La théorie du ruissellement en quelques lignes

La grande vague de Kanagawa – Katsushika Hokusai

Depuis 2017 et son accession au pouvoir, Emmanuel Macron mène une politique de classe et d’attaque en règle contre le modèle social français. Démantèlement progressif des cotisations, destruction méthodique des protections des salariés dans le code du travail, volonté de mettre à mal les retraites, c’est bien à une attaque globale que nous assistons. En parallèle des efforts qu’il impose aux classes populaire et moyenne, le pouvoir accorde avantage sur avantage aux possédants et aux classes supérieures. Instauration d’un prélèvement forfaitaire unique (ou flat tax) sur les revenus du capitaux, suppression de l’ISF et autres cadeaux répondent à un objectif de bien commun si on écoute le monarque présidentiel et ses affidés.

Il y a quelques temps en effet, Monsieur Macron avait expliqué par une métaphore alpine – que bien des alpinistes ont d’ailleurs déconstruite – quelle était la vision qu’il adoptait en menant une telle politique. Evoquant les « premiers de cordée », le successeur de François Hollande avait affirmé que leur tomber dessus revenait à avoir des effets négatifs sur tous les autres, « ceux qui ne sont rien » comme il avait appelé quelques temps auparavant « ceux qui ne réussissent pas ». Cette vision qu’il a explicitée par cette métaphore n’est autre que la théorie du ruissellement (dite du trickle-down en version originale).

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Les salles de shoot en quelques lignes

L’entrée du port de Marseille – Paul Signac

Depuis quelques jours et la fin du confinement dans le pays, les débats sur la tenue ou pas du deuxième tour des élections municipales d’ici à la fin juin font rage. Alors que le conseil scientifique a récemment expliqué qu’il était encore trop tôt pour avoir une idée pertinente de la circulation du virus et donc de la possibilité de faire se tenir le scrutin, un certain nombre de maires ou de candidats ont effectivement appelé à l’organisation de ce scrutin avant les vacances d’été. Le corollaire de ces multiples appels est évidemment que d’aucuns ont recommencé à faire campagne.

Parmi les sujets qui vont certainement faire débat dans les grandes villes, l’on trouve en bonne place la question de la sécurité et plus précisément celle des trafics de drogue. Utilisée comme un commode épouvantail par bien des candidats et candidates, cette question est souvent liée à celle des salles de shoot. Prestement présentées par les candidats de droite ou d’extrême-droite comme le symbole du laxisme voire de l’angélisme des mairies de gauche ou apparentées, ces dernières sont pourtant selon moi l’une des manières de lutter contre le fléau d’un certain nombre de drogues dures, en particulier l’héroïne.

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La planification en quelques lignes

Depuis hier, la France est entrée dans la phase du déconfinement après presque deux mois de confinement. Si cela ne signifie bien entendu pas que l’épidémie est terminée et derrière nous, cette nouvelle phase pose avec une acuité plus grande encore la question du modèle économique et de société que nous souhaitons mettre en œuvre, le fameux « monde d’après ». Par-delà les tribunes et les professions de foi creuses qui se multiplient, il s’agit d’être conséquent et d’essayer d’esquisser ce que pourrait être un infléchissement ou un changement de modèle. Dans cette optique, la question de la planification pourrait s’avérer centrale, notamment dans ce qu’elle nous révèle de l’hypocrisie de la classe dirigeante.

Très rapidement en effet, dès lors que surgit la question de la planification (économique, écologique, sociale, etc.) dans le débat public, les classes dirigeantes et possédantes s’empressent de pousser des cris d’orfraie absolument horrifiés et de convoquer le-communisme-et-ses-centaines-de-millions-de-morts, l’équivalent du point Godwin pour eux. Il me semble pourtant que la critique de la planification qui est faite par ces personnes ne concernent pas la question de la planification en elle-même mais bien plus des acteurs qui doivent la mettre en place. En d’autres termes, il s’agit bien moins d’un débat sur la planification que sur le pouvoir.

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Le cens caché en quelques lignes

S’il y a bien une constante dans la vie politicienne française, c’est le recours à la légitimation par le suffrage universel des gouvernants qui n’ont de cesse d’utiliser cet artifice quand bien même ils appliqueraient une politique allant à 180° de celle pour laquelle ils ont été élus. François Hollande fait bien évidemment figure d’exemple paroxystique de cette logique mais c’est bien plus largement le recours à l’argument selon lequel les élections régleraient tout qui est ici en cause. Le système institutionnel de la Vème République étant ce qu’il est, ces dernières sont effectivement le seul moment – hors exceptionnel referendum – où les citoyennes et citoyens sont appelés à s’exprimer, tout juste leur laisse-t-on le soin de choisir celles et ceux qui choisiront à leur place.

