La double escroquerie du chômage pour les indépendants

Malgré le remaniement, malgré la volonté de beaucoup de focaliser l’attention sur la réaction de Jean-Luc Mélenchon, malgré tous les écrans de fumée en somme, ce qui demeure bien vivace en ce début d’automne concerne la politique économique de Monsieur Macron et de sa caste. Par-delà les résultats en berne et bien en deçà des attentes du monarque présidentiel, cette fin d’année ne fait que confirmer à quel point la politique menée par le locataire de l’Elysée et mise en œuvre par son gouvernement et sa majorité fantoche est une politique de classe. Ce n’était finalement pas l’autre sens de son allocution d’il y a quelques jours pour peu qu’on prenne le temps de lire entre les lignes.

Affirmant tout à la fois qu’il ne changerait pas de cap et se présentant finalement dans une atmosphère très lugubre, le successeur de François Hollande – bien que là n’était sans doute pas son objectif – a pris des allures de faucheuse pour les classes sociales les plus dominées de notre pays, dans une forme d’apocalypse (si tant est que l’on prenne l’étymologie grecque du terme, signifiant révélation). Complètement sourds à la colère qui gronde et qui monte dans le pays, Emmanuel Macron et sa camarilla continuent d’avancer bille en tête pour modifier en profondeur le modèle social de notre pays. A cet égard, la promesse de mettre en place l’assurance chômage pour les indépendants – promesse très floue durant la campagne nous y reviendrons – est à mon sens révélatrice de cette volonté en même temps qu’une immense et double escroquerie. Lire la suite

Les inégalités salariales, la fausse route et le changement sociétal

Il y a à peine un an, le hashtag #MeToo faisait son apparition sur les réseaux sociaux aux Etats-Unis. Prenant de l’ampleur après la révélation de l’affaire Weinstein, le slogan s’est rapidement répandu sur l’ensemble de la planète si bien que nombreux avons-nous été à voir dans ce mouvement massif et inédit le début de la fin d’un patriarcat qui n’en finit plus de régir la société. En France également, octobre 2017 a marqué la mise en place d’un hashtag, certes différent, poursuivant le même but : #BalanceTonPorc. Libération de la parole féminine, début d’une prise de conscience des discriminations lourdes qui ont lieu quotidiennement ou autant d’éléments que nous avons cru voir se mettre en place un peu partout sur la planète.

Pourtant un an plus tard rien n’a changé ou presque. Symbolisant cette défaite culturelle temporaire en même temps qu’un triomphe certain pour Donald Jr Trump, la confirmation de la nomination de Brett Kavanaugh, accusé de viol, à la Cour Suprême des Etats-Unis est là pour nous rappeler à quel point le chemin à parcourir demeure long. De ce côté-ci de l’Atlantique, la situation n’est guère plus florissante :  tribunes fustigeant le mouvement Balance ton porc, absence des femmes aux postes politiques élevés, tout ou presque agit comme un rappel de la prégnance du patriarcat et de la discrimination des femmes. Par-delà le monde politique, les inégalités salariales entre hommes et femmes demeurent assurément le symbole le plus profond de cette discrimination. Il est donc une impérieuse nécessité de lutter contre ces inégalités en se gardant bien de faire fausse route, chose que nous faisons malheureusement souvent. Ceci implique d’assumer le fait de défendre un changement systémique à l’échelle de la société. Lire la suite

Médine et le Bataclan, perdre pour mieux gagner ?

« Nous avons pris la décision, douloureuse, d’annuler les deux dates de concert au Bataclan ». En une phrase et quinze petits mots, Médine a mis fin, vendredi, à la bataille avant même qu’elle ne commence. Pareille à la lame aiguisée d’une guillotine qui tranche une tête, sa publication sur Instagram – accompagnée d’une photo le présentant avec un grand sourire, ce qui n’est pas anodin nous y reviendrons – est venue mettre un terme provisoire à l’un de ses rêves, se produire au Bataclan. Tel un condamné se passant lui-même la corde au cou, le rappeur havrais a décidé de prendre les devants et d’annuler lui-même ses concerts dans la salle désormais tristement célèbre dans une réflexion que je considère comme courageuse comme nous le verrons.

L’ironie grinçante et tragique de l’histoire réside assurément dans le fait que dans le morceau éponyme parlant de la salle et tiré de son dernier album, Médine explique que parfois « on parlait de sa venue que dans la rubrique faits divers », un peu comme si le passé le rattrapait. Cette annulation des concerts par Médine est loin d’être le fruit du hasard mais bien plutôt la conséquence d’attaques calomnieuses et odieuses de la part de groupuscules d’extrême-droite qui sont même allés jusqu’à menacer de s’en prendre physiquement au public du rappeur. Parce que Médine est rappeur, parce qu’il assume d’être musulman, parce que l’extrême-droite est encore une fois parvenue à bâillonner ce qu’elle avait envie de bâillonner, il ne me parait ni absurde ni exagéré d’affirmer que cette affaire (puisqu’il faut bien l’appeler ainsi) agit comme une forme de symbole et de révélation des tendances lourdes de ce pays qui devient chaque jour un peu plus rance. Lire la suite

De quoi les arrêtés anti-mendicité sont-ils le symptôme ?

Alors que l’exécutif a présenté son plan anti-pauvreté la semaine dernière après l’avoir reporté à de multiples reprises, dans une forme de message implicite affirmant que la pauvreté était le cadet des soucis de la caste au pouvoir qui préfère s’empresser de supprimer l’ISF ou d’instaurer un impôt forfaitaire pour mieux faire des cadeaux aux plus fortunés de ce pays, la ville de Besançon a fait la une de l’actualité cet été en raison de la publication d’un arrêté anti-mendicité par la mairie. Il faut dire que le symbole est à la fois puissant et désespérant quand la ville de Victor Hugo, auteur des Misérables et sans doute plus grand écrivain français ayant traité de la vie des petites gens avec Emile Zola, décide de chasser les sans-abris de ses rues comme si faire la manche était un délit.

