La crise vénézuélienne ou le règne du simplisme

En termes de politique et de géopolitique, il est des évènements qui marquent des ruptures ou tout du moins qui en provoquent en forçant les responsables, les communicants et, finalement, tout un chacun à se positionner une fois qu’ils surviennent. Ce genre d’évènements jouent bien souvent le rôle de révélateurs. Au cours des dernières années, les printemps arabes ont assurément rempli ce rôle. De la répression exercée par Ben Ali à l’égard de son peuple au désastre syrien en passant par l’intervention militaire en Libye ou le coup d’Etat égyptien soutenu par l’extrême-majorité des chancelleries occidentales, les bouleversements dans le monde arabe ont joué ce rôle clivant, permettant tout à la fois de révéler les réels intérêts de certains tout en mettant fin à l’imposture des autres.

Il ne me parait pas exagéré de voir dans ce qu’il se passe actuellement au Venezuela l’un de ces évènements majeurs en termes de géopolitique. En forçant presque chacun à se positionner vis-à-vis de sa situation interne – couplé au fait que le Venezuela est un symbole de bien des choses – le pays agite les passions et excite le simplisme ainsi qu’on avait pu le voir lors de la campagne présidentielle française. Depuis un peu plus d’une semaine, le Venezuela se trouve effectivement plongé dans un trouble profond puisque Juan Guaido, président de l’assemblée nationale depuis le 5 janvier dernier et membre de l’opposition, s’est autoproclamé président en exercice lors d’une grande journée de mobilisation contre Maduro. Depuis, les réactions en chaine démontrent avec acuité à quel point le pays latino-américain dirigé par Chavez durant de longues années demeure un marqueur important pour le positionnement politique et géopolitique de beaucoup.

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Les sanctions contre l’Iran, révélateur de la mainmise étasunienne

Il y a deux jours se sont tenus les midterms aux Etats-Unis, ces élections de mi-mandat au cours desquelles sont renouvelés totalement la chambre de représentant et partiellement le Sénat ainsi que les postes de gouverneur. En faisant basculer la chambre des représentants dans le camp démocrate, ceux-ci ont marqué une forme de rupture en cela que la toute-puissance des Républicains sur les institutions n’est plus. Donald Jr Trump a beau se voiler la face et fanfaronner de résultats exceptionnels, il n’en demeure pas moins vrai qu’il pourrait avoir plus de mal que par le passé à mener à bien sa politique en même temps qu’il risque d’être soumis à de multiples enquêtes lancés par les Démocrates. Il y a toutefois un point sur lequel ces élections ont de grandes chances de n’avoir aucun effet, la politique extérieure des Etats-Unis.

Comme le met très bien en évidence le Manière de voir n°159 publié en juin de cette année et abordant le sujet de la nouvelle Guerre froide, les Démocrates sont nombreux à s’être désormais ralliés aux positions des faucons républicains en termes de politique étrangère. Si Donald Jr Trump apparait comme un radical prêt à tout pour aider son allié israélien, il serait injuste de dire qu’il représente une exception dans la manière d’aborder la politique étrangère de son pays. Ainsi, le retrait des Etats-Unis de l’accord de Vienne (plus connu sous le nom de JCPoA) qui prévoyait une levée des sanctions économiques à l’égard de l’Iran en échange de l’autorisation de surveillance de l’enrichissement nucléaire est le symbole de ce que l’on pourrait appeler la « faucaunisation » des positions étasuniennes. Le retour des sanctions à l’égard de l’Iran tende également à démontrer à quel point les Etats-Unis demeurent puissants et leur mainmise incontestée ou presque. Lire la suite

La métaphore Trump

Dans la nuit de dimanche à lundi, Donald Trump et Hillary Clinton se sont affrontés dans le deuxième débat télévisé de la campagne américaine. Affrontés, le mot n’est pas trop fort et est utilisé à dessein puisque selon tous les éditorialistes et médias américains, jamais un débat présidentiel n’avait à ce point tourné au pugilat. Loin de s’opposer en mettant en avant leurs projets, les candidats à la présidence américaine se sont appliqués à s’attaquer personnellement, la palme revenant à Donald Trump dans ce petit jeu digne de la cour de récréation. Durant le week-end précédent, une vidéo où il tenait des propos abjects de sexisme et de misogynie avait de nouveau fragilisé la campagne du magnat de l’immobilier. Vrai point de rupture dans sa campagne ou énième polémique qui glissera sur lui, seul l’avenir nous le dira.

Ainsi en est-il des très grandes puissances : leurs élections sont scrutées et ont des conséquences sur toute la planète. L’élection de Roosevelt et son approche des deux crises majeures qu’il a rencontrées (Grande Dépression puis Seconde guerre mondiale) ont contribué à façonner le monde. De la même manière Kennedy a marqué toute une époque. Et que dire de Barack Obama ? Premier candidat-monde à l’heure du numérique, il a contribué à faire, pour la première fois, d’une élection nationale une chose que la planète entière regardait et scrutait avec excitation. Le cas Donald Trump, son émergence et son maintien à des niveaux anormalement élevés au vu des standards, répond, il me semble, à cette dynamique. Souvent traité de bouffon ou de clown, le candidat républicain est, à mes yeux, une métaphore qui vient souligner notre vide politique, un spectre qui nous hante et nous hantera longtemps, un révélateur des fêlures qui labourent les sociétés occidentales. Lire la suite