L’assistanat en quelques lignes

Depuis le début du confinement et la mise à l’arrêt quasi-totale de l’économie marchande, un refrain revient régulièrement tant dans la bouche du Medef que d’un grand nombre de responsables politiques : une fois la crise sanitaire passée, les Français sont appelés à faire un effort pour soutenir l’économie et permettre son redémarrage. Ledit effort consiste principalement, pour les défenseurs de cette vision, à renoncer à des jours de congés ou à accepter de travailler plus pour le même salaire – ce qui revient à une baisse de salaire horaire. Ces propos qui reviennent comme une antienne avec de plus en plus de vigueur (et qui ont toutes les chances de se renforcer à mesure que nous approcherons du 11 mai) sont un nouveau moyen d’élever le travail subordonné au rang d’idole.

Effectivement, derrière l’appel fait aux travailleurs à faire des efforts se niche en réalité toute une vision du monde en même temps qu’une politique économique très clairement favorable aux puissants à qui il n’est rien demandé ou presque. Cette logique s’est matérialisée de bien des manières ces dernières années mais il est un des sujets qu’elle a transformé en sorte de porte-voix, celui de l’assistanat. Si la stigmatisation et l’utilisation de cette notion pour mieux dominer est ancienne, la véritable rupture se situe très certainement avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy qui durant toute sa campagne en 2007 n’a eu de cesse de fustiger les « assistés ». Depuis lors, le sujet revient de manière récurrente et la classe possédante et dominante s’en est saisie pour mieux stigmatiser et divertir.

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Les barrières douanières en quelques lignes

Depuis le surgissement de la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus, d’aucuns expliquent sans barguigner qu’à la sortie de la crise, le monde tel que nous l’avons connu n’existera plus. Dès le début de ladite crise et la fermeture en Chine de l’ensemble ou presque des chaînes de production, nombreux ont effectivement été les analystes – souvent les mêmes qui affirmaient quelques temps plus tôt que la mondialisation était merveilleuse – à expliquer qu’il fallait relocaliser certaines activités pour ne plus être dépendant de la seule Chine, la question de la pénurie des masques montre d’ailleurs avec acuité le problème que pose le dépouillement volontaire de nos activités industrielles.

L’on nous explique donc que le « monde d’après » sera radicalement différent et si ce sujet n’est pas l’objet de ce billet (un long papier lui sera consacré dans les semaines à venir), il me semble que cette volonté de relocaliser si elle se matérialise réellement ne pourra pas faire l’économie de politiques protectionnistes tant le retard pris en matière industrielle par les pays dits développés sera impossible à combler dans une économie libre-échangiste comme celle dans laquelle nous vivons actuellement. Dès lors, il me parait intéressant de faire un bref rappel des différents outils à disposition des Etats pour mener une telle politique avant de s’intéresser à ce qui est, pour moi, la question centrale à savoir sur quelle catégorie d’acteurs repose l’effort protectionniste.

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La course aux prix bas en quelques lignes

Depuis plusieurs semaines, l’économie marchande est quasiment à l’arrêt. Depuis le surgissement de la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus, à l’exception de quelques secteurs bien précis – les produits de première nécessité – les autres commerces ont fermé leurs portes. Cette période à la fois étrange et angoissante que traverse le monde a fait fleurir des réflexions sur nos modes de consommation et sur leur nocivité à l’égard de la planète. On ne compte plus, en effet, les exemples montrant à quel point la faune animale se réapproprie un certain nombre d’endroits en raison de la baisse drastique de l’activité humaine.

L’on pourrait dès lors être tenté de voir dans le moment que nous vivons un tournant de grande ampleur qui affectera profondément nos manières de consommer et nos modes de vie. Si cela est une possibilité, je pense qu’il y a tout de même d’assez grandes chances qu’un certain nombre de pratiques demeurent. Pour relancer l’économie il ne serait effectivement guère surprenant que le gouvernement français appelle à la consommation – d’autant plus que celle-ci est historiquement l’un des moteurs de la croissance française – et dans cette logique, la course aux prix bas qui préexistait à cette crise a de bonnes chances de poindre à nouveau voire même de se renforcer avec toutes les implications négatives que cela comporte.

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La baisse du consentement à l’impôt en quelques lignes

Le 12 mars dernier, lors de sa première intervention à propos de la crise du Covid-19, Emmanuel Macron s’est lancé dans une espèce d’éloge de l’Etat providence – quelque peu grotesque si on la compare à la politique menée par le monarque présidentiel depuis son accession à l’Elysée. En affirmant en substance qu’il y avait des secteurs qui ne devaient pas être soumis à l’économie marchande mais rester dans le giron de l’Etat, il a tenté de se placer en défenseur de certains services publics. En parallèle, depuis le début du confinement un certain nombre de Françaises et de Français sortent applaudir les personnels soignants à 20h tous les soirs, sur le modèle de ce qui se fait en Italie depuis le début de la crise.

