Emmanuel Macron et les médias français passés au révélateur Poutine

Décidément, Vladimir Poutine semble prendre un malin plaisir à jouer le rôle de révélateur pour les Présidents de la République française. Avec Nicolas Sarkozy il avait fait montre de sa poigne comme l’avait expliqué un documentaire s’intéressant au président russe et diffusé il y a quelques mois sur France 2. De manière plus directe, il avait renvoyé François Hollande à son statut de Président souffrant d’une indécision chronique lors d’une séquence diplomatique à propos de la Syrie. En choisissant de recevoir Vladimir Poutine au château de Versailles après l’avoir vertement critiqué durant la campagne présidentielle – et critiqué par la même occasion et par procuration ses trois principaux adversaires – Emmanuel Macron a de nouveau offert le rôle de cavalier de l’apocalypse au président de la fédération de Russie.

Apocalypse est ici à prendre dans son sens étymologique à savoir celui de la révélation. Il me semble, en effet, que cette réception à Versailles – venant conclure une séquence diplomatique de la part de notre Président – nous dit bien des choses sur le nouveau locataire de l’Elysée. Toutefois, loin de ne concerner que lui-même, le révélateur Poutine a également eu un effet sur les médias dits dominants (ou mainstream) dans notre pays. Il faut dire que Poutine a tellement polarisé à la fois l’attention des médias et les positions géopolitiques durant la campagne présidentielle qu’il ne pouvait en être autrement lorsque celui-ci serait reçu en France, peu importe le vainqueur de l’élection présidentielle. Lire la suite

L’affaire Hanouna ou le règne de l’apocalypse

Il y a une semaine dans son émission Radio Baba ­– inspirée des radios libres – Cyril Hanouna a piégé des hommes homosexuels en publiant une annonce sur un site de rencontres. Prenant une attitude et une voix efféminés pour coller au cliché, l’animateur s’est non seulement moqué desdites personnes mais a également affiché au grand jour leur homosexualité alors que certains dissimulaient encore leur orientation sexuelle – l’un des hommes piégés a d’ailleurs été expulsé de chez lui, nous y reviendront plus tard. Cette séquence abjecte a, cette-fois, plus fait réagir qu’à l’accoutumée. Cyril Hanouna n’est, en effet, pas à son coup d’essai lors de son émission.

Depuis une semaine c’est donc une véritable déferlante qui s’abat non seulement sur l’émission TPMP mais surtout sur la personne de Cyril Hanouna. Ce n’est pas simplement l’animateur qui est visé. Alors oui, il est évident que dès lors qu’une personne devient une personnalité publique, la frontière entre le professionnel et le privé s’estompe grandement et rapidement mais tout de même, il ne me paraît pas absurde de s’interroger sur les raisons profondes de ce déferlement en même temps que d’essayer de comprendre ce qu’il nous dit de notre société. Il ne s’agit évidemment ni de défendre ou d’excuser cette séquence odieuse mais bien plus de tenter d’analyser froidement les choses. Lire la suite

Le Pen, le débat d’entre-deux tours et les médias

Dimanche soir, c’est sans surprise Emmanuel Macron qui a été élu Président de la République. En récoltant plus de 65% des suffrages, le candidat d’En Marche a remporté la deuxième plus large victoire lors d’un second tour sous la Vème République. Pour la deuxième fois en 15 ans, un candidat présent au second tour de l’élection présidentielle a recueilli moins de 35% des suffrages, pour la deuxième fois il s’agit du candidat représentant le Front National. Si la victoire d’Emmanuel Macron ne faisait guère de doute – malgré toute la dramaturgie mise en œuvre par les médias – l’écart avec la présidente du FN était l’un des chiffres que les observateurs attendaient avec une certaine impatience.

