La décroissance en quelques lignes

Il y a une dizaine de jours, l’ensemble des citoyens membres de l’Union Européenne étaient appelés aux urnes pour élire le Parlement européen. Si l’abstention a encore atteint des niveaux très élevés, particulièrement en France, l’un des grands groupes gagnants de ces élections est incontestablement celui constitué par les Verts. Les partis écologistes ont effectivement connu une augmentation de leurs résultats dans certains pays si bien que le groupe devrait passer de 52 députés dans la mandature européenne à 74 dans celle à venir. Cette poussée des Verts, en particulier en Allemagne, est sans doute liée à la dynamique actuelle au sein de laquelle les questions écologiques semblent, heureusement, devenues importantes.

Dans le sillage des multiples marches pour le climat, des grèves des lycéens ou encore de certaines actions intentées en justice contre des Etats à l’égard des questions écologiques, la problématique du changement climatique et de la menace d’une nouvelle grande extinction polarisent indéniablement l’attention – sans pour autant que les changements requis soient mis en œuvre pour le moment. Dès lors, les débats sur la pertinence et la nécessité de défendre un modèle décroissant semble revenir sur le devant de la scène, lui qui a été théorisé il y a déjà des décennies. Je crois pourtant que la décroissance, loin d’être une solution dans le cadre économique actuel, a toutes les chances d’être un leurre nous faisant perdre, encore, de précieuses années avant de faire advenir le changement de modèle économique plus urgent que jamais.

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Pour une écologie sociale et radicale

Il y a quelques mois, la démission de Nicolas Hulot – quelque peut théâtralisée et vraisemblablement pensée par lui-même comme un moyen d’agiter les consciences – avait marqué les esprits. Bien que l’ex-ministre de la Transition écologique et solidaire n’ait pas marqué de son empreinte la politique du gouvernement auquel il appartenait en ne remportant presqu’aucun des arbitrages (a-t-il seulement tenté de le faire ?) dans lequel il était impliqué, sa démission en direct à la radio annoncée par une voix presque chevrotante a eu l’effet d’un coup de semonce pour beaucoup. Peut-être avons-nous vécu ce jour-là dans notre pays l’un de ces franchissements de seuil imperceptible capables d’entrainer des changements d’ampleur dont parle Fréderic Lordon dans Les Affects de la politique tant Nicolas Hulot est une figure de l’écologie en France.

Dans la foulée de sa démission, nous avons vu se multiplier les appels aux pétitions, aux marches pour le climat, etc., dans une tendance qui continue aujourd’hui encore. Je crois que le départ à la fin de l’été du ministre le plus médiatique et sans doute le plus populaire du gouvernement a, en même temps que dépouillé le pouvoir macroniste de ses oripeaux écologiques, marqué une forme de prise de conscience pour beaucoup que la situation était critique et qu’elle appelait à des choix radicaux. Pourtant, de la même manière que Nicolas Hulot s’est gardé d’aller jusqu’au bout de sa clarification lors de sa démission, il me semble que cette prise de conscience citoyenne qui semble poindre pourrait, si l’on manque le coche, se révéler être un écueil en cela qu’elle a toutes les chances de se transformer en prise de conscience perverse – au sens premier du terme à savoir ce qui semble de prime abord bénéfique mais se révèle finalement néfaste – si l’on refuse d’aller au bout de la logique et d’exprimer que le problème est bien le système économique régissant la planète.

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Le départ de Nicolas Hulot ou le double coup de semonce

Le 28 août dernier, c’est un Nicolas Hulot très marqué par la décision de quitter le gouvernement qui a répondu aux questions de Léa Salamé et Nicolas Demorand – qui dans une indécence qui les caractérise eux et une grande partie du monde médiatique ont quasiment proclamé qu’ils avaient poussé le désormais ex-ministre à prendre cette décision. Pendant une bonne dizaine de minutes, avant que Monsieur Hulot n’annonce son départ du gouvernement, le flottement était palpable si bien que l’on peut avoir la sensation qu’il fait son choix durant l’interview quand bien même il a expliqué que sa décision avait été prise la veille de son passage radiophonique. Plombé par l’affaire Benalla avant les vacances d’été, voilà Emmanuel Macron qui se retrouve acculé par la démission de l’un de ses ministres phares en cela qu’il était à la fois populaire et l’une des prises de guerre de la société civile.