La période que nous traversons fait l’office d’une forme de renversement – pour le moment symbolique – par rapport au discours habituellement tenu par les classes dirigeantes et la plupart des médias dominants, à savoir que les personnes importantes et qui récoltent les lauriers sont aujourd’hui celles qui ont un rôle socialement positif dans la société. Fini le temps de « ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien » pour le moment ou encore la fustigation de la dette supposément créée par l’hôpital et le personnel soignant. Tout ceci nous rappelle à quel point la stratégie de ces dernières décennies fondées sur la volonté de faire croire à tout le monde qu’impôts et services publics sont néfastes aboutit à la dramatique baisse du consentement à l’impôt et à toutes ses conséquences mortifères.

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La ZAD en quelques lignes

Il y a quelques jours, alors que la crise du coronavirus débutait, le gouvernement a annoncé qu’il reportait à une date ultérieure la privatisation d’Aéroports de Paris. Expliquant que les marchés financiers étaient au plus bas et que ce n’était donc pas le bon moment pour vendre – ce qui est d’une logique implacable – la caste au pouvoir s’est bien gardée de parler du nombre de signatures soutenant le référendum d’initiative populaire. Si celles-ci n’ont pas atteint les 10% du corps électoral nécessaire, plus d’un million de signatures ont été enregistrées sur la plateforme (et ce, en dépit de tous les freins mis en place par le pouvoir), ce qui est la barre dont Emmanuel Macron avait parlée durant le grand débat.

Nous verrons donc si la privatisation a bien lieu plus tard mais il y a fort à parier qu’il s’agirait là d’une grosse épine dans le pied du pouvoir. Finalement, les questions aéroportuaires pourraient bien être celles où le monarque présidentiel et sa cour auront le plus reculé à la fin du quinquennat. Il est effectivement important de se rappeler que les zadistes de Notre-Dame-des-Landes ont obtenu une victoire relative en forçant la suppression du projet d’aéroport (relative parce que la ZAD a ensuite été expulsée avec force et fracas). Il s’agit toutefois d’un phénomène qui est très intéressant, de voir comment une mobilisation citoyenne et locale a permis le retrait d’un grand projet d’infrastructures. Si la ZAD en question est la plus connue de France, elle est loin d’être la seule et c’est bien la logique même de ZAD qui me parait intéressante à étudier tant dans ce qu’elle dit de la lutte que pour les horizons qu’elle semble ouvrir.

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La légalisation du cannabis en quelques lignes

Il est des sujets qui ont le don de générer des débats radicaux où les arguments ressemblent bien souvent à des anathèmes. Parmi ceux-là, celui sur la légalisation du cannabis figure en bonne place tant il possède la propension de déchainer les passions dès lors que la question est posée. Cédant très facilement à la caricature, nombreux sont ceux à perdre toute espèce de raison aussitôt qu’ils entrent dans ce débat. Celui-ci est pourtant, me semble-t-il, primordial pour bien des raisons. Il l’est avant tout pour des raisons de santé publique mais plus largement encore pour des raisons économiques et sociales, l’un des angles morts souvent ignoré par ceux qui s’emparent du sujet de façon hâtive.

Trop souvent, en effet, le débat tend rapidement à se résumer à la caricature prétendus progressistes versus affreux réactionnaires. D’aucuns n’ont pas de mal à expliquer que toute personne opposée à la légalisation du cannabis ne vivrait pas avec son temps quand dans le même temps les défenseurs de la pénalisation du cannabis pérorent sur le laxisme des défenseurs de la légalisation. Je crois que ce débat mérite mieux que ces positions caricaturales et, osons le mot, absurdes. Derrière la question de la légalisation se niche effectivement un entrelacs de conséquences à la fois concrètes et très complexes qu’il s’agit de ne surtout pas ignorer, sous peine de passer à côté du cœur du sujet.

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Le mécénat culturel en quelques lignes

De la Fondation Louis Vuitton à la Collection Pinault en passant par l’Institut de France et bien d’autres acteurs, nombreuses sont les grandes fortunes à œuvrer dans le mécénat culturel. Plus largement, bien que pouvant apparaitre comme plus discret, le concours de grandes entreprises ou de fortunes pour la mise en place des expositions dans tous les musées ou presque est une condition quasi sine qua none – jetez un œil au bas des affiches desdites expositions ou contemplez la liste des « généreux mécènes » souvent mis en avant à la fin du parcours dans les musées. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si tous les musées et institutions culturelles disposent d’un service mécénat, parfois très bien pourvu, tant cette fonction est désormais au cœur de leur modèle économique.

