De quoi les arrêtés anti-mendicité sont-ils le symptôme ?

Alors que l’exécutif a présenté son plan anti-pauvreté la semaine dernière après l’avoir reporté à de multiples reprises, dans une forme de message implicite affirmant que la pauvreté était le cadet des soucis de la caste au pouvoir qui préfère s’empresser de supprimer l’ISF ou d’instaurer un impôt forfaitaire pour mieux faire des cadeaux aux plus fortunés de ce pays, la ville de Besançon a fait la une de l’actualité cet été en raison de la publication d’un arrêté anti-mendicité par la mairie. Il faut dire que le symbole est à la fois puissant et désespérant quand la ville de Victor Hugo, auteur des Misérables et sans doute plus grand écrivain français ayant traité de la vie des petites gens avec Emile Zola, décide de chasser les sans-abris de ses rues comme si faire la manche était un délit.

Cette culpabilisation des personnes sans-abris ne fait finalement que s’inscrire dans la logique qui gouverne ce pays, celle qui se cache derrière le mythe de la responsabilisation qui explique aux dominés que s’ils le sont c’est qu’ils l’ont bien cherché – après tout peut-être suffirait-il aux sans-abris de traverser la rue pour trouver un toit tout comme il suffit aux chômeurs de passer sur le trottoir d’en face pour trouver un emploi. Il va sans dire que ces odieux arrêtés anti-mendicité présentant la misère comme un délit ne sont pas nouveaux. Il faut, me semble-t-il, toutefois convenir que leur prolifération n’est pas anodine et que celle-ci nous dit bien des choses sur la société dans laquelle nous vivons. Lire la suite

Le départ de Nicolas Hulot ou le double coup de semonce

Le 28 août dernier, c’est un Nicolas Hulot très marqué par la décision de quitter le gouvernement qui a répondu aux questions de Léa Salamé et Nicolas Demorand – qui dans une indécence qui les caractérise eux et une grande partie du monde médiatique ont quasiment proclamé qu’ils avaient poussé le désormais ex-ministre à prendre cette décision. Pendant une bonne dizaine de minutes, avant que Monsieur Hulot n’annonce son départ du gouvernement, le flottement était palpable si bien que l’on peut avoir la sensation qu’il fait son choix durant l’interview quand bien même il a expliqué que sa décision avait été prise la veille de son passage radiophonique. Plombé par l’affaire Benalla avant les vacances d’été, voilà Emmanuel Macron qui se retrouve acculé par la démission de l’un de ses ministres phares en cela qu’il était à la fois populaire et l’une des prises de guerre de la société civile.

Dans un gouvernement qui manque assurément de poids lourds politiques, la présence de Nicolas Hulot était une sorte de gage communicationnel donné à une partie des personnes fustigeant l’absence de politique écologique ambitieuse de ce gouvernement depuis un peu plus d’un an. Si la décision de l’ancien ministre a été mûrement réfléchie selon ses dires, celui-ci a également avoué qu’il n’avait prévenu absolument personne avant son passage matinal dans les studios de France Inter – sans doute ce qui confère à cette interview le statut de grand moment de radio. Nicolas Hulot était l’un des ministres phares d’un point de vue de la communication, son départ sonne ainsi le glas de ladite communication creuse et vide tout en posant des questions profondes et sérieuses. Lire la suite

La Sécurité sociale ou la digue à protéger

En cette rentrée politique 2018, il est euphémique de dire qu’Emmanuel Macron traverse une forte zone de turbulences. Avant les vacances, l’affaire Benalla avait empêché la majorité de mener au pas de charge la réforme constitutionnelle voulue par le monarque présidentiel mais tout le monde ou presque au sein de la majorité pensait sans doute que les difficultés ne seraient que passagères et que le bulldozer pourrait reprendre sa marche en avant une fois les cigales devenues silencieuses. Las, voilà le locataire de l’Elysée sommé de faire face tout à la fois à la démission de Nicolas Hulot – qui dévoile de manière crue la réalité de la présidence Macron, j’y reviendrai prochainement – et aux résultats économiques en berne.