Cette culpabilisation des personnes sans-abris ne fait finalement que s’inscrire dans la logique qui gouverne ce pays, celle qui se cache derrière le mythe de la responsabilisation qui explique aux dominés que s’ils le sont c’est qu’ils l’ont bien cherché – après tout peut-être suffirait-il aux sans-abris de traverser la rue pour trouver un toit tout comme il suffit aux chômeurs de passer sur le trottoir d’en face pour trouver un emploi. Il va sans dire que ces odieux arrêtés anti-mendicité présentant la misère comme un délit ne sont pas nouveaux. Il faut, me semble-t-il, toutefois convenir que leur prolifération n’est pas anodine et que celle-ci nous dit bien des choses sur la société dans laquelle nous vivons. Lire la suite

Le départ de Nicolas Hulot ou le double coup de semonce

Le 28 août dernier, c’est un Nicolas Hulot très marqué par la décision de quitter le gouvernement qui a répondu aux questions de Léa Salamé et Nicolas Demorand – qui dans une indécence qui les caractérise eux et une grande partie du monde médiatique ont quasiment proclamé qu’ils avaient poussé le désormais ex-ministre à prendre cette décision. Pendant une bonne dizaine de minutes, avant que Monsieur Hulot n’annonce son départ du gouvernement, le flottement était palpable si bien que l’on peut avoir la sensation qu’il fait son choix durant l’interview quand bien même il a expliqué que sa décision avait été prise la veille de son passage radiophonique. Plombé par l’affaire Benalla avant les vacances d’été, voilà Emmanuel Macron qui se retrouve acculé par la démission de l’un de ses ministres phares en cela qu’il était à la fois populaire et l’une des prises de guerre de la société civile.

Dans un gouvernement qui manque assurément de poids lourds politiques, la présence de Nicolas Hulot était une sorte de gage communicationnel donné à une partie des personnes fustigeant l’absence de politique écologique ambitieuse de ce gouvernement depuis un peu plus d’un an. Si la décision de l’ancien ministre a été mûrement réfléchie selon ses dires, celui-ci a également avoué qu’il n’avait prévenu absolument personne avant son passage matinal dans les studios de France Inter – sans doute ce qui confère à cette interview le statut de grand moment de radio. Nicolas Hulot était l’un des ministres phares d’un point de vue de la communication, son départ sonne ainsi le glas de ladite communication creuse et vide tout en posant des questions profondes et sérieuses. Lire la suite

La Sécurité sociale ou la digue à protéger

En cette rentrée politique 2018, il est euphémique de dire qu’Emmanuel Macron traverse une forte zone de turbulences. Avant les vacances, l’affaire Benalla avait empêché la majorité de mener au pas de charge la réforme constitutionnelle voulue par le monarque présidentiel mais tout le monde ou presque au sein de la majorité pensait sans doute que les difficultés ne seraient que passagères et que le bulldozer pourrait reprendre sa marche en avant une fois les cigales devenues silencieuses. Las, voilà le locataire de l’Elysée sommé de faire face tout à la fois à la démission de Nicolas Hulot – qui dévoile de manière crue la réalité de la présidence Macron, j’y reviendrai prochainement – et aux résultats économiques en berne.

Il serait toutefois bien présomptueux de penser, à gauche, que l’arrogant successeur de François Hollande va se laisser abattre et reculer. Le couac sans doute à venir sur le prélèvement à la source ne nous autorise effectivement pas à dire que le pouvoir macroniste bat en retraite, tout au plus voyons nous se profiler une décision purement politicienne motivée par la peur de connaitre une déroute lors des élections européennes à venir l’année prochaine. Telle une bête blessée, il se pourrait bien que le locataire de l’Elysée décide d’accélérer le train de ses réformes pour noyer l’opposition à la politique qu’il mène. Dans cette optique, la Sécurité sociale pourrait bien faire figure de totem à faire tomber pour la caste au pouvoir et ce, pour au moins deux raisons principales. Lire la suite

Les bavures policières et le fossé grandissant

Mardi dernier, un jeune homme est mort à la suite d’un contrôle de police. Il s’appelait Aboubakar Fofana, il avait 22 ans et il a été tué d’une balle à la carotide. Depuis, dans le quartier du Breil à Nantes, la tension n’est pas redescendue. Aboubakar Fofana n’est que le dernier d’une longue liste de victimes de bavures policières et, à chaque fois ou presque, le même mécanisme se met en place, celui de diaboliser celui qui vient de mourir – nous y reviendrons. Très rapidement en effet la mort du jeune homme a été instrumentalisé par bien des politiciens et des éditorialistes comme il est de coutume, une forme de stratégie visant sans doute à attaquer pour mieux défendre l’institution policière réputée incritiquable.

Il est pourtant essentiel à mon sens de revenir et de s’interroger sur ces réactions à l’emporte pièce qui sont à la fois révélatrices d’un fossé toujours plus grandissant en même temps que le moyen d’imposer un agenda identitaire, autoritaire et sécuritaire. Les bavures policières, bien trop nombreuses, frappent sempiternellement les mêmes personnes pour les plus graves d’entre elles. C’est toujours, ou presque, des jeunes issus des quartiers populaires à la couleur un peu trop foncée selon certains qui font les frais de la violence de l’institution policière dans ce pays et les réactions qui accompagnent lesdites bavures en disent très long sur le fossé qui se creuse dans notre pays. Lire la suite