S’il y a sans doute un attrait pour la culture (ou, nous y reviendrons, une certaine forme de culture) de la part de ces mécènes, il y a également des stratégies qui dépassent le simple intérêt pour ce domaine. Bien évidemment, il est difficile de ne pas évoquer la volonté d’acquérir de l’influence en finançant ces musées et expositions mais il y a également une logique d’optimisation fiscale dans cette dynamique dans la mesure où ces dons ou engagements financiers donnent le droit à une réduction d’impôts de l’ordre de 60%. Pouvant, de prime abord, apparaitre comme une bénédiction, cet engagement financier a tous les contours d’un effet extrêmement pervers tant pour la diffusion des cultures que pour l’égalité devant l’impôt.

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La décentralisation en quelques lignes

Dans quelques semaines se tiendront les élections municipales dans notre pays. S’il est évident qu’avec l’actualité nationale de ces derniers temps – des gilets jaunes aux long mouvement social contre la réforme des retraites – ces élections semblent quelque peu reléguées d’un point de vue de l’intérêt des citoyens (les médias, à n’en pas douter et on le voit déjà, vont se régaler avec le traitement des municipales), elles demeurent toutefois les élections locales qui intéressent le plus les Français. Nous sommes évidemment bien loin de la caricature voulant que 90% de la population connaissent son maire mais bien plus que les départementales ou les régionales, les élections municipales restent un moment de relative forte participation.

Il est toutefois indéniable que l’intérêt est décroissant dans l’esprit des Français à l’égard de ces élections. S’il y a bien évidemment une multitude d’explications à cette tendance (un rejet plus global du système représentatif, l’impression d’une indifférenciation des projets politiques municipaux, etc.), celle postulant un pouvoir assez limité dévolu aux maires me parait être importante. Trop souvent présentées comme des élections nationales visant à sanctionner ou (très rarement) conforter le pouvoir en place, les municipales ne sont pas traitées comme ce qu’elles sont, c’est-à-dire une élection locale qui a des conséquences sur le quotidien des administrés. Derrière ce grand flou se cache indéniablement la question de la décentralisation et de ses dévoiements.

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Les stock-options en quelques lignes

Il y a un peu plus d’un an, alors en plein crise des Gilets jaunes, Emmanuel Macron enjoignait les entreprises à attribuer une prime de 1000€ à leurs salariés. Si cette demande avait été en partie écoutée l’année dernière, ce fut bien moins le cas cette année. En regard de cette mesquinerie à l’égard des travailleurs, il peut être ironique de mettre en avant la volonté de Carlos Ghosn de récupérer sa retraite chapeau après avoir s’être soustrait à la justice japonaise – une action aux prud’hommes est envisagée. Tout ceci met bien en évidence le degré de déconnexion des élites tant économiques que politiques par rapport au quotidien des Français.

Il serait toutefois inexact de se cantonner à la seule élite économique (à savoir ces grands PDG gavés de stock-options et autres parachutes dorés) tant la dynamique s’est accentuée ces dernières décennies. Alors qu’il n’y a pas si longtemps les managers et autres encadrants étaient principalement récompensés par des primes pour leurs bons résultats, bon nombre d’entre eux parmi les entreprises cotées en bourse le sont désormais avec ces fameux stock-options qui, pour résumer très grossièrement, offrent la possibilité à ces managers – le désormais célèbre top management – d’acquérir des actions de leur entreprise à un prix défini à l’avance, de sorte que si le cours de l’action monte les plus-values sont à la fois immédiates et conséquentes.

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La Vème République en quelques lignes

Il y a quelques jours, revenant de son voyage en Israël pour commémorer le 75ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, Emmanuel Macron a pesté en présence de journalistes à propos de ceux qui affirment que la France vit une accélération de l’autoritarisme. Frisant le degré zéro de l’argumentation – sorte de point Godwin des dirigeants plus ou moins autoritaires derrière une façade démocratique se lézardant – le locataire de l’Elysée a enjoint tous ses contempteurs à aller essayer la dictature avant d’émettre des critiques. Il va sans dire qu’une telle défense est d’un ridicule sans nom et n’est finalement que l’exact opposé de ceux qui affirment de manière exagérée que nous serions en dictature sans nuance aucune.

Je suis effectivement de ceux qui pensent que l’argument du moindre mal est toujours un sophisme, une ruse rhétorique. Si l’on en vient effectivement à dire « regardez nous sommes mieux qu’en Corée du Nord ou en Iran » c’est qu’il y a déjà un problème profond. En réalité, le monarque présidentiel tente, par cette outrance, d’imposer l’idée selon laquelle il y aurait une forme de binarité. En somme, si on le suit, l’on ne peut être qu’en démocratie ou en dictature un peu comme s’il n’y avait pas cinquante nuances d’autoritarisme et que notre pays n’était pas déjà bien avancé dans cette logique parmi les pays que l’on appelle « démocratiques ». Cet entre-deux dans lequel la France se trouve a largement été rendu possible par l’avènement de la Vème République qui porte en elle-même les germes de cet autoritarisme.

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