Le Pen à L’Emission politique, révélateur du naufrage du service public télévisuel

Il y a quelques jours, le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, était l’invité de L’Emission politique sur France 2. Venu défendre la vision du gouvernement à quelques jours d’une mobilisation importante des cheminots et de la fonction publique, l’ancien maire de Tourcoing a, comme de coutume, été opposé à des contradicteurs au cours de l’émission. Si le débat avec Olivier Besancenot a permis de mettre en exergue deux visions à la fois des services publics et de la société, ce n’est pas cela qui a le plus marqué lors de cette émission.

Chacun des invités de L’Emission politique est effectivement invité à débattre avec une personne mystère. Dans le cas de la dernière émission, le mystère n’est pas demeuré bien longtemps tant un nombre important de médias avaient révélé le matin de l’émission qui serait l’invité mystère. Il s’agissait, comme tout le monde le sait, de Jean-Marie Le Pen. L’ancien dirigeant du Front National, qui publie ses mémoires et jouit d’une grande couverture médiatique de ce fait, a donc été invité à débattre avec Monsieur Darmanin. De débat en réalité, il n’y en eut point tant Monsieur Le Pen était là pour dérouler son discours classique et sa rhétorique sur l’excès d’immigrés que connaîtrait notre pays ou la menace que représente l’Islam. Ce qui est réellement révélateur, à mes yeux, dans cette séquence n’est pas tant les propos tenus par Jean-Marie Le Pen mais bien plus assurément  le simple fait qu’il ait été invité. Cette invitation est selon moi révélatrice du naufrage du service public télévisuel de ce pays.

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La terrifiante loi « fake news »

Lors de ses vœux à la presse le 3 janvier dernier, Emmanuel Macron a fait une annonce qui n’a laissé personne indifférent dans le milieu des médias et bien au-delà. Le locataire de l’Elysée a effectivement affirmé vouloir légiférer pour lutter contre ce qu’on appelle désormais les « fake news ». Monsieur Macron a effectivement expliqué que la prolifération de ces fausses nouvelles sur internet était un danger pour la vie démocratique et qu’il incombait à l’Etat de lutter contre ce fléau. Dans le même temps, aux Etats-Unis, Donald Trump – qui a finalement plus de similitudes avec Emmanuel Macron que l’on veut nous bien le faire croire, de sa politique fiscale à l’intérêt porté aux « fake news » en passant par une certaine idée césarienne du pouvoir – organisait une cérémonie au cours de laquelle il blâmait les médias qui, selon lui, avaient le plus menti au cours de l’année précédente.

Au cours de son allocution de près d’une demie heure, le successeur de François Hollande s’est attaqué dans une allusion à peine voilée aux médias russes Russia Today et Sputnik lorsqu’il a expliqué que le CSA pourrait à l’avenir « lutter contre toute tentative de déstabilisation par des services de télévision contrôlés ou influencés par des Etats étrangers ». Pourtant, dans le même temps, Emmanuel Macron a prôné une « saine distance entre le pouvoir et les médias » dans une forme de double discours dont nous avons désormais l’habitude. Il est en effet assez incohérent, et osons le dire à la limite du foutage de gueule, d’affirmer cela en expliquant vouloir légiférer sur le contenu desdits médias. Lire la suite

Brut, symbole de l’information fast-food

Nouveau venu dans le monde des médias et d’internet (il n’a été créé qu’en 2016), le média Brut se donne pour ambition de révolutionner l’approche de l’information. L’un des deux fondateurs a expliqué que leur volonté était de « créer un média qui soit un point d’entrée sur l’actualité pour toute une génération qui s’éloigne des acteurs traditionnels ». Brut s’adresse donc spécifiquement à cette génération à laquelle j’appartiens et qui s’est massivement détournée des médias traditionnels. La stratégie de Brut est d’ailleurs univoque sur ce point-là puisque le média ne propose pas de site où sont rassemblées l’ensemble des vidéos qu’il produit. Il a, en effet, fait le choix d’investir les réseaux sociaux – Twitter et Facebook en particulier – et de profiter du trafic proposé par lesdits réseaux sociaux pour se développer.

L’autre singularité, pas la moindre, de Brut réside dans son positionnement éditorial. En ayant fait le choix de ne faire que de la vidéo, le néo-média a effectivement créé un style qui ne lui préexistait pas. Si les fondateurs mettent en avant les live Facebook que le média effectue (live qui ont été popularisé lors de Nuit Debout notamment afin de retransmettre les assemblées place de la République et qui ont assurément inspiré Brut), le gros du trafic de Brut et des éléments de reconnaissance sont constitués par les vidéos  d’entretien façon Konbini ou d’analyses très courtes. C’est précisément ces vidéos qui, me semble-t-il, permettent de voir dans Brut, le nouveau symbole de l’information fast-food.

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Le Média, entre bouffées d’oxygène et d’arrogance

La semaine dernière a eu lieu la soirée de lancement de Le Média. Après un manifeste paru dans Le Monde, les fondateurs de ce nouveau média qui se voudra alternatif – et qui démarrera le 15 janvier prochain – ont mis à profit cette soirée (qui a duré près de trois heures) pour appeler au soutien financier. Ils en ont également profité pour expliquer quelle allait être leur démarche et comment ils entendaient faire fonctionner ce média qui se proclame à la fois collaboratif, antiraciste, écologique et bien d’autres choses. Aussi avons-nous pu apprendre que Le Média proposerait quotidiennement, du lundi au vendredi, un journal de 20h.