Cette vision de la vie institutionnelle et politique dans notre pays remonte à loin et l’on garde en mémoire les mots de l’abbé Sieyès pour qui « le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants » et qui était partisan d’un pouvoir exécutif très fort ainsi qu’en atteste sa participation active à l’organisation du coup d’Etat du 18 Brumaire. Dans cette histoire au long cours le suffrage censitaire – que la Constitution de l’an I prévoyait d’abolir si elle avait été appliquée – est l’un des outils principaux qui a permis jusqu’en 1848 et la proclamation de la IIème République de tenir à l’écart du vote la grande majorité de la population. Il serait, toutefois, bien peu rigoureux de croire que les pesanteurs d’un cens désormais caché n’existerait plus.

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La mondialisation en quelques lignes

S’il y a bien un élément qui est remis en cause par le surgissement du nouveau coronavirus et la crise sanitaire que nous traversons, c’est le concept de mondialisation. Un peu partout sur la planète, en effet, des voix s’élèvent pour appeler à une relocalisation des activités et à une démondialisation. En France, cela se matérialise assurément par le retour sur la scène médiatique d’Arnaud Montebourg, le chantre de cette idée depuis son passage au Ministère de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique – l’on garde notamment en mémoire sa célèbre une avec une marinière pour promouvoir le « made in France ».

Avant de parler de démondialisation il faut, toutefois, selon moi commencer par définir ce que recouvre le processus de mondialisation, ce sans quoi nous avons toutes les chances de passer à côté du réel sujet. Si l’on en croit Wikipedia, le concept de mondialisation correspondrait « à la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services, des personnes, des techniques et de l’information. Il désigne le processus d’intégration des marchés et de rapprochement des humains qui résulte notamment de la libéralisation des échanges, du développement des moyens de transport de personnes et de marchandises, et des retombées des technologies de l’information et de la communication à l’échelle planétaire. Elle se manifeste, outre l’interdépendance croissante des économies (mondialisation économique) et l’intensification de la concurrence, par l’expansion des échanges et des interactions humaines ». Je crois pourtant que cette définition occulte la partie centrale de la mondialisation néolibérale.

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L’assistanat en quelques lignes

Depuis le début du confinement et la mise à l’arrêt quasi-totale de l’économie marchande, un refrain revient régulièrement tant dans la bouche du Medef que d’un grand nombre de responsables politiques : une fois la crise sanitaire passée, les Français sont appelés à faire un effort pour soutenir l’économie et permettre son redémarrage. Ledit effort consiste principalement, pour les défenseurs de cette vision, à renoncer à des jours de congés ou à accepter de travailler plus pour le même salaire – ce qui revient à une baisse de salaire horaire. Ces propos qui reviennent comme une antienne avec de plus en plus de vigueur (et qui ont toutes les chances de se renforcer à mesure que nous approcherons du 11 mai) sont un nouveau moyen d’élever le travail subordonné au rang d’idole.

Effectivement, derrière l’appel fait aux travailleurs à faire des efforts se niche en réalité toute une vision du monde en même temps qu’une politique économique très clairement favorable aux puissants à qui il n’est rien demandé ou presque. Cette logique s’est matérialisée de bien des manières ces dernières années mais il est un des sujets qu’elle a transformé en sorte de porte-voix, celui de l’assistanat. Si la stigmatisation et l’utilisation de cette notion pour mieux dominer est ancienne, la véritable rupture se situe très certainement avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy qui durant toute sa campagne en 2007 n’a eu de cesse de fustiger les « assistés ». Depuis lors, le sujet revient de manière récurrente et la classe possédante et dominante s’en est saisie pour mieux stigmatiser et divertir.

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Les barrières douanières en quelques lignes

Depuis le surgissement de la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus, d’aucuns expliquent sans barguigner qu’à la sortie de la crise, le monde tel que nous l’avons connu n’existera plus. Dès le début de ladite crise et la fermeture en Chine de l’ensemble ou presque des chaînes de production, nombreux ont effectivement été les analystes – souvent les mêmes qui affirmaient quelques temps plus tôt que la mondialisation était merveilleuse – à expliquer qu’il fallait relocaliser certaines activités pour ne plus être dépendant de la seule Chine, la question de la pénurie des masques montre d’ailleurs avec acuité le problème que pose le dépouillement volontaire de nos activités industrielles.

L’on nous explique donc que le « monde d’après » sera radicalement différent et si ce sujet n’est pas l’objet de ce billet (un long papier lui sera consacré dans les semaines à venir), il me semble que cette volonté de relocaliser si elle se matérialise réellement ne pourra pas faire l’économie de politiques protectionnistes tant le retard pris en matière industrielle par les pays dits développés sera impossible à combler dans une économie libre-échangiste comme celle dans laquelle nous vivons actuellement. Dès lors, il me parait intéressant de faire un bref rappel des différents outils à disposition des Etats pour mener une telle politique avant de s’intéresser à ce qui est, pour moi, la question centrale à savoir sur quelle catégorie d’acteurs repose l’effort protectionniste.

