Israël, la grande clarification

Hier se tenait à la Knesset – le parlement israélien – une session extraordinaire, convoquée par cinquante-deux députés, à propos de la loi sur l’Etat nation juif. Pour bien signifier son dédain suprême et son absence totale de volonté de revenir sur ce texte controversé voté le 19 juillet dernier, Benyamin Netanyahu n’a même pas daigné se déplacer jusqu’au parlement. En dépit de l’opposition farouche des minorités du pays, en dépit du caractère foncièrement raciste de cette loi reconnu par la grande majorité des observateurs, le premier ministre israélien, tout acquis à sa politique de la terre brûlée fait la sourde oreille et entend bien faire montre de toute sa poigne – et de tout son extrémisme au passage – en ne cédant pas d’un iota à la protestation contre une loi marquant tout à la fois une rupture et un approfondissement de logiques qui lui préexistaient.

En position de toute puissance depuis l’arrivée de Donald Trump à la maison blanche et la prise de pouvoir de Mohamed Ben Salmane en Arabie Saoudite, Monsieur Netanyahu entend bien profiter de cette politique raciste et identitaire pour souder une majorité d’Israéliens derrière lui alors même qu’il est au cœur d’une tempête politico-judiciaire depuis maintenant plusieurs mois. Tenants d’une ligne très droitière depuis maintenant de nombreuses années, alliés au Foyer Juif de Naftali Bennett (qui dispose du ministère de l’Education), Netanyahu et son Likoud viennent de franchir l’un de ses seuils qui peuvent entrainer des changements d’ampleur. Les opposants intérieurs du pays ont beau jeu de fustiger la loi sur l’Etat-nation juif mais la réalité des choses est que, pour une bonne part d’entre eux, ils ont largement contribué à l’instauration du climat permettant d’aboutir à ladite loi. Lire la suite

Emmanuel Macron ou la diplomatie de façade

Il y a une dizaine de jours, l’Equipe de France était sacrée championne du monde de football pour la deuxième fois de son histoire sur la pelouse du stade Loujniki de Moscou. Si ce sont bien les joueurs français qui sont les artisans de ce titre de champion du monde après avoir successivement terrassé l’Argentine, l’Uruguay, la Belgique et enfin la Croatie en finale, c’est Emmanuel Macron qui a fait le spectacle en tribunes, sur la pelouse puis dans les vestiaires à grand renfort d’accolades. Il faut dire que la disposition du cérémoniel de remise du trophée – placé pour la première fois sur la pelouse et non en tribunes avec la présence des chefs d’Etat des deux pays finalistes ainsi que du pays hôte sur le podium – a grandement contribué à cette mise en scène de la part du locataire de l’Elysée.

Je suis effectivement de ceux qui croient qu’il y avait une part – je ne saurais dire avec certitude la taille de cette part – de mise en scène dans la joie exubérante du successeur de François Hollande ainsi que l’espoir de voir dans ce titre de champion du monde le moyen d’affirmer que la France était de retour. En effet, même si je pense sincèrement qu’Emmanuel Macron était immensément heureux de cette victoire en tant que suiveur de foot, il me parait hautement naïf de ne pas croire que celui-ci a cherché a en tiré profit d’une manière ou d’une autre à la fois sur le plan intérieur (sujet qui ne m’intéresse pas ici) mais également en termes de diplomatie et de géopolitique tant le football est aujourd’hui fermement ancré dans le soft-power des nations. Pourtant, l’affaire Benalla est rapidement venue balayer cette illusion, dans une forme d’allégorie de la politique étrangère d’Emmanuel Macron depuis son accession au pouvoir et qui pourrait se résumer par l’expression de diplomatie de façade. Lire la suite

Lafarge, révélateur de l’hypocrisie vis-à-vis du terrorisme

La semaine dernière, nous apprenions que Vincent Bolloré était en garde à vue pour des soupçons de corruption dans l’obtention de juteux contrats sur des ports africains. Si cette information a surpris, c’est assurément et avant tout parce que s’il est une chose qui parait absolument constante et invariable, c’est l’impunité de ces grands industriels et de ces grandes entreprises. Qu’ils s’agissent de corruption ou de fraude fiscale, il est en effet bien rare que ces pontes se retrouvent par être réellement mis en face de leurs responsabilités. Alors en apprenant cette garde à vue il va sans dire que beaucoup pensaient qu’il ne s’agissait que de gesticulations pour reprendre un terme utilisé de manière bien malheureuse ces derniers jours.