S’il va sans dire que le surgissement d’un nouveau média alternatif et indépendant doit selon moi être soutenu tant le système médiatique est aujourd’hui détenu à 90 voire 95% par une poignée de milliardaires qui se servent desdits médias comme d’agences de communication pour mieux promouvoir leurs industries de manière plus ou moins explicite, Le Média n’est pas non plus exempt de certaines critiques et notamment de la volonté qui semble être la sienne de préempter la position de média indépendant et alternatif, nous y reviendrons. En revanche là où ce nouveau média est porteur d’une réelle nouveauté politique, que je trouve personnellement enthousiasmante, c’est précisément dans le fait qu’une forme d’union embryonnaire à gauche paraît s’être mise en place. Lire la suite

Emmanuel Macron et les médias français passés au révélateur Poutine

Décidément, Vladimir Poutine semble prendre un malin plaisir à jouer le rôle de révélateur pour les Présidents de la République française. Avec Nicolas Sarkozy il avait fait montre de sa poigne comme l’avait expliqué un documentaire s’intéressant au président russe et diffusé il y a quelques mois sur France 2. De manière plus directe, il avait renvoyé François Hollande à son statut de Président souffrant d’une indécision chronique lors d’une séquence diplomatique à propos de la Syrie. En choisissant de recevoir Vladimir Poutine au château de Versailles après l’avoir vertement critiqué durant la campagne présidentielle – et critiqué par la même occasion et par procuration ses trois principaux adversaires – Emmanuel Macron a de nouveau offert le rôle de cavalier de l’apocalypse au président de la fédération de Russie.

Apocalypse est ici à prendre dans son sens étymologique à savoir celui de la révélation. Il me semble, en effet, que cette réception à Versailles – venant conclure une séquence diplomatique de la part de notre Président – nous dit bien des choses sur le nouveau locataire de l’Elysée. Toutefois, loin de ne concerner que lui-même, le révélateur Poutine a également eu un effet sur les médias dits dominants (ou mainstream) dans notre pays. Il faut dire que Poutine a tellement polarisé à la fois l’attention des médias et les positions géopolitiques durant la campagne présidentielle qu’il ne pouvait en être autrement lorsque celui-ci serait reçu en France, peu importe le vainqueur de l’élection présidentielle. Lire la suite

L’affaire Hanouna ou le règne de l’apocalypse

Il y a une semaine dans son émission Radio Baba ­– inspirée des radios libres – Cyril Hanouna a piégé des hommes homosexuels en publiant une annonce sur un site de rencontres. Prenant une attitude et une voix efféminés pour coller au cliché, l’animateur s’est non seulement moqué desdites personnes mais a également affiché au grand jour leur homosexualité alors que certains dissimulaient encore leur orientation sexuelle – l’un des hommes piégés a d’ailleurs été expulsé de chez lui, nous y reviendront plus tard. Cette séquence abjecte a, cette-fois, plus fait réagir qu’à l’accoutumée. Cyril Hanouna n’est, en effet, pas à son coup d’essai lors de son émission.

Depuis une semaine c’est donc une véritable déferlante qui s’abat non seulement sur l’émission TPMP mais surtout sur la personne de Cyril Hanouna. Ce n’est pas simplement l’animateur qui est visé. Alors oui, il est évident que dès lors qu’une personne devient une personnalité publique, la frontière entre le professionnel et le privé s’estompe grandement et rapidement mais tout de même, il ne me paraît pas absurde de s’interroger sur les raisons profondes de ce déferlement en même temps que d’essayer de comprendre ce qu’il nous dit de notre société. Il ne s’agit évidemment ni de défendre ou d’excuser cette séquence odieuse mais bien plus de tenter d’analyser froidement les choses. Lire la suite

Le Pen, le débat d’entre-deux tours et les médias

Dimanche soir, c’est sans surprise Emmanuel Macron qui a été élu Président de la République. En récoltant plus de 65% des suffrages, le candidat d’En Marche a remporté la deuxième plus large victoire lors d’un second tour sous la Vème République. Pour la deuxième fois en 15 ans, un candidat présent au second tour de l’élection présidentielle a recueilli moins de 35% des suffrages, pour la deuxième fois il s’agit du candidat représentant le Front National. Si la victoire d’Emmanuel Macron ne faisait guère de doute – malgré toute la dramaturgie mise en œuvre par les médias – l’écart avec la présidente du FN était l’un des chiffres que les observateurs attendaient avec une certaine impatience.

Nous ne le saurons jamais, mais il y a fort à parier que c’est il y a six jours, lors du débat d’entre-deux tours, que Marine Le Pen a définitivement perdu toute chance d’être élue. Plus encore, ce débat aura joué le rôle d’apocalypse pour la dirigeante d’extrême-droite. Il faut ici prendre apocalypse dans son sens étymologique,  à savoir la révélation. Mercredi dernier, en effet, sur le plateau de TF1 et France 2 la plupart des téléspectateurs ont assisté à une révélation : celle de l’incompétence de Madame Le Pen. Il y a deux manières de regarder cette apocalypse, la première est de se dire que ledit débat aura joué son rôle. La seconde, celle qui m’intéresse ici, c’est de se demander pourquoi cette incompétence n’a pas été mise à nu plus tôt. Lire la suite