La loi « anticasseurs », la perquisition chez Mediapart et l’hiver démocratique

Il est des périodes qui sont tout à la fois le témoin et la scène d’accélération prodigieuse des dynamiques. Pareilles à ces mélanges chimiques qui ont besoin de dépasser un certain stade pour que le précipité se forme, celles-ci sont reconnaissables à la succession très rapprochée de symboles de rupture. Il ne me parait pas exagéré de dire que nous vivons actuellement une période de ce type en France. Des propos tenus en demi-off par Emmanuel Macron à certains médias, où le monarque présidentiel fait montre d’un complotisme absolument absurde dans tous les sens du terme, au vote par une écrasante majorité de députés de la loi dite anticasseurs qui remet radicalement en cause le droit de manifester dans ce pays en passant par la tentative de perquisition de Mediapart au fumeux motif d’une protection de la vie privée ou celle de Manuel Bompard, tout ou presque concorde pour dire que la séquence que nous vivons est singulière.

Le propre de ce genre d’accélération des évènements est sans conteste leur caractère apocalyptique. Il faut ici entendre le sens premier et étymologique du terme apocalypse, terme qui dans la Grèce antique signifiait révélation. Il ne s’agit pas de dire que l’on découvre le visage autoritaire du locataire de l’Elysée – peut-être devrions nous l’appeler le complotiste de l’Elysée comme le fait Frédéric Lordon dans son dernier billet de blog, génial au demeurant – mais bien plus assurément expliquer que le voile semble s’être définitivement et de manière irrémédiable déchiré, que les quelques oripeaux derrière lequel se cachait la caste sont désormais jetés à terre et que le roi est désormais nu, donc autoritaire. Démontrer et critiquer cette extension du domaine autoritaire ne saurait suffire, il devient impérieux de se lever contre cet hiver démocratique.

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L’UE, l’Italie et le symptomatique bras de fer

Passée quelque peu inaperçue de ce côté-ci des Alpes en raison du mouvement des Gilets Jaunes, l’actualité italienne est pourtant brûlante à bien des égards. Alors que tous les yeux européens, ou presque, sont effectivement rivés sur le Royaume-Uni et sur la fragilité de Theresa May ainsi que sur la potentialité d’un hard Brexit, l’Italie fait figure de deuxième foyer menaçant au sein de l’Union Européenne en cela qu’elle est, depuis des semaines, engagée dans un bras de fer l’opposant à la Commission européenne à propos du budget présenté par la majorité composée de la Ligue et du mouvement 5 Etoiles.

Vertement critiquée depuis son accession au pouvoir, la coalition semble aujourd’hui vivre ce que l’on pourrait définir comme un mouvement de vérité. Se définissant tous les deux comme des partis antisystème et critiques de l’Union Européenne et de ses règles, les deux partis au pouvoir en Italie voient désormais leurs critiques et leurs positions se heurter à la réalité d’une Commission européenne ayant fermement décidé qu’elle ne souhaitait laisser aucune marge de manœuvre budgétaire au gouvernement italien. Dès lors, tenter de comprendre de quoi cette volonté forcenée de ne laisser aucune marge à la coalition au pouvoir en Italie est le symptôme est, me semble-t-il, la première étape pour comprendre les motivations profondes de l’Union Européenne actuelle et de son bras politique armé qu’est la Commission européenne.

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Autoritarisme, l’enfant monstrueux du néolibéralisme

Orban, Trump, Salvini, Bolsonaro, la liste des dirigeants autoritaires ayant pris le pouvoir ces dernières années ne cesse de s’allonger. S’égrenant comme l’on récite une litanie à la messe, les noms de ces dirigeants ne cessent de susciter effroi et sidération en regard de leurs discours et des politiques qu’ils entendent mener (ou mènent une fois au pouvoir). Si l’on ajoute à ces noms, ceux des dirigeants désignés comme autoritaires déjà solidement en place tels Xi Jinping, Mohammed Ben Salmane, Recep Tayyip Erdogan ou Vladimir Poutine, on se rend assez rapidement compte du vent mauvais qui souffle sur la planète, entre nationalistes zélés et partisans d’une violence accrue contre leurs opposants. Ce Zeitgeist, cet « esprit du temps », a ceci de particulier qu’il s’étend sur toute la planète mais surtout que, dans la plupart des cas, c’est à l’issue d’élections (régies par des modes de scrutin très divers) qu’il se répand progressivement – élections précédées par des campagnes au cours desquelles les différents candidats ne cachent pas leur penchant autoritaire.

