Quatrevingt-treize ou le tonnerre de la Révolution

Après m’être essayé à la critique littéraire sur des œuvres conséquentes mais pas monumentales (Martin Eden, La Part de l’autre ou encore La Peste), je m’attaque aujourd’hui à une montagne : Quatrevingt-treize de Victor Hugo. Peut-être le plus grand de tous ses romans, assurément le roman à avoir lu si on s’intéresse de près à l’Histoire de France et donc, de facto, à la Révolution, Quatrevingt-treize a une ambition énorme, certains diront démesurée : celle de rendre compte de la Révolution tout en s’engageant dans un plan beaucoup plus idéel, moral et éthique. D’aucuns y verront peut-être de l’hybris mais tout le génie de Victor Hugo est d’avoir cette ambition tout en restant humble vis-à-vis de l’Histoire.

Lantenac, Cimourdain, Gauvain. Voilà les trois personnages centraux de ce roman monumental. Le marquis de Lantenac est l’âme de l’insurrection vendéenne à la tête des partisans de la contre-Révolution. Cimourdain est l’incarnation du stoïcisme et de l’inflexibilité intraitable des délégués de la Convention et du Comité de Salut Public. Gauvain, enfin, neveu de Lantenac et donc noble, a rejoint le peuple et lutte pour la République. Il est également la figure de l’Homme qui place ses idéaux d’égalité et de justice au-dessus de toute autre considération. Tout, ou presque, semble donc opposer les trois protagonistes à l’ouverture du roman. Et pourtant, tout au fil du roman les positions vont fluctuer jusqu’au livre dernier, celui de l’apocalypse.
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Le peuple d’en bas de Jack London

L’avis de la Petite Plume :

Jack London est un mythe, mon auteur de référence. De par sa vie et ses écrits, il ne cesse de me surprendre et de me plonger dans son univers. Jack London n’a pas seulement écrit  » Croc blanc  » et  » L’appel de la forêt « , c’est également l’auteur de nombreuses nouvelles et récits tirés directement ou non de son expérience du grand Nord, de la navigation ou du vagabondage comme  » Martin Eden  » ou  » La route « . Le peuple d’en bas est une nouvelle fois la preuve de la grandeur de Jack London.

Ce livre ressemble davantage à un documentaire d’immersion car l’auteur a fait le choix de vivre durant 6 mois dans les quartiers les plus populaires de Londres, en 1902. L’East end  de la capitale anglaise est, à ce moment, un lieu où la misère est commune est les destins souvent tragiques, touché par une forte mortalité au sein même, à ce moment là, du plus puissant pays du monde. Lire la suite

L’enfant de la lune a rejoint les étoiles

C’est fou comme, par moments, la vie parvient à vous couper le souffle un peu comme un grand coup de poing mis dans la rate. C’est un peu ce que j’ai ressenti lundi soir en apprenant la mort de Sya Styles. Finalement à l’annonce de sa mort, c’est un peu une partie de mon enfance et de mon adolescence qui s’est envolée. En créant la Psy4, Sya Styles et ses compères ont en effet marqué durablement la scène rap marseillaise et produit nombre de classiques dans les années 90 et 2000. Même si leurs derniers albums s’écartaient assez de ce qui fut leur crédo initial, ils resteront comme un groupe de rap important à Marseille.

Sya Styles était l’homme de l’ombre, celui que l’on connaissait le moins mais celui sans quoi rien n’aurait été possible. C’est, effectivement, lui qui a fondé le groupe et c’est lui qui composait les instru sur lesquelles Alonzo, Vincenzo et Soprano se donnaient à cœur joie. Caution musicale du groupe, Sya Styles n’était pas pour autant étranger aux différents thèmes abordés par la Psy4. Ainsi, il a durablement marqué l’univers des DJs rap et sa perte est grande pour le rap français. Lire la suite

Martin Eden ou la défaite de l’individualisme

De Martin Eden, on en entend souvent que c’est un roman autobiographique, très beau, dans lequel Jack London projette sa propre vie. Il y a évidemment de ça. On constate des similitudes troublantes entre les vies de Jack London et de Martin Eden, notamment dans l’itinéraire de la misère au succès ou dans la motivation première de cette élévation sociale, à savoir l’amour porté à une femme. Martin Eden ressemble à Jack London dans ses tentatives forcenées d’être publié et surtout dans les refus qui lui sont opposés au départ. Jack London ressemble à Martin Eden quand il va réclamer avec fracas l’argent qu’un journal lui doit pour une nouvelle.

Toutefois, il me semble qu’il faille voir dans Martin Eden bien plus qu’un simple et beau roman autobiographique. Dans ce livre, Jack London partage, à mon sens, sa philosophie. D’ailleurs, comme l’écrivait si brillamment Camus, une roman n’est-il pas qu’une philosophie mise en image ? A mon sens, Jack London nous livre avec ce roman, considéré à raison comme son chef d’œuvre, sa conviction philosophique la plus profonde : l’individu ne peut l’emporter face à la société. En refusant tous les codes, Martin se condamne à l’échec finalement, échec qui marque, pour Jack London, la défaite ultime de l’individualisme.
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Le rap par-delà les clichés et les simplifications

Le milieu du rap français est en pleine ébullition actuellement. En effet, pas moins de quatre albums ou EP sortent en l’espace de trois semaines : cette frénésie a commencé le 18 mai et la sortie du très attendu Ngrtd de Youssoupha et s’achèvera le 8 juin avec Le Feu, premier album solo de Nekfeu. Entre temps, Médine nous a dévoilé un EP surprise, Démineur, le 25 mai et les deux frères toulousains Bigflo & Oli, la relève du rap français pour beaucoup, ont sorti leur premier album La Cour des grands.

Cette activité intense vient témoigner, s’il le fallait, que le rap, loin d’être mort, est encore bien vivant et reste un milieu extrêmement fécond. On constate, effectivement, que deux de ces productions sont réalisées par de jeunes rappeurs qui sortent leur premier album pour Bigflo & Oli et leur premier album solo pour Nekfeu. Dans le même temps, les poids lourds du monde du rap ne sont pas en reste puisque Youssoupha et Médine compte plus de 10 ans de carrière.

Et pourtant, bien que le rap soit présent en France depuis plus de 20 ans, il n’est toujours pas accepté à sa propre valeur. Beaucoup ne le considèrent pas comme un genre musical à part entière et lui refuse le statut d’art au prétexte qu’il ne serait que violence, haine et inculture.  Lire la suite