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La course aux prix bas en quelques lignes

Depuis plusieurs semaines, l’économie marchande est quasiment à l’arrêt. Depuis le surgissement de la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus, à l’exception de quelques secteurs bien précis – les produits de première nécessité – les autres commerces ont fermé leurs portes. Cette période à la fois étrange et angoissante que traverse le monde a fait fleurir des réflexions sur nos modes de consommation et sur leur nocivité à l’égard de la planète. On ne compte plus, en effet, les exemples montrant à quel point la faune animale se réapproprie un certain nombre d’endroits en raison de la baisse drastique de l’activité humaine.

L’on pourrait dès lors être tenté de voir dans le moment que nous vivons un tournant de grande ampleur qui affectera profondément nos manières de consommer et nos modes de vie. Si cela est une possibilité, je pense qu’il y a tout de même d’assez grandes chances qu’un certain nombre de pratiques demeurent. Pour relancer l’économie il ne serait effectivement guère surprenant que le gouvernement français appelle à la consommation – d’autant plus que celle-ci est historiquement l’un des moteurs de la croissance française – et dans cette logique, la course aux prix bas qui préexistait à cette crise a de bonnes chances de poindre à nouveau voire même de se renforcer avec toutes les implications négatives que cela comporte.

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La baisse du consentement à l’impôt en quelques lignes

Le 12 mars dernier, lors de sa première intervention à propos de la crise du Covid-19, Emmanuel Macron s’est lancé dans une espèce d’éloge de l’Etat providence – quelque peu grotesque si on la compare à la politique menée par le monarque présidentiel depuis son accession à l’Elysée. En affirmant en substance qu’il y avait des secteurs qui ne devaient pas être soumis à l’économie marchande mais rester dans le giron de l’Etat, il a tenté de se placer en défenseur de certains services publics. En parallèle, depuis le début du confinement un certain nombre de Françaises et de Français sortent applaudir les personnels soignants à 20h tous les soirs, sur le modèle de ce qui se fait en Italie depuis le début de la crise.

La période que nous traversons fait l’office d’une forme de renversement – pour le moment symbolique – par rapport au discours habituellement tenu par les classes dirigeantes et la plupart des médias dominants, à savoir que les personnes importantes et qui récoltent les lauriers sont aujourd’hui celles qui ont un rôle socialement positif dans la société. Fini le temps de « ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien » pour le moment ou encore la fustigation de la dette supposément créée par l’hôpital et le personnel soignant. Tout ceci nous rappelle à quel point la stratégie de ces dernières décennies fondées sur la volonté de faire croire à tout le monde qu’impôts et services publics sont néfastes aboutit à la dramatique baisse du consentement à l’impôt et à toutes ses conséquences mortifères.

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La ZAD en quelques lignes

Il y a quelques jours, alors que la crise du coronavirus débutait, le gouvernement a annoncé qu’il reportait à une date ultérieure la privatisation d’Aéroports de Paris. Expliquant que les marchés financiers étaient au plus bas et que ce n’était donc pas le bon moment pour vendre – ce qui est d’une logique implacable – la caste au pouvoir s’est bien gardée de parler du nombre de signatures soutenant le référendum d’initiative populaire. Si celles-ci n’ont pas atteint les 10% du corps électoral nécessaire, plus d’un million de signatures ont été enregistrées sur la plateforme (et ce, en dépit de tous les freins mis en place par le pouvoir), ce qui est la barre dont Emmanuel Macron avait parlée durant le grand débat.

Nous verrons donc si la privatisation a bien lieu plus tard mais il y a fort à parier qu’il s’agirait là d’une grosse épine dans le pied du pouvoir. Finalement, les questions aéroportuaires pourraient bien être celles où le monarque présidentiel et sa cour auront le plus reculé à la fin du quinquennat. Il est effectivement important de se rappeler que les zadistes de Notre-Dame-des-Landes ont obtenu une victoire relative en forçant la suppression du projet d’aéroport (relative parce que la ZAD a ensuite été expulsée avec force et fracas). Il s’agit toutefois d’un phénomène qui est très intéressant, de voir comment une mobilisation citoyenne et locale a permis le retrait d’un grand projet d’infrastructures. Si la ZAD en question est la plus connue de France, elle est loin d’être la seule et c’est bien la logique même de ZAD qui me parait intéressante à étudier tant dans ce qu’elle dit de la lutte que pour les horizons qu’elle semble ouvrir.

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