Il serait toutefois bien présomptueux de penser, à gauche, que l’arrogant successeur de François Hollande va se laisser abattre et reculer. Le couac sans doute à venir sur le prélèvement à la source ne nous autorise effectivement pas à dire que le pouvoir macroniste bat en retraite, tout au plus voyons nous se profiler une décision purement politicienne motivée par la peur de connaitre une déroute lors des élections européennes à venir l’année prochaine. Telle une bête blessée, il se pourrait bien que le locataire de l’Elysée décide d’accélérer le train de ses réformes pour noyer l’opposition à la politique qu’il mène. Dans cette optique, la Sécurité sociale pourrait bien faire figure de totem à faire tomber pour la caste au pouvoir et ce, pour au moins deux raisons principales. Lire la suite

Les bavures policières et le fossé grandissant

Mardi dernier, un jeune homme est mort à la suite d’un contrôle de police. Il s’appelait Aboubakar Fofana, il avait 22 ans et il a été tué d’une balle à la carotide. Depuis, dans le quartier du Breil à Nantes, la tension n’est pas redescendue. Aboubakar Fofana n’est que le dernier d’une longue liste de victimes de bavures policières et, à chaque fois ou presque, le même mécanisme se met en place, celui de diaboliser celui qui vient de mourir – nous y reviendrons. Très rapidement en effet la mort du jeune homme a été instrumentalisé par bien des politiciens et des éditorialistes comme il est de coutume, une forme de stratégie visant sans doute à attaquer pour mieux défendre l’institution policière réputée incritiquable.

Il est pourtant essentiel à mon sens de revenir et de s’interroger sur ces réactions à l’emporte pièce qui sont à la fois révélatrices d’un fossé toujours plus grandissant en même temps que le moyen d’imposer un agenda identitaire, autoritaire et sécuritaire. Les bavures policières, bien trop nombreuses, frappent sempiternellement les mêmes personnes pour les plus graves d’entre elles. C’est toujours, ou presque, des jeunes issus des quartiers populaires à la couleur un peu trop foncée selon certains qui font les frais de la violence de l’institution policière dans ce pays et les réactions qui accompagnent lesdites bavures en disent très long sur le fossé qui se creuse dans notre pays. Lire la suite

Arnaud Beltrame, Mireille Knoll et les forces du manichéisme

Il y a quelques semaines, notre pays a été endeuillé par l’attentat de Trèbes et le meurtre de Mireille Knoll à Paris. Cette semaine sanglante a été symbolisée par le visage de deux victimes pour des raisons différentes. Mireille Knoll tout d’abord, cette vieille femme juive, a provoqué l’émotion d’une immense majorité des Français tant son meurtre ou son assassinat – la justice aura la charge de le définir – a marqué par sa violence et ses circonstances (le fait que le meurtrier/assassin présumé connaissait sa victime notamment). Arnaud Beltrame a lui marqué la France en raison de son héroïsme. En choisissant d’échanger sa vie contre celle d’une personne otage du terroriste, le colonel a, comme l’a bien exprimé Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée nationale, inversé la symbolique que voulait porter le terroriste.

Si l’émotion fut unanime, celle-ci a rapidement été chassée par des débats et mesquineries politiciennes. Le rassemblement qu’aurait pu appeler de tels événements a prestement été remisé au placard en raison des paroles, des actes et des décisions de toute une galaxie de personnes n’hésitant pas, tels des charognards, à faire leur beurre sur le dos de dépouilles encore chaude. Il est assez dramatique de constater que les mois passent, que les évènements se reproduisent et que certains continuent à mener cette politique de la terre brûlée qui n’a aucun respect pour les victimes et ne vise qu’à diviser pour mieux faire avancer ses vues politiciennes de bas étage. Lire la suite

Lettre ouverte d’un descendant de l’immigration aux députés LREM

Chers députés La République en Marche, j’ai quelque peu hésité avant de vous écrire ces quelques lignes. J’ai hésité non pas en raison de je ne sais quelle pudeur ou appréhension, après tout dans un système qui se veut démocratique il est tout à fait normal que les citoyens puissent interpeller les députés qui sont, dans les institutions françaises, les représentants du peuple. Si j’ai hésité, c’est assurément bien plus en raison du caractère sans doute inutile qu’aura cette missive. Je doute fort que l’un d’entre vous la lise et quand bien même cela arriverait, il est peu probable que celle-ci influe sur votre vote à propos de la loi asile et immigration présentée et défendue par Gérard Collomb ce jour-ci à l’Assemblée.

