Vers la fin du capitalisme ?

Il y a deux ans, au moment de la campagne pour l’élection présidentielle, Benoît Hamon a décidé d’axer l’ensemble de sa campagne ou presque sur le bouleversement que représentent selon lui la robotisation et la montée en puissance de l’intelligence artificielle. Ledit bouleversement est tout à la fois sociétal et économique, en cela qu’il représente, à n’en pas douter, l’un des défis les plus complexes qu’a eu à affronter la civilisation humaine depuis longtemps. Raillé pour sa proposition d’instauration d’une taxe robot, vilipendé tant à sa gauche qu’à sa droite lorsqu’il a évoqué l’instauration d’un revenu universel d’activité (il y aurait des milliers de lignes à écrire sur ce seul sujet), le candidat socialiste à l’élection présidentielle n’a guère été pris au sérieux sur ce sujet et son score famélique à l’issue du premier tour a justifié, selon certains, le fait de ranger au placard les problématiques qu’il avait évoquées.

Si je suis loin d’être en phase avec le positionnement politique global de Benoît Hamon, il me parait plus qu’intéressant de se plonger dans la grille de lecture qu’il a proposée par rapport à ces questions de robotisation et d’intelligence artificielle dans la mesure où elles me semblent être primordiales pour penser le futur et notamment le remodelage du système économique en place depuis des siècles, le capitalisme. Bien que relativement peu ambitieuses, les mesures proposées par le désormais président de Générations fournissent un point de départ intéressant pour réfléchir aux implications à venir de ce qu’il faut bien placer sous le vocable de révolution. Plus précisément, il me parait évident que le capitalisme est voué à disparaitre sous les coups de boutoir de cette révolution puisque celle-ci met à mal l’un de ses fondements, la dissociation entre la propriété du capital et du travail.

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Vingt ans après, un fiasco nommé euro

A quoi reconnait-on un fiasco ? L’on peut bien sûr tirer des bilans longs comme le bras, peser les avantages et les inconvénients puis constater que ces derniers sont largement excédentaires ou encore interroger un large panel de personnes pour juger de la pertinence de telle ou telle mesure. Il est pourtant des sujets qui dépassent allègrement le simple cadre de la rationalité, pour entrer dans la case du symbole. Ainsi en est-il de l’euro, cette monnaie qui devait être l’horizon commun de tous les pays membres de l’Union européenne. A son lancement en effet, l’objectif était bel et bien qu’à terme l’ensemble des adhérents de l’UE finissent par l’adopter. Bien au contraire, la monnaie unique est progressivement devenue le symbole d’une union à plusieurs vitesses au fur et à mesure que des pays le refusaient.

Symboliquement, l’échec est patent. L’on pourrait alors objecter que 19 des pays de l’UE utilisent la monnaie unique et que cela représente une assez large majorité des membres de l’union. Pourtant, le deuxième coup de semonce symbolique contre la monnaie unique est bel et bien que ce qui était présenté comme l’aboutissement de l’union économique et, donc, monétaire vient de fêter ses vingt ans dans un anonymat presque total. Alors même que l’on aurait pu s’attendre à des célébrations en grandes pompes, nous avons assisté à un vingtième anniversaire rabougri, assurément en raison du fait que des célébrations grandiloquentes auraient sonné comme une insulte de plus à l’égard de bien des peuples qui souffrent horriblement de cette monnaie unique désormais considérée par beaucoup comme maudite ou néfaste.

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La privatisation d’ADP, symbole d’une République mise à mal

L’on reconnait certainement les moments charnières d’un point de vue politique au fait qu’ils génèrent, dans le lieu où ils se produisent, une forme de remise en question globale d’éléments qui, en temps normal, ne posent même pas question. D’une certaine manière, lesdits moments sont en partie caractérisés par leur portée totalisante. Le surgissement du mouvement des Gilets jaunes en France – mouvement dont les sources remontent à des décennies – a fait revenir à la surface des débats qui semblaient, sinon éteints, au moins endormis. En faisant l’expérience d’une mobilisation politique accrue, nombreuses sont effectivement les personnes à se ressaisir à nouveau de sujets longtemps oubliés, dans une forme de réminiscence de la campagne sur le référendum européen de 2005.

En réalité, nous assistons depuis des mois à un formidable moment d’éducation populaire et de réappropriation de la politique par des citoyens qu’on avait convaincus de demeurer à l’extérieur des débats en leur expliquant que choisir tous les cinq ou six ans les personnes qui allaient décider pour eux était suffisant. Dans ce bouillonnement politique, la question des privatisations est donc revenue sur le devant de la scène. Principalement adossée à la volonté de privatiser le groupe ADP (anciennement Aéroports de Paris), cette critique profonde de la logique même qui préside à ces privatisations prend de plus en plus d’ampleur, ce qui n’est pas loin d’être une chose salvatrice tant les privatisations (sous toutes leurs formes) mettent à mal l’idée même de République.

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Le séisme Ghosn et ses répliques

C’est une annonce qui a fait l’effet d’une bombe au sein du capitalisme et du grand patronat français. Il faut dire que l’arrestation de Carlos Ghosn ainsi que son placement en détention pour fraude fiscale est un véritable coup de tonnerre dans le monde du CAC 40. Le désormais ancien patron de l’alliance Renault-Nissan était effectivement vu comme l’un des plus grands et des plus solides patrons français. Polyglotte, président aux destinées du plus gros constructeur automobile mondial, bien inséré dans tous les cercles du pouvoir politico-économique et bénéficiant d’une aura ainsi que d’un poids considérables dans son rapport de force avec l’Etat – actionnaire de Renault – Carlos Ghosn était vu comme quasiment intouchable.

