que d’aucuns nous expliquent désormais que celles-ci représentent la principale menace qui pèse sur les démocraties dites libérales.

Il y a quelque chose d’assez ironique à voir la plupart des médias dominants en France reprendre ce terme pour parler des mensonges. Tout se passe en effet comme si dire fake news était à la fois plus moderne et plus pudique, une manière euphémique de parler de mensonges en somme. En France, cette importance nouvelle accordée aux fake news par de nombreux médias s’est traduite par l’apparition progressive du fact checking, cette pratique visant à vérifier tel ou tel propos. Si Le Monde a été un pionnier dans cette dynamique en créant dès 2014 sa rubrique des Décodeurs, de nombreux médias ont suivi cet exemple. Ce qui, au départ, était présenté comme un moyen de tordre le coup aux mensonges s’est pourtant rapidement révélé être un moyen nouveau de normaliser le monde de la presse en excommuniant ceux qui ne pensaient pas comme la doxa néolibérale l’exige. A cet égard, l’apparition du Décodex en 2017 fait figure de symbole puissant.

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