Les réformes structurelles en quelques lignes

Voilà quelques années que la France est prise dans le tourbillon des réformes structurelles, ce fameux mantra néolibéral. Il serait certes injuste de faire peser toute la responsabilité sur Emmanuel Macron – la fin du mandat de François Hollande et la loi El Khomri notamment ont toute leur part dans ce basculement – mais il est indéniable que depuis l’arrivée du nouveau monarque présidentiel le mouvement s’est accéléré et accentué. Attaque frontale du statut des cheminots, détricotage du principe même de l’assurance-chômage, volonté de bouleverser de manière radicale le système de retraite, privatisations à foison, c’est peu dire que l’ère Macron est un ouragan antisocial qui nous frappe de plein fouet, une sorte de revanche de la technocratie néolibérale et de la bourgeoisie par rapport à tous les conquis post Deuxième guerre mondiale comme l’écrit brillamment Romaric Godin dans La Guerre sociale en France.

A chaque fois que sa politique est remise en cause, Emmanuel Macron (accompagné de son odieux gouvernement et de sa majorité fantoche) s’insurge et explique qu’il mène cette politique pour le bien de la France et des Français afin de libérer l’économie du pays et lui permettre de retrouver une croissance vigoureuse. Il n’est guère surprenant de se retrouver en face de cet argumentaire dans la mesure où c’est celui qui est systématiquement utilisé par les néolibéraux. Le principal outil, en même temps que l’un des pièges sémantiques les plus utilisés, est assurément le concept de réforme structurelle. L’on nous explique alors qu’il faut faire ces réformes parce qu’elles sont nécessaires. Pourquoi le sont-elles ? Parce qu’elles le sont, voilà en somme la réponse donnée dans une forme de tautologie absurde. Il convient urgemment de déconstruire ce concept qui, au fur et à mesure, s’est transformé en une sorte de totem.

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La classe moyenne en quelques lignes

A la lecture du budget 2020, il apparait clair que Macron et son gouvernement ont fait de la baisse des impôts pour la classe moyenne l’alpha et l’oméga de leur prétendu virage social. Bien conscients que c’est en faisant adhérer ladite classe moyenne à sa politique que Macron et sa caste ont une chance de se maintenir au pouvoir et de continuer le saccage social en cours, ils tentent par tous les moyens d’obtenir cette adhésion, se plaçant en garant de la préservation de la classe moyenne. Parce que, pour paraphraser Engels et Marx, l’on pourrait dire qu’un spectre hante l’Europe et plus particulièrement la France, celui de la disparition de la classe moyenne.

La classe moyenne semble pourtant avoir tout du mythe, de cet élément un peu fourre-tout au sein duquel tout le monde se retrouve. Pourtant, les contours de ladite classe moyenne sont flous à souhait, ce qui n’est pas un hasard selon moi. La classe moyenne est assurément le meilleur instrument socialement coercitif créé par le capitalisme néolibéral pour contrôler les masses, en particulier les classes populaires. Il est temps de sortir de la caverne et de déconstruire cette fable. Au risque de continuer à s’épuiser en se battant contre des moulins à vents.

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La discrimination positive en quelques lignes

Bien que demeurant une forme de tabou en France – où on lui oppose prestement l’égalité républicaine et la non-différenciation des individus devant la loi (il est d’ailleurs assez intéressant de constater que ce sont bien souvent ceux qui profitent le plus des inégalités qui sont en pointe de cet argumentaire) – le principe de la discrimination positive refait pourtant périodiquement son apparition tantôt au détour d’une interview donnée par tel ou tel intellectuel tantôt parce qu’un candidat décide de l’inscrire a minima dans son programme tantôt parce qu’une école décide d’appliquer une forme de discrimination positive avec l’instauration de quotas ou d’autres mesures dans le genre.

Loin d’être favorable aux inégalités et de penser que celles-ci stimulent tout un chacun comme le pensent les libéraux, je crois pourtant que le principe de la discrimination positive est un grand enfumage en cela qu’il ne permet pas de s’attaquer aux vrais problèmes. Présentée comme un moyen de permettre aux populations les plus dominées d’accéder à telles ou telles études, la discrimination positive est, à mes yeux, bien plus le moyen de verrouiller un ordre social bien établi en faisant miroiter un horizon meilleur à quelques-uns. Il va sans dire qu’il devient plus qu’urgent de déconstruire l’imaginaire qui entoure ce principe dans la mesure où il est, me semble-t-il, un grand piège dans la lutte contre les inégalités.

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La dévaluation monétaire en quelques lignes

Depuis quelques temps, il est devenu courant d’entendre parler de guerre commerciale entre certaines grandes puissances économiques – le cas des tensions sino-étatsuniennes faisant à cet égard figure de symbole – mais il est désormais très rare, pour ne pas dire exceptionnel, de voir se mettre en place des tensions monétaires entre Etats. Il y a, bien entendu, toujours les reproches effectués à l’encontre de la Chine et de son yuan artificiellement sous-évalué mais à l’époque contemporaine, les principales tensions monétaires dont nous entendons parler sont bien plus le fait d’attaques spéculatives sur telle ou telle monnaie (la Turquie en fait d’ailleurs les frais depuis un certain temps). Pour dire les choses autrement, les soubresauts monétaires sont aujourd’hui moins le fait d’une politique volontariste qu’un état de fait subi par les Etats.

