La police, gardienne de la paix ou force de l’ordre social (4/4): au-delà de la police

Police et justice, alliées ou adversaires ?

 

Nous entendons souvent que la police et la justice sont en conflit. On ne compte, en effet, plus le nombre de fois où des policiers expliquent qu’ils font leur travail mais que la justice libère rapidement les délinquants qui peuvent ensuite les narguer. L’opposition entre police et justice aura d’ailleurs été pleinement – et peut-être de manière la plus éclatante – incarnée au début du quinquennat de François Hollande : l’histoire tumultueuse voire conflictuelle que l’on nous a présentée entre Manuel Valls le Clémenceau des temps modernes et Christiane Taubira représentée en Garde des Sceaux laxiste a sans doute plus que jamais assis l’idée que la police et la justice étaient en compétition, voire en conflit ouvert. C’est ainsi que nous avons vu se mettre en place de manière prégnante le mythe d’une police, représentée par le martial Manuel Valls, garante de l’ordre tandis que la justice, représentée par la laxiste Christiane Taubira, était vue comme plus compréhensive. Il me semble que cette représentation des choses est un mythe. La police et la justice ne sont pas des ennemies mais travaillent bien de concert dans un même but de normalisation. Lire la suite

Jawad Bendaoud, Meursault des temps modernes ?

« Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine ». Ces mots sont ceux de Meursault, le héros – certains diront l’anti-héros – de L’Etranger d’Albert Camus. Dans son roman, le philosophe et écrivain franco-algérien dépeint un personnage que tout sépare de la société dans laquelle il vit et qui conclue donc son histoire par ces quelques mots qui peuvent paraître insensés. Le 14 février dernier, après un procès devenu événement médiatique et sur les réseaux sociaux, Jawad Bendaoud a été relaxé par la 16ème chambre correctionnelle de Paris, ce qui n’a pas manqué de susciter des réactions outragées sur lesquelles je reviendrai.

Devenu une figure dont on se moque allègrement depuis sa surréaliste interview ainsi que son arrestation en direct sur BFM TV, Jawad Bendaoud était jugé pour avoir, moyennant rétribution, mis à disposition d’Abdelhamid Abaaoud – l’un des cerveaux présumés des attentats du 13 novembre – et de son complice Chakib Akrouh un squat à Saint-Denis. Tout l’objet du procès était donc d’établir si le prévenu Bendaoud était au courant que les deux personnes hébergées étaient des terroristes. Il y a quelques semaines, le procès du frère de Mohamed Merah avait déchaîné les passions notamment en raison des méthodes de défense d’Eric Dupont-Moretti, son avocat. Cette fois-ci, c’est directement le prévenu qui s’est retrouvé au cœur des commentaires du fait de ces déclarations et du relais de celles-ci sur les réseaux sociaux qui ont in fine transformé ce procès – où il n’était pas le seul prévenu – en véritable cirque d’où s’est dégagé un profond malaise. Aussi n’est-il pas absurde, selon moi, de voir en Jawad Bendaoud l’avatar du Meursault de Camus. Lire la suite

Le procès Merah et le risque de l’hystérie collective

Jeudi, Abdelkader Merah a été condamné à 20 ans de prison. Ou peut-être mercredi, je ne sais pas. J’ai reçu une notification sur mon téléphone : « Merah condamné. Complicité non retenue. Appel possible ». Cela ne veut rien dire. C’était peut-être mercredi. Vous l’aurez, sans doute, reconnu c’est en pastichant l’incipit de L’Etranger d’Albert Camus que j’ai décidé d’introduire ce billet. Loin de la simple figure rhétorique, je crois en effet qu’il y avait quelque chose de profondément camusien dans ce procès et dans tout ce qui l’entourait. De la même manière que Meursault a marché vers la mort en souhaitant les huées et les crachats dans le roman de l’écrivain franco-algérien, une forme d’hystérie presque collective s’est mise en place autour du procès d’Abdelkader Merah.

Ce procès du frère de Mohamed Merah – qui avait tué de manière odieuse sept personnes dont des enfants d’une école juive en mars 2012 – était effectivement très attendu. Il y avait d’ailleurs, sans doute, quelque chose de malsain dans cette attente presque semblable à de la délectation. Mohamed Merah n’étant plus de ce monde, il fallait, selon beaucoup, que quelqu’un paye pour lui. Si ce n’est toi c’est donc ton frère dit le loup dans la fable de La Fontaine et il semblerait qu’un nombre conséquent de personnes avaient fait le choix d’adopter la même posture, de juger que cet homme (Abdelkader Merah) devait être condamné de la manière la plus implacable qui soit et même sans procès si cela avait été possible. Cette position était malheureusement aussi celle de certains observateurs politiques ou journalistes. Il y a, il me semble, de quoi s’inquiéter devant de tels positionnements. Lire la suite