Pourtant, à l’issue de la garde à vue nous apprenions que celle-ci avait débouché sur la mise en examen de l’industriel breton. De là à y voir la fin de l’impunité des puissants il n’y a qu’un pas, que je me garde bien de franchir. Tout juste peut on y voir l’amorce potentielle d’une prise de conscience plus globale et une première brèche battue dans le mur de leur impunité. Toutefois, il serait naïf et bien indécent de crier victoire après une telle information. Dans le même temps, en effet, la procédure à l’encontre du groupe Lafarge traine en longueur quand bien même Libération a fait des révélations chocs ces derniers jours affirmant que les services secrets étaient au courant des versement du cimentier à Daech. En ce sens, il me semble que le cas Lafarge est à la fois un symbole de cette impunité en même temps qu’un révélateur de l’odieuse hypocrisie vis-à-vis du terrorisme dans notre pays. Lire la suite

La séquence de Claude El Khal, la Syrie et la complexité

Il y a quelques jours, le journaliste de Le Media Claude El Khal, dans une séquence disponible ici, a parlé de la guerre en Syrie et plus précisément de ce qu’il se passe dans la Ghouta orientale, enclave que le régime de Bachar Al-Assad souhaite reprendre à tout prix en ne respectant pas la trêve humanitaire décidée à l’ONU. Cette séquence de Monsieur El Khal, à contre-courant du traitement de la guerre en Syrie dans les médias dits mainstream, a énormément fait réagir. Rien de surprenant affirment ses défenseurs, puisque se plaçant en opposition à la doxa journalistique dominante, le journaliste libanais a engendré une véritable cabale à son égard. Il y a de cela dans ce que subit Claude El Khal depuis la publication de cette séquence, il serait malhonnête de le nier tout comme il y a assurément une volonté chez un nombre conséquent de personnes de se faire Le Média.

En allant déterrer des tweets du journaliste – ce qui semble être la nouvelle mode de ce pays – et en se contentant presque uniquement d’attaques ad hominem sans entrer dans le fond du sujet abordé par la séquence, nombreux sont ceux à avoir démontré leur mauvaise foi. Néanmoins, il serait réducteur d’affirmer que seules des personnes mal intentionnées à l’égard de Claude El Khal ou de Le Média ont trouvé cette séquence dérangeante voire choquante. Personnellement, celle-ci m’a dérangé tout comme la chasse à l’homme qui s’en est suivie. Je crois qu’il nous faut, sur ce sujet comme sur bien d’autres, parvenir à ne pas sombrer dans le manichéisme ambiant tout en refusant le simplisme. Voilà quel est notre chemin de crête. Lire la suite

L’esclavage en Libye, la fermeture des frontières et les Tartuffe

« L’esclavage est la plus grande des questions purement terrestres ; la moitié du monde disparaît sous cette nuit hideuse, une république s’y abîme : toutes les forces du progrès doivent se tourner de ce côté. Là est la honte, là est le crime, là sont les ténèbres. « L’homme possédé par l’homme ! » Ceci est la plus haute offense qui puisse être faite à Dieu, seul maître du genre humain. Un seul esclave sur la terre suffit pour déshonorer la liberté de tous les hommes ». Ces phrases, écrites par Victor Hugo, datent de 1862 et demeurent pourtant d’une cruelle actualité. Prévenus depuis un moment par les ONG du traitement inhumain subi par les migrants en Libye, cette réalité nous a explosés à la figure après la diffusion des images de CNN montrant un marché aux esclaves.