S’il ne faut pas exagérer la portée de l’arrestation de l’ancien chef d’entreprise et lui accorder une signification qu’elle n’a pas, il me semble néanmoins que celle-ci en même temps que les réactions suscitées en disent très long sur l’état de notre pays. Evidemment, le Japon n’a pas pour ambition de mettre un terme aux turpitudes du capitalisme et l’éviction de Carlos Ghosn répond bien plus à une volonté de prendre le contrôle sur l’alliance Renault-Nissan – il y a quelques années le METI n’aurait sans doute jamais appuyé une telle révolution de palais – dans une logique de protectionnisme toujours plus exacerbé. Il n’en demeure pas moins que cette séquence est riche d’enseignements. Lire la suite

L’inquiétante érosion du consentement à l’impôt

Depuis plusieurs semaines, le mouvement des gilets jaunes fait la une de l’actualité. Après deux longs papiers consacrés à ce sujet, je crois qu’il convient de revenir sur l’une de ses principales revendications, à savoir la baisse de la fiscalité. Corrélant une hausse du pouvoir d’achat à une baisse de leurs impôts, nombreuses sont désormais les personnes à faire de ladite baisse de l’imposition l’alpha et l’oméga tant de leurs revendications que de leur positionnement politique. Dans le premier papier consacré au mouvement des gilets jaunes, j’évoquais le spectre du boulangisme dans ce mouvement hétéroclite et d’un genre finalement assez nouveau. Il est nécessaire de mieux préciser l’évocation de ce spectre puisque l’un des principaux enseignements de ce mouvement réside à mes yeux dans cette question.

Comme j’ai pu le dire, ce mouvement est hétéroclite et rassemble des colères éparses sur un fond de désespérance de plus en plus profonde dans le pays entre hausse des inégalités et difficulté croissante d’une proportion toujours plus grande des Français à finir le mois. Historiquement, le boulangisme n’était pas vraiment porté par les classes populaires mais bien plutôt par les artisans et les bourgeois dans une sorte de révolte antifiscale qui permettait aisément de ranger le mouvement à la droite de l’échiquier politique. La révolte antifiscale à laquelle nous assistons en ce moment est, me semble-t-il, d’un genre différent en cela qu’elle n’émane pas forcément de bourgeois mais aussi de membres des classes populaires. En ce sens, cette érosion du consentement à l’impôt au sein des classes populaires est tout à la fois le symptôme et la résultante de décennies de néolibéralisme et est, à mon sens, très inquiétante. Lire la suite

De quoi la soi-disant augmentation des salaires est-elle le nom ?

S’il y a bien une étiquette qui colle à la peau d’Emmanuel Macron et de son gouvernement depuis leur arrivée à la tête du pays, c’est celle qui les résume à une caste au service des plus puissants et des plus riches. La suppression de l’ISF, l’instauration d’une flat-tax couplée à la baisse des APL et plus largement à la politique menée par ce gouvernement et cette majorité suffisent à démontrer à quel point nous sommes en face d’un gouvernement de classe qui arrose les plus riches de cette société tout en retirant les miettes aux plus démunis.

Toute la communication du monarque présidentiel et de sa camarilla vise donc depuis un certain temps à arracher cette image de président des riches. Malgré tous les efforts déployés, cette image est là et bien là. La colère qui gronde dans tout le pays est là pour le rappeler ainsi que le fait que Macron semble désormais inaudible pour la plupart de la population. La dernière trouvaille communicationnelle de la caste a donc été de souligner à grand trait la supposée augmentation des salaires qui découlerait d’une baisse des cotisations sociales payées par les salariés. Il va sans dire que derrière l’enfumage d’une telle annonce, se niche en réalité une escroquerie bien sombre. Lire la suite

Le grand enfumage du plan pauvreté

 

La semaine dernière, Emmanuel Macron a enfin présenté son plan pour lutter contre la pauvreté. Maintes fois repoussée pour des raisons diverses et variées – d’aucuns arguant que le bon parcours de l’Equipe de France lors du mondial russe était l’une de ces raisons – la présentation de ce plan était l’une des dernières cartouches du monarque présidentiel et de toute sa camarilla pour décoller cette image de président des riches et de caste au service des puissants qui leur colle à la peau depuis le début du quinquennat. De la suppression de l’ISF à l’instauration d’un taux forfaitaire pour les revenus financiers en passant par la non-remise en cause du verrou de Bercy, il faut dire que toute la politique menée depuis plus d’un an est en direction des plus fortunés de cette société.

C’est donc en grandes pompes que le locataire de l’Elysée a mis en scène la présentation d’un plan visant, selon le slogan affiché en fond de la salle, à « faire plus pour ceux qui ont moins ». Dès l’allocution du monarque passée, toute la clique de La République en Marche s’est empressée de faire le service après-vente en expliquant à quel point leur chef était beau, grand et épris de justice sociale en nous promettant que nous venions d’assister à l’épiphanie d’un président subitement devenu social et dont le combat principal était de lutter contre la pauvreté – quand de notre côté nous ne faisons rien pour lutter contre celle-ci, que nous nous en nourrissons même. Il va sans dire que tout cela n’est qu’une fable. Lire la suite