Nous ne le saurons jamais, mais il y a fort à parier que c’est il y a six jours, lors du débat d’entre-deux tours, que Marine Le Pen a définitivement perdu toute chance d’être élue. Plus encore, ce débat aura joué le rôle d’apocalypse pour la dirigeante d’extrême-droite. Il faut ici prendre apocalypse dans son sens étymologique,  à savoir la révélation. Mercredi dernier, en effet, sur le plateau de TF1 et France 2 la plupart des téléspectateurs ont assisté à une révélation : celle de l’incompétence de Madame Le Pen. Il y a deux manières de regarder cette apocalypse, la première est de se dire que ledit débat aura joué son rôle. La seconde, celle qui m’intéresse ici, c’est de se demander pourquoi cette incompétence n’a pas été mise à nu plus tôt. Lire la suite

Ce que nous dit le déferlement politico-médiatique anti-Mélenchon

« Il y a un péril face aux simplifications, face aux falsifications, qui fait que l’on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte ». En une phrase, en 28 petits mots, en une déclaration concise nichée au cœur d’une interview donnée au Point, François Hollande a fait son retour sur la scène politico-médiatique française. Lui qui avait ostensiblement montré son indifférence lors de la primaire organisée par le Parti Socialiste et ses satellites, lui qui s’est soigneusement gardé de soutenir le candidat issu de ladite primaire, le voilà qui sort du bois pour attaquer Jean-Luc Mélenchon sans le nommer – ce qui n’est pas la preuve d’une très grande classe.

Le président pour encore quelques semaines a également affirmé que cette campagne « [sentait] mauvais ». François Hollande a donc décidé de prendre la parole pour énoncer ce jugement au moment même où Jean-Luc Mélenchon fait une percée dans les sondages – comme à mon habitude je ne parlerai pas desdits sondages au fil de ce papier puisqu’aujourd’hui comme hier je ne leur accorde aucune crédibilité. Alors que Marine Le Pen caracole en tête depuis des mois dans les mêmes sondages, le président de la République n’a jugé utile d’intervenir qu’au moment où le candidat de la France Insoumise semble en mesure de se hisser au deuxième tour. Sa prise de parole s’insère dans une vaste offensive politico-médiatique et fleure bon l’apocalypse – la révélation selon l’étymologie du mot – tant François Hollande est le symbole de ce système exténué et à bout de souffle dont nous ne voulons plus. Autant dire les choses tout de suite, ce billet n’a pas pour objet de démonter les accusations des politiques et des médias à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon, cela ne m’intéresse pas et d’autres l’ont fait bien mieux que je ne le ferai. Ce qui m’intéresse en revanche, c’est de questionner les tenants, les aboutissants et les présupposés d’une telle offensive médiatico-politique.

Lire la suite

Le Décodex du Monde ou l’arrogance toute puissante de lémédia

Il y a quelques jours, les Décodeurs du Monde ont lancé un outil qui en dit long sur l’état actuel des médias et de la politique dans notre pays. En bon fact-checkers, les Décodeurs ont donc enfourché leur monture pour jouer les chevaliers blancs de la vérité. Le lancement du Décodex fait écho à la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis et semble avoir pour but d’empêcher une victoire de Marine Le Pen en mai prochain. Une telle démarche s’appuie notamment sur le constat que la « post vérité » est advenue et que, selon lémédia, la victoire de Trump n’a été rendue possible que par ses multiples mensonges et les fameuses bulles informationnelles.

La plus grande des polémiques (déjà nombreuses) à l’égard du Décodex a concerné le journal Fakir. Celui-ci a été placé dans la catégorie jaune celle qui regroupe les médias ayant un point de vue très orienté et ceux qui publient des informations non vérifiées. Passons sur le choix très idéologique de placer dans la même catégorie un site militant et un site publiant des fausses informations et attardons-nous plutôt sur l’acte même de désigner tel ou tel média comme subjectif, en sous-entendant que Le Monde est objectif. Il me semble que le lancement de cet outil symbolise parfaitement l’arrogance de lémédia ainsi que les appellent Fréderic Lordon. Lire la suite