Cette révélation soudaine d’une réalité insoutenable qui était pourtant là sous nos yeux depuis un certain temps mais que nous refusions de voir a sans doute été l’un de ces seuils imperceptibles qui, une fois franchi, font que plus rien n’est jamais comme avant. L’esclavage, cette abomination, cette peste toujours prête à ressurgir du fond des vieux vêtements pour paraphraser Camus, le voilà qui est de retour et non loin de nous. La tentation est grande de voir dans cet odieux marché aux esclaves une situation fortuite, le dérapage de quelques esprits machiavéliques. Il faut pourtant, je crois, dire et répéter avec force que cette situation est aussi et avant tout la conséquence des politiques de fermeture des frontières qui sont menées en Europe. Hier, Emmanuel Macron a annoncé vouloir faire évacuer les esclaves de Libye mais cela ne saurait être la seule réponse. Si tel était le cas, le bal des Tartuffe auquel il participe régulièrement n’en serait que renforcé. Lire la suite

Les tensions avec la Corée du Nord, révélateur de l’aveuglement occidental

Depuis quelques semaines, voire quelques mois, la tension est extrême entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. Promesse de faire tomber le feu et la furie comme jamais de la part de Donald Jr. Trump contre provocations et tests nucléaires par Kim Jong-Un, rarement les relations auront été aussi tendues autour de la Corée du Nord. Cette tension dépasse, évidemment, allégrement ce simple duel puisque certains voisins – à commencer par le Japon – sont également entrés dans la danse. De la même manière, Russie et Chine ne se sont pas gênées pour tenter de renforcer leur place dans le jeu diplomatique en se servant de cette crise si bien que l’ONU, comme d’habitude, a été incapable de prendre une résolution ambitieuse sur la question.

Il n’est toutefois guère étonnant de voir la Chine s’élever contre la position belliciste du nouveau locataire de la Maison Blanche. Celui-ci aurait en effet affirmé en privé, à en croire certains conseillers, que si la situation devait empirer les morts seraient à dénombrer du côté asiatique et pas américain. La Chine étant voisine de la Corée du Nord, il est tout à fait normal qu’elle ne s’engage pas dans cette voie belliciste pour la simple et bonne raison qu’elle pourrait subir les conséquences d’un bombardement visant la Corée du Nord. En ce sens, il me semble que cette crise avec la Corée du Nord est un formidable révélateur de l’aveuglement occidental – chez les médias, chez les politiciens mais également au sein de la population – à l’œuvre depuis des décennies. Lire la suite

La crise à la tête des armées ou la défaite de la pensée

La semaine dernière, à la suite de vives tensions entre Emmanuel Macron et lui-même, le général De Villiers, chef d’état-major des armées a finalement démissionné affirmant en substance ne plus être capable de diriger les armées en étant en accord avec sa vision. Cette première crise politique et diplomatique du quinquennat Macron – une telle démission est sans précédent dans l’histoire de la Vème République – a depuis été largement commentée. A vrai dire dès le début des tensions entre messieurs Macron et De Villiers l’ensemble de la classe politique ou presque y était allé de son commentaire à la fois sur la forme des choses et sur le fond (la baisse du budget du ministère de la Défense).

Evacuons d’emblée une ambigüité qui pourrait poindre, je considère qu’Emmanuel Macron dans son attitude et dans ses propos a été extrêmement maladroit. Sa fameuse phrase prononcée le 13 juillet dernier affirmant qu’il « [était] le chef », au-delà de la maladresse évidente, fleure bon l’autoritarisme latent. Surtout, loin d’être une marque de poigne ou de force comme d’aucuns l’affirment, je suis bien plus enclin à y voir un aveu de faiblesse de la part du nouveau locataire de l’Elysée. En politique comme en rhétorique, en effet, ce que l’on énonce c’est ce qui n’est pas évident. En prenant la parole pour dire qu’il était le chef, Emmanuel Macron a donc reconnu en creux que ceci n’était pas si évident – cette intervention rappelle d’ailleurs le fameux « vous parlez au Premier ministre » de Fabius face à Chirac. Ce faisant il s’est surtout comporté comme un petit-chef. Il me semble néanmoins que les questions soulevées par cette crise débordent allègrement du cadre de la petite personne d’Emmanuel Macron. Lire la suite