Les forts taux d’imposition en quelques lignes

S’il est bien un sujet qui suscite des réactions tant hystériques qu’irrationnelles, c’est bien celui de l’imposition. Présentés comme une spoliation par l’Etat par les libéraux de tous poils, les impôts semblent être devenus une nouvelle forme de Léviathan, un monstre qu’il faudrait tout faire pour combattre. Editorialistes et autres penseurs néolibéraux de think thank invités partout sur les plateaux télé n’ont qu’un seul mot à la bouche dès lors que l’on aborde le sujet de l’imposition : baisser les impôts qui seraient devenus insoutenables. Ne reculant devant aucune caricature pour faire entrer la réalité dans leur vision du monde, ceux-ci passent leur temps à nous expliquer que l’Etat français est ventripotent et que la pression fiscale serait trop forte sur les Français.

Pourtant, à y regarder de plus près, le principal problème de l’imposition française est précisément qu’avec le temps elle est devenue de moins en moins progressive. Sans même parler de l’évasion et de la fraude fiscales, l’imposition française est une forme de gruyère permettant aux plus riches de profiter de niches et autres flat tax pour payer, en proportion, moins d’impôts que les classes moins aisées. Loin d’être une chimère gauchiste ou une mesure punitive, de forts taux d’imposition peuvent se révéler être à la fois bénéfique pour l’économie et symbolique d’une politique plus juste socialement.

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L’inquiétante érosion du consentement à l’impôt

Depuis plusieurs semaines, le mouvement des gilets jaunes fait la une de l’actualité. Après deux longs papiers consacrés à ce sujet, je crois qu’il convient de revenir sur l’une de ses principales revendications, à savoir la baisse de la fiscalité. Corrélant une hausse du pouvoir d’achat à une baisse de leurs impôts, nombreuses sont désormais les personnes à faire de ladite baisse de l’imposition l’alpha et l’oméga tant de leurs revendications que de leur positionnement politique. Dans le premier papier consacré au mouvement des gilets jaunes, j’évoquais le spectre du boulangisme dans ce mouvement hétéroclite et d’un genre finalement assez nouveau. Il est nécessaire de mieux préciser l’évocation de ce spectre puisque l’un des principaux enseignements de ce mouvement réside à mes yeux dans cette question.

Comme j’ai pu le dire, ce mouvement est hétéroclite et rassemble des colères éparses sur un fond de désespérance de plus en plus profonde dans le pays entre hausse des inégalités et difficulté croissante d’une proportion toujours plus grande des Français à finir le mois. Historiquement, le boulangisme n’était pas vraiment porté par les classes populaires mais bien plutôt par les artisans et les bourgeois dans une sorte de révolte antifiscale qui permettait aisément de ranger le mouvement à la droite de l’échiquier politique. La révolte antifiscale à laquelle nous assistons en ce moment est, me semble-t-il, d’un genre différent en cela qu’elle n’émane pas forcément de bourgeois mais aussi de membres des classes populaires. En ce sens, cette érosion du consentement à l’impôt au sein des classes populaires est tout à la fois le symptôme et la résultante de décennies de néolibéralisme et est, à mon sens, très inquiétante. Lire la suite