Durant longtemps pourtant, les tensions commerciales s’accompagnaient de tensions monétaires parfois plus importantes. L’histoire économique européenne est, par exemple, parcourue de ces guerres monétaires lors desquelles les dévaluations s’enchainaient dans l’objectif de demeurer compétitif sur le marché international. La France, à ce titre, fait figure d’excellent contre-exemple puisque pendant un certain moment celle-ci a mené une politique du franc fort, au prix de conséquences sociales et économiques parfois désastreuses. Faut-il dès lors comprendre que la dévaluation monétaire aurait aujourd’hui cessé d’être un outil pertinent dans le cadre d’une politique économique ?

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Le protectionnisme en quelques lignes

S’il y a bien un sujet qui agite les rubriques politico-économiques depuis quelques temps, il s’agit bien les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis. Présentées comme le prélude à un affrontement généralisé – commercial voire militaire – sur toute la planète, ces tensions semblent être devenues le sujet de préoccupation majeures tant Xi Jinping et Donald Jr. Trump paraissent prêt à tout ou presque pour s’imposer dans cette confrontation. Parallèlement à ces tensions entre les deux premières puissances économiques mondiales, l’air du temps semble être à l’approfondissement rapide des accords de libres échanges (CETA, accord EU-Mercosur, etc.) un peu comme si les tenants du libre échange avaient peur d’un retournement global.

Pour justifier les accords toujours plus nombreux, les laudateurs du libre échange ne cessent effectivement de nous expliquer que celui-ci est le meilleur moyen d’éviter les conflits armés et que l’interdépendance des économies (en réalité la dépendance organisée des économies du Sud pour permettre le maintien de la domination d’une petite partie de la planète) est le garant de la paix. Aussi est-il désormais de bon ton dans la doxa économique dominante de fustiger tous les partisans d’un quelconque protectionnisme en amalgamant toutes les logiques protectionnistes qui sont pourtant souvent contradictoires les unes avec les autres.

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La crise des subprimes en quelques lignes

Alors que semble de plus en plus se profiler une guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis et que celle-ci pourrait bien in fine déboucher sur une lutte sur la dette souveraine étatsunienne en partie détenue par la Chine, le vertige d’une nouvelle crise financière majeure est de nouveau présent dans bien des têtes, ainsi que le soulignent les récents propos de Bernie Sanders sur la dette étudiante aux Etats-Unis. Il y a seulement un peu plus de dix ans, pourtant, l’une des plus grandes crises financières – sinon la plus grande – de l’histoire frappait le monde en partant de l’épicentre étatsunien.

Rapidement propagée partout sur la planète du fait de l’interdépendance croissante des marchés financiers, la crise des subprimes a certainement marqué le début d’une nouvelle ère financière en même temps que le paroxysme d’une logique qui trouve son origine dans le tournant néolibéral des années 1980 et la financiarisation accrue de l’économie. A l’heure où les marchés financiers s’échangent des sommes astronomiques chaque jour, l’économie mondiale est plus que jamais soumise à des risques financiers majeurs, ce qui trouve principalement sa source dans les réponses – ou plutôt devrait-on dire les non-réponses – apportées à la crise des subprimes il y a dix ans, crise préfiguratrice de ce qui pourrait à nouveau se produire.

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Le pacte germano-soviétique en quelques lignes

Si la semaine dernière il a été question du rôle de l’armée rouge durant la Seconde guerre mondiale et de la manière dont celui-ci était occulté par une bonne partie des pays occidentaux, il convient selon moi de revenir quelques années avant l’éclatement de ce conflit pour mieux comprendre à quel point les positions de l’URSS ont été caricaturées dans un but à peine dissimulé de diaboliser la superpuissance à l’orée de la Guerre froide. Evidemment le traitement de l’armée rouge est important en cela qu’occulter son rôle revient à nier à l’URSS sa part dans la libération de l’Europe du joug nazi mais il me semble que toute l’histoire créée notamment par les Etats-Unis, en particulier par Henry Kissinger, à propos du pacte germano-soviétique est le pivot de la stratégie de diabolisation de l’URSS.

C’est effectivement par ce biais que de nombreux arguments de décrédibilisation des Soviétiques ont vu le jour pour mieux expliquer à quel point l’URSS aurait été l’allié de l’Allemagne nazie avant de se faire attaquer et de basculer dans le camp des ennemis des forces de l’Axe. Il est, je crois, très important déconstruire cette fable des accointances entre le régime nazi et les Soviétiques tant celle-ci a des conséquences aujourd’hui encore sur l’appréhension de bien des choses. Plus important encore, toute la chaine de causalités qui a mené à la signature du pacte germano-soviétique est encore à l’œuvre aujourd’hui, entre indifférence et mépris de la part de certains pays occidentaux, en particulier les Etats-Unis, à l’égard de certaines puissances de la planète.

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