C’est en effet à propos de cette loi que je souhaite vous interpeller, cette fameuse loi selon laquelle, si on écoute les éléments de langage du gouvernement, l’Etat français agira désormais avec fermeté et humanité à propos des exilés. La fermeté, on la voit à l’œuvre depuis l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron et la nomination de Gérard Collomb place Beauvau. Toutes les associations venant en aide à ces pauvres hères dénoncent d’une seule et même voix les pratiques inhumaines que font subir les forces de l’ordre à ceux qui, bravant la peur, regardant la mort en face et n’ayant souvent pour bagages que leurs enfants, tentent non pas de trouver une meilleure vie ailleurs que dans le pays qui les a vus naitre mais simplement de trouver une vie moins pire si vous me permettez cette faute de français.

Cette loi asile et immigration n’est en réalité qu’une manière d’expulser de plus en plus de monde. Sous couvert d’efficacité, le mot que votre président utilise avec tant d’outrance qu’il finit par le dénaturer, elle organise le traitement inhumain de personnes à qui l’on retire toute dignité. Cette loi est l’une des victoires intellectuelles les plus probantes de l’extrême-droite. Voter en faveur de celle-ci dans l’hémicycle c’est se ranger au côté de ces idées rances et pestilentielles. Il n’y a aucune modernité à traiter des êtres humains qui fuient la guerre, les menaces ou la misère comme la lie de l’humanité qu’il faudrait s’empresser d’expulser. Il n’y a aucune modernité à rallonger la durée de détention en centre de rétention administratif. Aucune modernité à enfermer des enfants. Aucune modernité à laisser des femmes, des hommes et des enfants traverser les Alpes pieds nus au péril de leur vie. Aucune modernité à soutenir la mise en place d’un délit de solidarité dont la formulation même est une obscénité et une insulte à notre intelligence et à notre humanité. Là où vous et vos ministres voient de la modernité, de l’efficacité, du pragmatisme ou de l’équilibre, je ne vois que l’archaïque loi du plus fort et l’expression de l’inhumanité de l’être humain. Après avoir détruit directement ou indirectement ces pays, voilà la France, la soi-disant patrie des droits de l’Homme, qui fait tout pour martyriser ceux qui fuient le désastre.

Bien sûr, il est des points sur lesquels nous ne serons jamais d’accord. Vous avez été élus sur une ligne néolibérale quand je suis volontiers un critique acharné du capitalisme. D’ailleurs je ne cherche pas à vous interpeller sur les sujets économiques ou sociaux, parce que nos positions sont à des années lumières. Je dois pourtant admettre que je vous pensais libéraux sur tous les plans, économique et politique. Je ne croyais pas qu’une fois au pouvoir vous voteriez le doigt sur le pantalon des lois mettant à mal les droits humains ou la démocratie. Je sais bien que, pour beaucoup d’entre vous, vous ne devez votre élection qu’à la figure d’Emmanuel Macron accolée à la votre sur les affiches électorales lors de la campagne législative mais tout de même, avez-vous à ce point perdu tout sens et esprit critiques ?