Dans un gouvernement qui manque assurément de poids lourds politiques, la présence de Nicolas Hulot était une sorte de gage communicationnel donné à une partie des personnes fustigeant l’absence de politique écologique ambitieuse de ce gouvernement depuis un peu plus d’un an. Si la décision de l’ancien ministre a été mûrement réfléchie selon ses dires, celui-ci a également avoué qu’il n’avait prévenu absolument personne avant son passage matinal dans les studios de France Inter – sans doute ce qui confère à cette interview le statut de grand moment de radio. Nicolas Hulot était l’un des ministres phares d’un point de vue de la communication, son départ sonne ainsi le glas de ladite communication creuse et vide tout en posant des questions profondes et sérieuses. Lire la suite

L’Accord de Paris, Emmanuel Macron et l’art du retournement

Jeudi dernier, Donald J. Trump a finalement mis sa menace à exécution. Il a, en effet, décidé de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris issu de la COP21 – bien que ce retrait demeure très hypothétique dans la mesure où celui-ci ne peut avoir lieu que dans quatre ans et personne ne sait si Donald Trump sera encore président des Etats-Unis à ce moment-là. L’ensemble du monde ou presque a décrit cette décision du magnat de l’immobilier sur le thème de la catastrophe : « apocalypse » ; « désastreux » ; « dangereux » ; tels sont les mots qui reviennent dans la bouche de tous les commentateurs – nous y reviendrons au fil de ce billet.

Alors que la grande majorité des dirigeants de la planète se sont contentés d’un communiqué de presse pour commenter la décision venue d’outre-Atlantique, Emmanuel Macron a décidé de faire une déclaration en français puis en anglais pour répondre au président américain. En pastichant le slogan de campagne de Donald J. Trump – il a déclaré « make our planet great again » pour conclure sa déclaration anglaise – le nouveau locataire de l’Elysée a sans conteste réalisé un grand coup de communication. A ce titre, le tweet reprenant cette phrase est devenu le tweet français le plus populaire. Les commentaires dithyrambiques (notamment de la part de certains médias) méritent cependant, à mon sens, d’être fortement nuancés tant cette déclaration me semble être uniquement de la communication.

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Le mythe du capitalisme vert

Mardi dernier, nous avons assisté à un débat historique. Le débat entre les 11 candidats demeurera en effet comme le premier (peut-être le seul) débat entre tous les candidats à l’élection présidentielle. Bien que touffu et confus par moments, ce débat m’a semblé être une formidable respiration démocratique à l’heure où le système politique en place essaye – vainement selon moi – de verrouiller les règles du jeu (on pense notamment aux nouvelles règles sur l’égalité du temps de parole). Mardi dernier, sur le plateau de BFM TV et de CNews, ils étaient tous là. Deux femmes et neuf hommes présents pour tenter de montrer pourquoi il/elle était le/la plus à même de diriger la France.

Ils étaient tous présents et pourtant elle était absente. Personne ou presque ne l’a évoquée alors même qu’elle devrait être omniprésente. Déjà lors du premier débat (entre les cinq candidats recueillant le plus d’intention de vote) elle était passée inaperçue. Elle, c’est la question écologique et environnementale, la grande question de notre siècle. Malheureusement pour elle, le triptyque dette-terrorisme-chômage lui a encore volé la vedette, un peu comme si elle n’était qu’une « question de bobo » pour reprendre l’expression de Ruth Elkrief. Durant presque sept heures de débats (en cumulé) jamais ou presque n’aura été abordée cette question ô combien importante, un peu comme si celle-ci ne représentait pas une question politique majeure mais que sa gestion était laissée aux seuls individus. C’est toute cette mythologie qu’il faut prestement déconstruire. Lire la suite

