Les Toujours Charlie ou la bataille culturelle qui ne dit pas son nom

En début d’année, au prétexte de rendre hommage à Charlie Hebdo et de commémorer le troisième anniversaire du terrible attentat qui a décimé la rédaction du journal le 7 janvier 2015 était organisée une journée « Toujours Charlie ». Ladite journée était organisée par le Printemps Républicain, le Comité Laïcité République et la Licra et a rassemblé une multitude de personnes de cette sphère réactionnaire qui se prétend de gauche et dont Manuel Valls est la figure de proue. Aux Folies Bergères c’est donc à une litanie de définition de ce qu’était être Charlie à laquelle nous avons assisté.

Bien vite néanmoins, l’objet des discussions a dérivé et ce grand barnum a révélé sa réelle raison d’être. L’hommage à Charlie Hebdo n’était en effet qu’un prétexte pour faire avancer des idées. Cette constatation n’est, hélas, pas nouvelle puisque l’ensemble de cette sphère réactionnaire et laïcarde qui a vu le jour à la suite des attentats passe son temps, Valls en tête, à instrumentaliser tout et n’importe quoi pour faire avancer ses idées nauséabondes. Il serait plus que temps de démasquer et dénoncer une fois pour toute cette imposture qui se cache derrière les oripeaux d’une lutte pour la liberté d’expression alors même que son but est de réduire au silence tous ceux qui ne pensent pas comme elle.

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Charlie Hebdo, Mediapart et l’hystérie triomphante

Voilà quelques semaines que Mediapart est devenu une cible pour bien des personnes de ce pays. Après les révélations sur les présumées violences sexuelles de Tariq Ramadan – que bien des témoignages et une excellente enquête de Mediapart viennent corroborer – le journal en ligne a effectivement été accusé d’avoir couvert les agissements de l’intellectuel suisse. Pour avoir participé à un colloque avec Monsieur Ramadan, Edwy Plenel est devenu aux yeux d’un arc rance son allié, celui qui aurait couvert des agissements abjects. De la même manière, Mediapart a été attaqué par ce même arc rance pour avoir effectué une longue enquête sur Tariq Ramadan, il y a de ça quelques mois, sans avoir abordé cette question. Le média s’est donc retrouvé accusé de complaisance à l’égard des agressions sexuelles dudit monsieur.

La charge la plus violente est d’abord venu de Charlie Hebdo lorsque le journal dirigé par Riss a publié un numéro dont la une représentait Edwy Plenel. Sa moustache surdéveloppée dans le dessin esquissait l’image des trois singes – celui qui ne voit rien, celui qui ne dit rien et celui qui n’entend rien – surmonté d’un titre univoque : Mediapart révèle « On ne savait pas ». Cette attaque abjecte, puisqu’il faut nommer les choses, qui sous-entend que Mediapart savait et a couvert ces agissements a évidemment déclenché une réaction de la Société des Journalistes de Mediapart dans un post très mesuré, il me semble. Très rapidement pourtant l’affaire a pris des proportions monumentales, certains – Manuel Valls en tête – profitant d’un édito assassin de Riss à l’égard d’Edwy Plenel pour attaquer Mediapart de manière très violente. Tout cette affaire nous dit, je crois, bien des choses sur l’hystérie actuelle dans notre pays. Lire la suite

Esprit Charlie es-tu là ?

Le 7 janvier dernier, un an après l’attaque dans les locaux de Charlie Hebdo, le hashtag #JeSuisToujoursCharlie était en tête de Twitter France. Trois jours plus tard, le 10 janvier, date anniversaire du plus grand rassemblement depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale, un sondage BVA-Orange-ITélé paraissait. D’après ce sondage, 76% des Français se disent toujours Charlie un an après les terribles attaques. Dans la foulée, la place de la République devenait le théâtre d’un hommage qui se voulait national – mais qui n’a rassemblé presque personne – avec un concert de Johnny Halliday et la pose d’une plaque commémorative à la mémoire des 12 personnes tuées dans les locaux de Charlie Hebdo.