Le gouvernement que vous soutenez ou vous-mêmes, vous utilisez jusqu’à la nausée l’argument du courage. Lorsque vous menez des coupes budgétaires vous nous affirmez qu’il s’agit là de courage. Lorsque vous mettez en place des mesures impopulaires parce que destinés aux plus riches, le courage est encore convoqué. L’on pourrait entrer dans des débats philosophiques sur ce qu’est la notion de courage et ce qu’elle n’est pas mais je me contenterai d’en donner une approche. A mes yeux le courage c’est aussi et peut-être avant tout de se lever contre quelque chose qui nous parait injuste et ce, peu importe les conséquences. Récemment votre patron, Richard Ferrand, a menacé d’expulsion de manière à peine voilée ceux qui seraient tentés de ne pas voter le projet de loi dont il est question dans cette lettre. Sans doute un nombre important d’entre vous a été sensible à cette menace mais il me semble précisément que le courage c’est de refuser le diktat que tentent de vous imposer les caciques de votre parti et le gouvernement pour voter en votre âme et conscience. Vous avez signé une charte en vous portant candidat je le sais bien mais celle-ci ne vaut rien aux yeux de notre constitution puisque nul mandat ne saurait être impératif et c’est vous, et vous seuls, qui décidez de ce que vous votez. Ce que vous déciderez en ce lundi 16 avril 2018 vous définit. Aurez-vous le courage de vous lever contre ce texte inique et inhumain ou bien consentirez-vous à vous asseoir à la table de l’extrême-droite par pusillanimité ? Je ne m’adresse bien sûr ici qu’à ceux d’entre vous qui ne partagent pas les idées de ce texte mais qui par peur ou fidélité ont l’intention de voter cette loi. Ceux qui sont en phase avec ces idées nauséabondes ne m’intéresse pas.

L’un des principaux arguments de Gérard Collomb pour défendre son texte face à la fronde naissante au sein de votre groupe a été d’utiliser le fameux principe de réalité. Pour être honnête, le recours à ce principe est une constante depuis votre accession au pouvoir et, comme je l’ai déjà écrit, ce n’est pas du réel dont vous nous parler en l’utilisant mais bien plus du Réel, ce concept fantasmé qui nie totalement la réalité des choses. Le principe de réalité, plutôt que de le brandir en étendard ou en oripeaux, choisissez de vous y confrontez comme l’ont fait certains d’entre vous en allant visiter des centres de rétentions. Allez donc voir à Stalingrad la misère et le désespoir de ces pauvres âmes, passez donc une nuit avec eux, aidez-les et vous comprendrez que le principe de réalité ce n’est pas des chiffres froids et des tableaux Excel comme le prétend Monsieur Collomb. Je vous le répète, ce que vous ferez aujourd’hui vous définira. L’on n’est pas progressiste ou humaniste parce qu’on le proclame. On le devient en agissant en accord avec ces doctrines. Nul discours, nul repentir, nul remord ne pourra effacer ce que vous ferez en votant en faveur de cette loi, elle vous définira pour le reste de votre vie en vous plaçant du côté de l’oppresseur. Et surtout n’oubliez pas, nous sommes tous des immigrés.

Données personnelles, passer de la menace à l’opportunité

Il arrive parfois que la réalité rattrape la fiction. Dans la saison 4 de House of Cards, William Conway, le candidat républicain opposé à Frank Underwood, utilise par le biais de soutiens de sa campagne un moteur de recherche dénommé Pollyhop pour espionner les Etatsuniens et ainsi avoir un coup d’avance sur son adversaire. Découvrant cet outil aux mains de son concurrent – et étant très mal en point dans les sondages – Underwood décide alors d’utiliser les ressources de la NSA pour espionner lui aussi ses concitoyens. Si les révélations d’Edward Snowden avaient déjà montré que l’espionnage via la NSA n’était pas que de la fiction, le scandale qui frappe aujourd’hui Facebook et Cambridge Analytica ressemble furieusement au Pollyhop de Conway.

Il est en effet reproché au géant des réseaux sociaux d’avoir fourni les données personnelles de plusieurs dizaines de millions d’utilisateurs étatsuniens pour œuvrer au profit du parti républicain lors des dernières élections. Ce dernier scandale a suscité des réactions du monde politicien mais il y a fort à parier que celui-ci ne réagit que parce qu’il est directement concerné. Le détournement de données personnelles ne date en effet pas d’hier. Un journaliste de FranceInfo s’est d’ailleurs aventuré à demander les données personnelles que Facebook détenait sur lui et, dans une surprise à moitié feinte, celui-ci s’est rendu compte que le réseau social conserver toutes les données qu’on lui laisse. Cet enchainement d’évènements liés à la gestion de nos données personnelles sur internet, s’il est effrayant, doit selon moi nous pousser à engager une réflexion globale sur lesdites données personnelles, données qui sont aujourd’hui situées dans une dangereuse zone grise.

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