Pour une République sociale (3/4): nous libérer de la tyrannie de l’instant

Complexité, idéal, long terme, triptyque à retrouver

Nous l’avons vu précédemment, le système politico-médiatique fait tout pour rendre le débat simpliste, n’aborder que des questions de court terme et rejeter en bloc tout idéal au profit d’un pragmatisme qui devrait tout régler. Traumatisée par les idéaux dévoyés du XXème siècle, notre classe politique ne veut plus entendre parler d’idéal si bien que la simple évocation d’un idéal suffit à vous discréditer en vous faisant passer pour un doux rêveur. La chute de l’URSS et la désagrégation du bloc communiste qui s’en est suivie a parachevé le crépuscule des idéaux et marqué l’entrée dans un monde qui s’en est dépouillé. Le consumérisme et le matérialisme l’ayant définitivement emporté sur les idées, il n’est guère étonnant que cette manière de pensée ait contaminé notre classe dirigeante. François Mitterrand ne pensait sans doute pas si bien dire lorsqu’il affirma qu’il n’y aurait plus que des comptables après lui. Et pourtant, abandonner tout idéalisme et toute vision de long terme est aussi mortifère que de ne jurer que par l’idéalisme comme ont pu le faire le nazisme et le stalinisme. Edgar Morin, dans Pour et contre Marx, l’explique brillamment : pour être équilibré, il nous faut marcher sur les deux jambes de l’idéalisme et du réalisme sans sacrifier l’un à l’autre mais en les faisant marcher de concert. Jaurès ne dit pas autre chose quand il affirme que « le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ». Si être aveuglé par l’idéal peut nous emmener à nier le réel et à faire de la Terre un enfer, rejeter en bloc l’idéal pour se contenter du matérialisme et du réalisme revient à nier la singularité de l’être humain et à ne plus nous préoccuper du long terme. Finalement, un peu comme la liberté et l’égalité qui tombent toutes deux dans des apories mortelles si elles ne s’équilibrent pas, l’idéalisme et le réalisme ont tous les deux besoin l’un de l’autre pour ne pas transformer la société en cage pour l’esprit dans le cas du réalisme et en cage pour le corps dans le cas de l’idéalisme.

Réconcilier ces deux frères ennemis suppose de nous réconcilier nous-mêmes avec la complexité, à savoir une pensée qui s’arrache aux conclusions simplistes pour repenser plus globalement les problèmes que nous traversons afin d’élaborer des solutions de long-terme. Cette complexité, c’est celle qu’Alain Badiou met en avant dans sa conférence à la suite des attentats du 13 novembre dernier (Notre mal vient de plus loin). Il s’agit de nous affranchir du manichéisme outrancier et simpliste qui nous guette pour réussir à repenser l’architecture même de nos schémas de réflexion. Plutôt que débattre sur l’opportunité ou non d’ériger un mur à nos frontières pour transformer la Méditerranée en cimetière géant, il faudrait bien plus réfléchir aux moyens dont nous disposons pour permettre à ces personnes de mener une vie décente dans leur pays d’origine. Cette manière de procéder ne saurait faire l’économie du long-terme à la fois lorsqu’il s’agit d’étudier les causes et lorsqu’il faut réfléchir aux conséquences. Nous le voyons donc, complexité, idéal et long-terme fonctionnent ensemble en se répondant mutuellement. Notre classe politique a fait fi de ce triptyque et le voilà qui lui explose désormais à la figure puisque dans notre société sans idéal si ce n’est celui de consommer toujours plus, ceux qui sont exclus de cette logique de consommation sont enclins à aller chercher ailleurs un idéal, ailleurs leur place. Plutôt qu’égrener des promesses qu’ils ne tiennent jamais ou presque, nos responsables politiques devraient s’échiner à tracer une ligne d’horizon afin de pouvoir débattre sur l’avenir et la vision de notre pays pour nous permettre d’en décider. La constitution de la République sociale devra inscrire ce triptyque au cœur de son texte sous peine de se retrouver à nouveau dans dix, vingt ou peut-être trente ans face aux mêmes apories que nous rencontrons aujourd’hui. Lire la suite