Jacques Chirac, Lubrizol et l’autre France

Il arrive parfois qu’au détour d’un évènement isolé l’on prenne tout à coup conscience de logiques qui lui préexistaient mais qui se retrouvent dès lors jetées en pleine lumière. Pour reprendre les mots brillants de Frédéric Lordon dans Les Affects de la politique il est des franchissements de seuils qui précipitent des changements d’ampleur ou tout du moins une prise de conscience plus importante. En d’autres termes, ce n’est souvent que lorsque les éléments deviennent crûment concrets que l’on daigne s’y intéresser : aussi longtemps que l’espionnage généralisé de la NSA est présenté de manière abstraite celle-ci n’est guère pris au sérieux mais dès lors que l’on apprend concrètement que cela signifie que l’agence a potentiellement la capacité d’avoir accès à nos vies intimes alors la prise de conscience intervient.

Il ne me semble pas exagéré de voir dans la concomitance de deux événements récents cette tendance mise à l’œuvre. Il s’agit bien entendu de la mort de Jacques Chirac d’une part et de l’accident industriel de Lubrizol à Rouen qui, hasard du destin, ont eu lieu le même jour comme si tout était fait pour faciliter la démonstration qui va suivre. Pour être plus précis, l’explosion a eu lieu quelques heures avant l’annonce de la mort de l’ex-président ce qui a permis de voir à quelle vitesse la seconde information a éclipsé la première. La disparition de Chirac a effectivement directement occupé l’ensemble des médias français ou presque, au détriment du reste des actualités, pourtant bien lourdes, au même moment.

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