L’uberisation en quelques lignes

Dans quelques jours entrera en vigueur la réforme de l’assurance chômage. Malgré la véritable mise en pièce du système social français que représente cette réforme, celle-ci n’a fait que peu débat dans la société lors de son étude par le Parlement. Il y a fort à parier qu’il en sera bien différent avec sa mise en place tant celle-ci va frapper durement les plus précaires et dominés de notre société ainsi que l’a si bien mis en avant Mediapart dans un article fleuve présentant les effets de ce changement de modèle. En parallèle de cette réforme, le gouvernement et sa majorité nous expliquent que comme le chômage baisse – en réalité il n’y a que la catégorie A qui baisse, bien plus sous l’effet d’une baisse des inscriptions et d’une augmentation des radiations que sous celui d’une quelconque reprise économique – il est tout à fait normal de durcir les conditions d’accès à l’assurance chômage.

Il n’est, dès lors, pas absurde de penser que la mise en place d’une telle réforme a de quoi satisfaire toutes les plateformes diverses et variées qui fonctionnent sur le modèle du recours aux autoentrepreneurs, ce que l’on place depuis des années sous le vocable d’uberisation. La forte augmentation de la précarité et de la pauvreté à prévoir avec le changement de modèle de l’assurance chômage a effectivement toutes les chances d’aboutir sur une explosion des emplois qui ont tout de l’exploitation et notamment ce retour du travail à la tâche constitué par toutes ces plateformes.

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La toujours très actuelle lutte des classes

Il y a quelques jours, dans le cadre d’un débat sur le projet de réforme – ou plutôt devrions-nous dire de saccage – du système des retraites, Emmanuel Macron a tenu un propos qu’il avait déjà eu il y a quelques temps au moment de la campagne présidentielle. Interrogé sur la question de la pénibilité de certains métiers, le monarque présidentiel a effectivement expliqué qu’il n’aimait pas vraiment ce terme parce qu’en substance, celui-ci suggérerait que le travail puisse être pénible. Par-delà la portée évidemment provocatrice d’un tel propos se niche, à mon sens, une vision globale du monde. En rejetant avec véhémence cette notion, le locataire de l’Elysée ne se prête pas seulement à un exercice de novlangue au sens orwellien du terme, il affirme avec aplomb sa position sur la question de l’organisation de la société.

Expliquer que cela dérange que l’on pense qu’un travail puisse être pénible dépasse, en effet, le simple cadre de la réforme du système de retraite et la question de l’aménagement de celui-ci selon les types de métiers. Cela postule une certaine vision du monde où le travail marchand est vu comme une sinécure et non pas le fruit d’un antagonisme entre celui qui vend sa force de travail et celui qui possède les moyens de production, il s’agit en somme de nier purement et simplement le concept même de lutte des classes. Ce faisant, Emmanuel Macron ne fait que se placer dans la lignée du consensus de Washington – l’autre nom du joug néolibéral – et de la théorie de la fin de l’Histoire nous expliquant qu’après la chute de l’URSS, le capitalisme est l’horizon indépassable et que le concept des luttes des classes est désormais suranné. Je crois, à l’exact opposé de ce postulat, que la lutte des classes est encore (et peut-être plus que jamais) présente même si elle semble avoir muté.

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La flat tax en quelques lignes

Il y a quelques jours, nous apprenions que les inégalités et la pauvreté avaient progressé en France durant l’année 2018. Loin d’être anodine, cette progression est même l’une des plus fortes de l’histoire depuis qu’on la calcule en ce qui concerne les inégalités puisque le coefficient de Gini – l’un des indicateurs de l’inégalité dans les sociétés (qui va de 0 à 1, 0 étant l’égalité parfaite, 1 l’inégalité parfaite) – avait augmenté comme presque jamais. Les seules fois où la hausse a été aussi ou plus élevée que lors de l’année dernière, c’est lors de crise (celle de la bulle internet ou les conséquences de la crise des subprimes couplée à celle de l’euro). Dans cette hausse des inégalités et de la pauvreté, même s’il s’en défend, Emmanuel Macron est le principal responsable.

Evidemment, en bon néolibéral, le monarque présidentiel nous explique qu’il faut approfondir ses réformes structurelles pour voir les effets bénéfiques de sa politique mais la réalité est toute autre. C’est bel et bien sa politique en faveur des très riches couplée à des mesures frappant de plein fouet les classes les plus populaires de notre société qui ont abouti à un tel constat en 2018. Parmi les outils de la politique macronienne, la politique fiscale n’est pas la moindre des raisons expliquant cette forte progression des inégalités, en particulier l’instauration d’une flat tax, ou prélèvement forfaitaire unique, sur les revenus du capitaux.

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Les conditions du pire (à propos de Mickaël Harpon et de l’hystérie française)

Le 3 octobre dernier, la France était une nouvelle fois saisie de stupeur et d’horreur lorsqu’un fonctionnaire de la préfecture de police, Mickaël Harpon, a attaqué au couteau certains de ses collègues et tué quatre personnes avant d’être abattu. Si les circonstances exactes n’étaient pas encore totalement déterminées – des doutes subsistent d’ailleurs encore aujourd’hui – l’état de sidération a été grand dans le pays. Après les douloureux et terribles attentats de 2015 qui avaient installé la possibilité d’attentats d’ampleur sur le territoire français puis celui de Nice en 2016 qui a élargi les zones menacées à toute la France, cette attaque de la préfecture de Paris, commise par un membre ayant accès à des informations plus que sensibles, matérialise la pire crainte des services secrets français, celle d’être infiltrée et intoxiquée.

