Le mythe du capitalisme vert

Mardi dernier, nous avons assisté à un débat historique. Le débat entre les 11 candidats demeurera en effet comme le premier (peut-être le seul) débat entre tous les candidats à l’élection présidentielle. Bien que touffu et confus par moments, ce débat m’a semblé être une formidable respiration démocratique à l’heure où le système politique en place essaye – vainement selon moi – de verrouiller les règles du jeu (on pense notamment aux nouvelles règles sur l’égalité du temps de parole). Mardi dernier, sur le plateau de BFM TV et de CNews, ils étaient tous là. Deux femmes et neuf hommes présents pour tenter de montrer pourquoi il/elle était le/la plus à même de diriger la France.

Ils étaient tous présents et pourtant elle était absente. Personne ou presque ne l’a évoquée alors même qu’elle devrait être omniprésente. Déjà lors du premier débat (entre les cinq candidats recueillant le plus d’intention de vote) elle était passée inaperçue. Elle, c’est la question écologique et environnementale, la grande question de notre siècle. Malheureusement pour elle, le triptyque dette-terrorisme-chômage lui a encore volé la vedette, un peu comme si elle n’était qu’une « question de bobo » pour reprendre l’expression de Ruth Elkrief. Durant presque sept heures de débats (en cumulé) jamais ou presque n’aura été abordée cette question ô combien importante, un peu comme si celle-ci ne représentait pas une question politique majeure mais que sa gestion était laissée aux seuls individus. C’est toute cette mythologie qu’il faut prestement déconstruire. Lire la suite

Le sauvetage d’Alstom, la paille et la poutre

Eclipsé depuis par la sortie du livre Un président ne devrait pas dire ça et par le débat de la primaire de droite et du centre, le sauvetage de l’usine Alstom de Belfort avait pourtant fait couler beaucoup d’encre il y a quelques semaines. L’annonce de la fermeture du site par Alstom avait consterné, le plan de sauvetage mis en place par l’Etat a été vertement critiqué. Accusé de sauver le site pour des raisons électoralistes, l’exécutif était bien en peine d’expliquer le pourquoi de sa stratégie quant au sauvetage de ce site. L’opposition s’est, en effet, déchainée après l’annonce du plan de sauvetage de 500 Millions d’€.

Dilapidation d’argent public pour les uns, absence de vision à long terme pour les autres, la décision a trouvé bien peu de défenseurs. Bizarrement, personne ne s’est soucié du sort des Alsthommes qui allaient rapidement se trouver sur le carreau si rien n’avait été fait. Cela est bien symptomatique d’une époque où l’hégémonie néolibérale se fait de plus en plus grande où l’on ne parle que de déficits publics, de résultats électoralistes et de dépenses publiques. En revanche, rien n’a été dit sur la dilapidation d’argent public, bien réelle elle, qu’a été le CICE ou l’absence de vision industrielle dans ce pays. En somme, nous voilà encore une fois face au vieux proverbe de la paille et de la poutre. Lire la suite

Jérôme Kerviel, Icare des temps modernes

Vendredi dernier, la justice a enfin reconnu la responsabilité de la Société Générale dans la fameuse affaire Kerviel. En ramenant l’amende de l’ancien trader de 4,9 Milliards (montant des pertes imputées à Jérôme Kerviel par la Société Générale)  à 1 Million d’euros, le tribunal a fini par souligner que l’ancien trader était loin d’être le seul responsable des pertes colossales subies par la banque. Depuis huit ans et le déclenchement de cette affaire, les principaux protagonistes – à savoir la Société Générale d’un côté et Jérôme Kerviel de l’autre – n’ont eu de cesse de se rejeter la faute dans une espèce de ping-pong un peu malsain. La technique est rôdée et bien connue, il s’agit de noircir l’autre pour mieux se blanchir soi-même.

Depuis 2008, en effet, nous avons vu se succéder les arguments de l’un et des autres, arguments qui affirmaient successivement que la banque ne savait rien ou au contraire que Kerviel agissait avec l’accord au moins tacite de ses supérieurs hiérarchiques. A l’heure où la finance spéculative et le trading de haute fréquence a mis à genoux la Grèce, l’a dépecée et continue de le faire au quotidien – éprouvant chaque jour un peu plus un peuple qui reste digne dans cette épreuve abominable – il ne me paraît pas insensé de rapprocher le parcours de Jérôme Kerviel à un épisode de la mythologie grecque, celui d’Icare. Finalement, n’est-ce pas précisément cela le postmodernisme ? Détruire une partie du passé (ici Athènes et la Grèce Antique) en utilisant contre elle ses propres références. Lire la suite

Lettre ouverte à Robin Rivaton et à tous les idéologues gestionnaires

Mon cher Robin, je dois avouer qu’avant dimanche et le visionnage du replay d’On n’est pas couché, je n’avais jamais entendu parler de vous. Et pourtant – je me suis renseigné depuis – vous êtes régulièrement invité lors d’émissions télévisuelles ou radiophoniques, vous êtes l’une des nouvelles coqueluches économiques et vous acquérez de jour en jour une influence de plus en plus grande chez Les Républicains si bien que beaucoup font le rapprochement entre vous et Gaspard Koenig, l’autre nouveau héraut du libéralisme en France. Vous étiez invité chez Laurent Ruquier pour présenter votre ouvrage Aux Actes dirigeants !, véritable profession de foi d’un libéralisme dont vous déplorez l’absence en France. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ce livre – dont le titre est assez cocasse, j’y reviendrai plus tard – mais votre passage chez Laurent Ruquier ainsi que les informations présentes sur le net m’incite à vous répondre.