En regard de cette montée de ce qui est tantôt appelé populismes tantôt placé sous le vocable de « démocratie illibérale », bien des dirigeants et des médias nous servent à l’envi l’antienne selon laquelle l’antidote à cette montée des autoritarismes partout sur la planète serait le néolibéralisme si bien que nous sommes progressivement en train de nous retrouver pris dans une mâchoire d’airain entre le néolibéralisme d’une part et cet autoritarisme nationaliste de l’autre – ladite mâchoire étant assurément symbolisée par la volonté d’Emmanuel Macron de se placer en rempart de Salvini ou Orban. Il ne s’agit évidemment pas de faire des généralisations ou de nier les spécificités de chacun des pays mais il me semble pourtant que des éléments permettent de tisser une forme de fil d’Ariane et que bien des points de fuite convergent vers une même conclusion: cet autoritarisme qui se répand n’est pas opposé au néolibéralisme, il en est son émanation. Lire la suite

La crise italienne, énième révélateur de l’autoritarisme de l’UE

Depuis dimanche dernier, l’UE a été rattrapée par la crise politique italienne. Ce qui ne constituait qu’une hypothèse jusque-là s’est soudainement matérialisé avec fracas durant les sept minutes de déclaration du président Sergio Mattarella qui venait d’opposer son veto à la formation du gouvernement proposé par le mouvement 5 étoiles et la Ligue que devait diriger Giuseppe Conte. « La désignation d’un ministre de l’Economie constitue toujours un message immédiat en direction des opérateurs économiques et financiers. J’ai demandé que soit indiquée une figure compétente, qui ne soit pas vue comme soutenant une ligne pouvant provoquer la sortie de l’Italie de l’euro », c’est avec ces termes que le locataire du palais du Quirinal a justifié sa décision que beaucoup d’observateurs analysent comme étant une interprétation très extensive de la Constitution italienne.

Les sources de cette crise politique remontent aux résultats des élections générales italiennes qui, le 5 mars dernier, n’ont pas donné de majorité claire au sein de la Camera des deiputati (la chambre des députés en version française), équivalent de l’Assemblée nationale. Le mouvement 5 étoiles, arrivé largement en tête, s’est finalement allié à la formation d’extrême-droite de la Ligue (l’ancienne Ligue du Nord) et les deux formations se sont entendues sur un programme de gouvernement qui fait la part belle au parti d’extrême-droite sur la question de l’immigration, nous y reviendrons. Ce véritable coup de force institutionnel réalisé par le président Mattarella – même s’il a depuis accepté la formation d’un autre gouvernement – s’inscrit finalement dans la logique qui gouverne cette Union Européenne à la dérive : le refus de toute alternative à sa politique économique et le suprême mépris avec laquelle elle traite les élections.

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Autoritarisme, l’autre visage du néolibéralisme

En s’affirmant comme progressiste, lors de la campagne présidentielle de 2017, Emmanuel Macron se présentait comme un libéral absolu – ce que Le Monde Diplomatique titra comme « l’extrême-centre ». Par libéral absolu il faut comprendre que Macron disait être libéral à la fois sur les plans économique et politique. En cela, son positionnement était réellement singulier puisqu’il se détachait de Valls ou Fillon qui eux sont libéraux économiquement mais illibéraux (voire franchement conservateurs) politiquement ainsi que de Mélenchon ou Hamon qui, au contraire, se présentaient libéraux politiquement mais hostiles au libéralisme économique. Finalement, en adoptant cette position, l’alors candidat reprenait une vieille antienne du néolibéralisme, celle qui affirme que la libéralisation économique s’accompagne d’une libéralisation politique. En d’autres termes, il s’agit de dire que l’économie de marché est le meilleur vectur de la démocratisation.

Cette fable, c’est bien entendu celle qui a été présentée lors de la chute de l’URSS aux anciennes démocraties populaires. Cette fable, c’est celle qui a fait imposer un peu partout l’économie de marché et le capitalisme néolibéral comme corollaire de la démocratie. En somme, cette fable est sans doute l’antienne la mieux partagée depuis la fameuse et fumeuse théorie de la fin de l’Histoire de Francis Fukuyama. Je crois pour ma part qu’il est urgent de déconstruire cette fable parce que non seulement elle ne décrit pas la réalité des choses mais que surtout, elle est l’inverse de la réalité du néolibéralisme. Toutefois, dans la logique qui le lie à l’autoritarisme, il me semble que nous sommes en train de franchir un de ces seuils qui peuvent précipiter des changements d’envergure, particulièrement en France et cela est très inquiétant. Lire la suite