Donald J. Trump, les médias et les bulles informationnelles

Il y a un peu plus de deux mois, le monde était frappé par un séisme aussi inattendu que soudain : la victoire de Donald J. Trump lors de l’élection présidentielle américaine. Dans 9 jours, le même Trump sera officiellement investi de la fonction suprême aux Etats-Unis, le consacrant « chef du monde libre » selon l’expression utilisée jusqu’à la corde par nos chers médias. Cette investiture à venir nous donne, il me semble, l’occasion de revenir sur la campagne présidentielle américaine et plus précisément sur un soi-disant ressort fondamental de la victoire du magnat immobilier face à Hillary Clinton. D’aucuns ont vu dans cette victoire l’avènement de la post-vérité – comprenez une ère où la vérité ne serait guère importante puisque celle-ci a toutes les peines du monde à se frayer un chemin parmi les multiples mensonges.

Au-delà de la simple critique des électeurs de Trump présentés comme des hordes de fascistes, racistes, homophobes, etc., s’est nichée une autre critique à l’égard des réseaux sociaux qui auraient contribué à la défaite de Clinton, cette représentante de l’oligarchie mondialisée. Les médias dominants, de part et d’autre de l’Atlantique, se sont en effet empressés d’accuser Facebook et Twitter sous prétexte que ces deux réseaux sociaux contribuaient à fabriquer ce que l’on a placé sous le vocable de bulles informationnelles. Pour résumer, ce qui a été reproché aux deux géants des réseaux sociaux, c’est que leur algorithme participait à enfermer les gens dans leur propre pensée en ne leur proposant que des contenus allant dans le sens de leur opinion (terme qui rejoint ici sa définition originelle dans la mesure où le terme dérive du mot opiner signifiant dire oui de la tête). Que les médias dominants aient sauté sur l’occasion pour attaquer Facebook et Twitter ne manque pas de sel et ce, pour plusieurs raisons. Lire la suite

Quotidien, le TPMP de l’actualité ?

Lorsqu’on regarde Quotidien sur TMC, il flotte comme un air de Lampedusa. Non pas cette petite île italienne – sujet que l’émission de Yann Barthès a déjà traité par le passé (surtout lorsqu’il présentait Le Petit journal) –  devenue à la fois forteresse macabre et cimetière mais l’auteur du Guépard. Dans le roman, le neveu du personnage éponyme, Tancredi Falconeri affirme que « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change », phrase que l’on a souvent modifiée en « il faut que tout change pour que rien ne change ». Dans le cas de Quotidien, cette phrase s’applique doublement, dans une sorte de mise en abîme. La première application, la plus évidente, concerne le passage de Canal + à TMC puisque Yann Barthès a recréé presque tout l’esprit du Petit journal sur la chaine du groupe de TF1.

La deuxième application, bien plus intéressante celle-là, est à propos du format même de l’émission présentée par Yann Barthès – ce qui englobe Quotidien mais aussi Le Petit journal dans ses dernières années. Le surgissement de cette émission dans le paysage audiovisuel français a été présenté comme une profonde rupture. L’infotainment à l’américaine arrivait en France. La réalité c’est bien plutôt que le système médiatique dominant s’est adapté pour conserver sa prééminence. Depuis le début de la saison Touche Pas à Mon Poste et Quotidien se tirent la bourre. Les deux talk-shows luttent en effet pour être l’un devant l’autre. Nombreux sont les téléspectateurs de Quotidien à pérorer avec arrogance sur le fait qu’eux regardent un programme intellectuel tandis que TPMP n’est qu’un ramassis d’absurdités. Pourtant, y a-t-il réellement une différence de nature ou simplement une différence de degré entre les deux émissions ? Alors oui l’émission de Cyril Hanouna a encore passé un stade cette année dans les blagues graveleuses et autres défis ridicules, oui Quotidien traite parfois (assez rarement tout de même) de sujets graves mais dans le fond les deux émissions me semblent répondre à une même logique.

Lire la suite