Quand bien même toute la clarté n’a pas été faite sur ce qu’il s’est produit à la préfecture de Paris – les commissions d’enquête permettront, espérons-le, d’avancer ce travail de clarification – une forme d’hystérie s’est emparée du pays et de ses irresponsables responsables politiques. De Macron à Castaner en passant par les multiples sorties outrancières de personnes issues de tout l’échiquier politique ou presque, il est euphémique de dire que la France actuelle a l’air bien usée et prête à sombrer dans une forme de folie vengeresse qui ne peut qu’aboutir au pire. Se faisant face, les actes de violence ou de terrorisme issus de Daech et de ses avatars d’une part et les condamnations profondes, nombreuses, haineuses, racistes de toute une partie de la France à l’égard des musulmans ou des personnes apparentées comme telle nous enferment progressivement dans une mâchoire d’airain absolument effrayante en cela qu’elle concourt à mettre en place les conditions du pire.

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Les réformes structurelles en quelques lignes

Voilà quelques années que la France est prise dans le tourbillon des réformes structurelles, ce fameux mantra néolibéral. Il serait certes injuste de faire peser toute la responsabilité sur Emmanuel Macron – la fin du mandat de François Hollande et la loi El Khomri notamment ont toute leur part dans ce basculement – mais il est indéniable que depuis l’arrivée du nouveau monarque présidentiel le mouvement s’est accéléré et accentué. Attaque frontale du statut des cheminots, détricotage du principe même de l’assurance-chômage, volonté de bouleverser de manière radicale le système de retraite, privatisations à foison, c’est peu dire que l’ère Macron est un ouragan antisocial qui nous frappe de plein fouet, une sorte de revanche de la technocratie néolibérale et de la bourgeoisie par rapport à tous les conquis post Deuxième guerre mondiale comme l’écrit brillamment Romaric Godin dans La Guerre sociale en France.

A chaque fois que sa politique est remise en cause, Emmanuel Macron (accompagné de son odieux gouvernement et de sa majorité fantoche) s’insurge et explique qu’il mène cette politique pour le bien de la France et des Français afin de libérer l’économie du pays et lui permettre de retrouver une croissance vigoureuse. Il n’est guère surprenant de se retrouver en face de cet argumentaire dans la mesure où c’est celui qui est systématiquement utilisé par les néolibéraux. Le principal outil, en même temps que l’un des pièges sémantiques les plus utilisés, est assurément le concept de réforme structurelle. L’on nous explique alors qu’il faut faire ces réformes parce qu’elles sont nécessaires. Pourquoi le sont-elles ? Parce qu’elles le sont, voilà en somme la réponse donnée dans une forme de tautologie absurde. Il convient urgemment de déconstruire ce concept qui, au fur et à mesure, s’est transformé en une sorte de totem.

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Jacques Chirac, Lubrizol et l’autre France

Il arrive parfois qu’au détour d’un évènement isolé l’on prenne tout à coup conscience de logiques qui lui préexistaient mais qui se retrouvent dès lors jetées en pleine lumière. Pour reprendre les mots brillants de Frédéric Lordon dans Les Affects de la politique il est des franchissements de seuils qui précipitent des changements d’ampleur ou tout du moins une prise de conscience plus importante. En d’autres termes, ce n’est souvent que lorsque les éléments deviennent crûment concrets que l’on daigne s’y intéresser : aussi longtemps que l’espionnage généralisé de la NSA est présenté de manière abstraite celle-ci n’est guère pris au sérieux mais dès lors que l’on apprend concrètement que cela signifie que l’agence a potentiellement la capacité d’avoir accès à nos vies intimes alors la prise de conscience intervient.

Il ne me semble pas exagéré de voir dans la concomitance de deux événements récents cette tendance mise à l’œuvre. Il s’agit bien entendu de la mort de Jacques Chirac d’une part et de l’accident industriel de Lubrizol à Rouen qui, hasard du destin, ont eu lieu le même jour comme si tout était fait pour faciliter la démonstration qui va suivre. Pour être plus précis, l’explosion a eu lieu quelques heures avant l’annonce de la mort de l’ex-président ce qui a permis de voir à quelle vitesse la seconde information a éclipsé la première. La disparition de Chirac a effectivement directement occupé l’ensemble des médias français ou presque, au détriment du reste des actualités, pourtant bien lourdes, au même moment.

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La classe moyenne en quelques lignes

A la lecture du budget 2020, il apparait clair que Macron et son gouvernement ont fait de la baisse des impôts pour la classe moyenne l’alpha et l’oméga de leur prétendu virage social. Bien conscients que c’est en faisant adhérer ladite classe moyenne à sa politique que Macron et sa caste ont une chance de se maintenir au pouvoir et de continuer le saccage social en cours, ils tentent par tous les moyens d’obtenir cette adhésion, se plaçant en garant de la préservation de la classe moyenne. Parce que, pour paraphraser Engels et Marx, l’on pourrait dire qu’un spectre hante l’Europe et plus particulièrement la France, celui de la disparition de la classe moyenne.

La classe moyenne semble pourtant avoir tout du mythe, de cet élément un peu fourre-tout au sein duquel tout le monde se retrouve. Pourtant, les contours de ladite classe moyenne sont flous à souhait, ce qui n’est pas un hasard selon moi. La classe moyenne est assurément le meilleur instrument socialement coercitif créé par le capitalisme néolibéral pour contrôler les masses, en particulier les classes populaires. Il est temps de sortir de la caverne et de déconstruire cette fable. Au risque de continuer à s’épuiser en se battant contre des moulins à vents.

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