Quelle hégémonie culturelle au temps du covid ?

Le panthéon, le matin après l’incendie – J.M.W. Turner

Mardi soir, Emmanuel Macron s’est une nouvelle fois exprimé au cours d’une allocution. Centrée sur la stratégie d’allègement du confinement, celle-ci a permis, pour la première fois depuis le début de la pandémie, d’établir une sorte d’horizon de sortie de crise – bien qu’elle demeure encore aujourd’hui très hypothétique. En fixant trois dates pour trois temps différents, le locataire de l’Élysée a davantage explicité la stratégie que par le passé. Depuis le surgissement de ce nouveau coronavirus et des conséquences qu’il a engendrées, nous avons entendu à de nombreuses reprises la profession de foi selon laquelle le monde d’après ne pourrait être que différent de celui qui existait avant l’apparition de cette pandémie.

D’aucuns se sont même mis à espérer qu’une rupture radicale avec le néolibéralisme, sinon le capitalisme, serait la suite logique des évènements, un peu comme une mécanique huilée qui ne pouvait être enrayée. Cette vision, que je trouve personnellement quelque peu béate, a vite été battue en brèche par les politiques menées depuis mars. Loin d’un infléchissement dans l’idéologie qu’il prône, Monsieur Macron a au contraire calqué son plan de soutien à l’économie (que lui et ses affidés appellent plan de relance) sur les préceptes néolibéraux. Plus signifiant encore, selon moi, la stratégie autoritaire du pouvoir qui s’est encore accentuée depuis quelques semaines démontre bien que l’impasse dans laquelle nous nous retrouvons collectivement, le monde d’après peut effectivement être différent de celui d’avant mais pas forcément pour le meilleur.

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Réponse au Covid et idéologie néolibérale

Le cheval de Troie – Tiepolo

Il y a quelques jours, Jean Castex a tenu une conférence de presse pour évoquer les mesures prises dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19. Au cours de celle-ci, il a expliqué que l’économie française allait à nouveau connaitre un recul de son PIB lors du 4ème trimestre de l’année en cours. S’il est encore trop tôt pour parler de récession – qui est techniquement définie comme deux trimestres ou plus consécutifs avec une croissance négative – les perspectives floues autorisent à penser qu’il se pourrait bien qu’une telle évolution ne surgisse à nouveau. Face à la colère des commerçants, face à la pauvreté qui s’accroit, face au scepticisme des citoyens vis-à-vis des mesures prises, le Premier ministre n’a opposé que du flou, ajoutant de l’incertitude à l’incertitude.

Depuis le début de cette crise sanitaire (qui se muera de manière quasi-certaine en violente crise économique et sociale), l’exécutif, notamment par la voix d’Emmanuel Macron n’a eu de cesse de proclamer l’importance des mesures prises pour maintenir l’économie française. Plan de relance de 100 milliards d’€, chômage partiel, prêts garantis par l’État (dits PGE), le pouvoir en place s’entête à affirmer qu’il propose l’une des réponses économiques les plus ambitieuses de la planète. Pourtant, loin de rompre avec la logique qu’il mène depuis son arrivée au pouvoir – contrairement à ce qu’il avait laissé sous-entendre lors de sa première allocution le 12 mars dernier – Emmanuel Macron offre une réponse néolibérale à la crise que nous traversons.

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Coronavirus, l’apocalypse

Depuis plusieurs mois maintenant, le monde est contraint de vivre avec la crise sanitaire induite par le surgissement du nouveau coronavirus. Si le premier cas recensé remonte à décembre 2019, ce n’est qu’à partir de janvier 2020 et plus encore durant les mois qui ont suivi que la crise a pris une ampleur inédite à l’époque contemporaine. Plusieurs milliards de personnes sont à ce jour confinées, l’ensemble ou presque de l’économie mondiale est à l’arrêt ou – pour être plus juste – réduit à ses portions vitales et les conséquences de la déflagration qui touche la population mondiale sont extrêmement difficiles à prévoir (même si certains se plaisent à jouer les madame Irma).

Il ne s’agit bien entendu pas de dire que penser à l’après est superflu, je crois qu’une telle démarche est importante voire essentielle, mais bien plus d’adopter une position humble face à un état de fait sans précédent. Plutôt que me perdre en conjectures qui ne vaudraient pas grand-chose, je crois qu’il est bien plus pertinent de tirer un premier bilan d’étape sur l’ensemble des éléments que nous révèlent cette crise sanitaire mondiale. L’objet, ici, est d’effectuer un point d’étape avant de prétendre pouvoir faire de la prospective. A cet égard il ne me parait pas usurpé ou exagéré de dire que le nouveau coronavirus est une sorte d’apocalypse au sens étymologique du terme – le terme découle d’apokálupsis qui signifiait « action de découvrir » – en cela que celui-ci joue le rôle de révélateur de bien des dérives du modèle capitaliste, en particulier dans sa version néolibérale.

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Du non-respect du confinement

[Edit: comme le fait très bien remarqué zeyesnidzeno en commentaire au billet, il n’y a en réalité pas eu de surmortalité en Seine-Saint-Denis, cette imposture était une manière de stigmatiser le 93. Je présente mes excuses de ne pas avoir vu ces chiffres avant]

Voilà près d’un mois que la France a adopté la stratégie du confinement pour tenter d’endiguer le nouveau coronavirus. Depuis le 17 mars 12h, l’ensemble des Françaises et Français doivent effectivement avoir une attestation de déplacement pour quitter leur domicile et les motifs justifiant une sortie sont limités : déplacements professionnels, achats de première nécessité, déplacements urgents pour raison familiale ou de santé mais également sortie pour promener un animal de compagnie ou effectuer une activité sportive autour de son domicile. Dès l’annonce effectuée, le 16 mars au soir, certaines personnes se sont ruées pour quitter le lieu où elles demeuraient alors pour rejoindre d’autres zones géographiques – ce qui a provoqué, nous y reviendrons, un certain nombre de critiques.

Qui dit confinement implique également la problématique du non-respect de celui-ci et la manière la plus pertinente de faire respecter la mesure. Prestement présentés comme des rebelles irrespectueux des règles (dans une forme d’essentialisation assez dérangeante), les Français ont rapidement été décrits comme un peuple incapable de faire preuve de bon sens et empli d’égoïsme – l’essentialisation portait en miroir également sur les peuples asiatiques dits plus disciplinés par exemple. Il me semble que cette question du confinement, de son non-respect et du traitement politique et médiatique de ce dernier est un formidable objet d’analyse politique et sociologique.

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