Je vous reconnais une qualité indéniable, c’est que vous avancez à visage découvert. Dans un pays où la simple prononciation du mot libéralisme peut faire de vous un ennemi de la nation – il n’y a qu’à voir les contorsions que notre Ministre de l’Economie se contraint à faire pour ne pas avoir à prononcer ce mot, préférant expliquer que son mouvement n’est ni de droite ni de gauche alors qu’il semble surtout ni de gauche ni de gauche – vous affirmez votre doctrine libérale sans fard ni camouflage. Ainsi, vous avez expliqué à Léa Salamé et Yann Moix que la France avait besoin d’une cure libérale afin de mieux se porter à l’avenir. Pour étayer votre propos vous avez pris des exemples aussi variés que le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne en expliquant que ces pays se portaient bien mieux que nous parce qu’ils appliquaient tous des recettes libérales que vous préconisez – allant même jusqu’à expliquer que la réponse à l’extrême-droite était la solution libérale. Lire la suite

Quand est-ce qu’on casse le schéma ?

« Réunis pour améliorer l’état du monde » – commited to improving the state of the world en version originale – telle est la devise du Forum Economique Mondial de Davos qui s’est tenu du 20 au 23 janvier derniers. Cette réunion des plus grandes richesses mondiales, qui se tient en Suisse depuis 45 ans désormais, est devenue peu à peu le lieu de pouvoir au fur et à mesure que l’économie s’est financiarisée et que l’économie a pris le pas sur le politique. Ne voit-on d’ailleurs pas les chefs d’Etats ou de gouvernement se succéder à ce forum dans le but de convaincre les plus grosses entreprises de s’installer dans leur pays ? De dirigeants les voilà transformés en VRP de luxe, contraint de faire des courbettes ou de cracher sur le programme de leur propre parti comme n’a pas hésité à le faire Emmanuel Macron à propos des 35 heures.

En parallèle de cette réunion de luxe rythmée par les ballets de BMW, d’Audi ou autres Mercedes, l’association Oxfam a publié un rapport accablant sur l’état des inégalités dans le monde. L’entre soi constitué par les participants du forum n’a que faire de telles données. Ce rapport – intitulé « Une économie au service des 1% » – fait frémir : il démontre que les 1% les plus riches de la planète possède désormais plus que les 99% restants. Dans le même temps, Oxfam nous apprend que le patrimoine de la moitié la plus pauvre de la population s’est réduit de 41% (soit une baisse de 1000 Milliards de $) quand celui des super riches a progressé de 44% – pour une hausse de 500 Milliards de $. Lire la suite

La technologie au service du profit

Tous les observateurs s’accordent à le dire : nous vivons dans une époque hyper-connectée. D’après une étude de RetailMeNot, près de 55% des Français avaient un smartphone en 2015 et l’on ne compte plus les personnes qui possèdent plusieurs écrans chez eux (entre les télévisions, les tablettes, les smartphones et autres ordinateurs). Plus largement, l’apparition du e-commerce (ou commerce électronique) a constitué une disruption sans précédent dans la manière de vendre tout en induisant un changement profond des modes de consommation. Les entreprises ont pleinement pris la mesure de cette rupture en mettant notamment en place des plans de communication en ligne ou en adoptant des politiques commerciales nouvelles comme le cross canal par exemple.

Toutefois, cette évolution technologique ne me semble pas devoir s’arrêter au simple commerce. Celle-ci va toucher, à terme, tous les pans de la société si bien que notre génération a tout d’une génération de transition : celle de l’utilisation croissante de la technologie dans la vie quotidienne. N’appelle-t-on pas cette génération la génération Y en référence à ce bouleversement qu’elle connaît ? En somme, notre génération exercera sans doute des métiers qui n’existent pas encore de même qu’elle est sans doute formée à des métiers qui n’existeront plus dans une dizaine d’années. La récente annonce de François Hollande de la mise en place pour les chômeurs de formations aux métiers d’avenirs ne fait que confirmer cet état de fait. Ce bouleversement économique et social que ne manquera sans aucun doute de faire advenir cette rupture technologique n’est malheureusement pas porteur que de bonnes nouvelles. Lire la suite

Quel modèle pour demain ?

Voilà sept ans que le monde est en crise. Matin, midi et soir au fil des dépêches AFP, des JT ou autres flash des chaines d’info en continu nous sommes matraqués par la crise, cette hydre à plusieurs têtes que l’on arrive ni à juguler ni même – et c’est sans doute bien plus gênant – à saisir dans toute sa globalité et sa complexité. Nombre d’observateurs et d’analystes tentent d’expliquer en quoi cette crise est conjoncturelle, qu’il suffit de s’attaquer aux conséquences de ladite crise et de rafistoler avec des rustines pour régler le problème et éviter que celui-ci ne se reproduise à l’avenir.

Il me semble que cette crise est bien plus structurelle en réalité. Si l’on s’intéresse à l’histoire économique, on se rend assez vite compte que l’économie est affaire de cycle, tout du moins en Occident. Ainsi, c’est l’oscillation entre libéralisme, au sens large, d’une part et interventionnisme étatique d’autre part qui a permis de juguler les différentes crises économiques rencontrées. Au capitalisme libéral issu de la Révolution Industrielle s’est, en effet, substitué un capitalisme keynésien beaucoup plus interventionniste avec la mise en place de l’Etat Providence. La crise de ce modèle a été jugulée par le retour en force du libéralisme, dans une version encore plus poussée sous l’impulsion de l’Ecole de Chicago. En toute logique, pour régler la crise actuelle il faudrait revenir à un ersatz du modèle keynésien. Or, le problème principal que l’on rencontre est que ce modèle est devenu complétement caduc avec la mondialisation (dans la mesure où mener une politique nationale sans s’occuper du reste de la planète n’est plus possible). Lire la suite