François Hollande a voulu faire de cet hommage un hommage de la nation à toutes les victimes des attentats de 2015. Malheureusement pour lui, très peu de monde se sont rendus place de la République ce matin-là. L’esprit Charlie, tant vanté par les hommes et femmes politiques, me semble avoir quelque peu disparu – si tant est qu’il ait réellement existé un jour. Emmanuel Todd, dans Qui est Charlie ?, évoquait déjà un « flash totalitaire » à la suite des attentats de janvier et force est de constater que celui-ci a muté en dérive autoritaire depuis les attentats de novembre si bien que nous sommes en face d’une contradiction majeure entre la promotion de l’esprit Charlie d’une part et les mesures prises d’autre part. Lire la suite

Dix mois après, où est Charlie ?

Il y a dix mois, quasiment jour pour jour, les frères Kouachi commettaient un crime innommables qui couta la vie à 12 personnes. Des kalachs dans une salle de rédaction, des balles contre des crayons, cet attentat n’a alors fait que confirmer l’adage qui veut que les hommes qui ont des balles combattent souvent les hommes qui ont des idées. Quelques jours après, le 11 janvier plus précisément, de grandes marches étaient organisées un peu partout en France, rassemblant 4 millions de personnes. La plus grande démonstration d’unité depuis la Libération disait-on alors. Au « Je suis Charlie » entonné par des millions de personnes s’est alors ajouté l’esprit Charlie, d’essence plus politicienne visant à célébrer cette unité de façade.

Déjà à ce moment, je m’étais méfié du fameux esprit Charlie. Emmanuel Todd, dans Qui est Charlie ?, a selon moi raison quand il parle d’une sorte de « flash totalitaire durant cette période ». Il était, en effet, compliqué de dire « je ne suis pas Charlie » à ce moment-là sous peine d’être taxé d’amitié voire de bienveillance envers les frères Kouachi et les terroristes en général. C’est d’ailleurs le travers dans lequel tombe, à mon sens, Caroline Fourest dans son livre Eloge du blasphème. Déjà à ce moment-là, la liberté d’expression n’était pas aussi défendue que ce que l’on voulait bien nous dire. En somme, les gens étaient sommés d’être libres de penser comme ceux qui défendaient l’esprit Charlie. On nous a alors expliqué que ceci signifiait défendre la liberté d’expression, valeur fondamentale de la République. Aujourd’hui, dix mois après, cette soi-disant défense de la liberté d’expression, si tant est qu’elle ait réellement existé, a disparu. Lire la suite

Pourquoi dire que les terroristes font le jihad est un non-sens absolu

Comme l’écrivait Albert Camus dans La Peste, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». A la lumière de cette maxime, l’usage que les médias et la doxa font du mot jihad est édifiant. Si l’on écoute un peu la radio, regarde un peu la télé ou lit un peu les journaux, on comprend assez vite que le terme jihad est compris et utilisé pour signifier terrorisme islamiste ou lutte armée. Et pourtant, dans la tradition musulmane ce mot ne signifie nullement ceci. Analyse d’une méprise qui est désormais ancrée profondément dans l’inconscient collectif. Lire la suite

Débat sur le service civique: l’arbre qui cache la forêt ?

Après le temps du recueillement et de la mobilisation populaire à la suite des attentats des 7 et 9 janvier derniers, le temps des débats politiques et sociétaux est arrivé. A ce petit jeu, le débat qui occupe le plus de place dans les médias est celui sur le service civique et la pertinence de le rendre obligatoire. Alors que le Front National a appelé le gouvernement à le rendre obligatoire afin de  » réinculquer aux jeunes générations un esprit national et patriote », François Hollande devrait, selon Europe 1, annoncer ce jeudi lors de sa conférence de presse l’objectif d’atteindre d’ici la fin du quinquennat 200 000 à 300 000 services civiques signés. Toutefois il devrait également annoncer qu’il ne rendra pas obligatoire ce dernier. Si ce débat a occupé une large part des débats politiques depuis l’attentat de Charlie Hebdo, le problème des banlieues semble lui primordial et il serait grand temps de l’aborder.

Notre société a-t-elle atterri ?

« C’est l’histoire d’une société qui tombe et qui au fur et à mesure de sa chute, se répète sans cesse pour se rassurer, ‘Jusqu’ici tout va bien’, ‘Jusqu’ici tout va bien’… ‘Jusqu’ici tout va bien’. L’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage ». Lire la suite